33 tonnes d’or achetées en cinq mois : l’Ouzbékistan n’est plus un acteur secondaire du marché officiel de l’or. En 2024, la Banque centrale d’Ouzbékistan a acquis 33 tonnes de métal jaune, dont 9 tonnes sur le seul mois de mai. Ce rythme a placé Tachkent au deuxième rang mondial des achats d’or par les banques centrales, derrière la Pologne.

Cette accélération répond à une stratégie claire : renforcer les actifs tangibles du pays et réduire la dépendance aux devises étrangères, notamment au dollar américain. Une devise est une monnaie étrangère détenue par une banque centrale, comme le dollar ou l’euro. Un actif tangible, lui, est un bien physique, comme l’or, par opposition à une créance ou à un titre financier.

L’Ouzbékistan mise sur son or national

L’Ouzbékistan dispose d’un avantage important : il produit lui-même une partie significative de l’or qu’il accumule. La Banque centrale peut donc s’appuyer sur la production minière nationale pour augmenter ses réserves.

Les réserves d’une banque centrale désignent les actifs détenus pour soutenir la stabilité financière du pays. Elles peuvent être composées de devises, d’obligations d’État étrangères, de droits de tirage spéciaux ou d’or. L’or monétaire est généralement conservé sous forme de lingots, dans les coffres de la banque centrale ou auprès de dépositaires spécialisés.

Cette capacité à acheter localement limite la dépendance aux marchés internationaux. Elle permet aussi à Tachkent de transformer une ressource minière nationale en outil de souveraineté monétaire.

Une part d’or qui serait exceptionnelle en 2026

Au 3 août 2026, l’Ouzbékistan détiendrait 380,4 tonnes d’or. Ce stock représenterait 87 % de ses réserves totales. Ce chiffre, encore à manier au conditionnel, serait particulièrement élevé par rapport à la moyenne mondiale, proche de 15 %.

Si cette proportion se confirmait, l’Ouzbékistan ferait partie des pays les plus exposés à l’or dans la composition de ses réserves officielles. Cette situation est rare. Les grandes banques centrales conservent souvent une part importante de leurs réserves en devises, en particulier en dollars et en euros, afin de régler leurs échanges internationaux et d’intervenir sur les marchés des changes.

Le choix ouzbek marque donc une orientation différente. L’or ne dépend pas de la signature d’un État étranger. Il n’est pas une dette. Il ne peut pas être imprimé par une banque centrale. C’est précisément cette caractéristique qui attire de plus en plus d’États dans un environnement géopolitique tendu.

La dédollarisation accélère les achats officiels

Depuis 2022, les banques centrales achètent plus de 1 000 tonnes d’or par an. La Pologne, la Chine, l’Inde et la Turquie figurent parmi les acheteurs les plus observés. L’Ouzbékistan s’inscrit dans ce mouvement, mais avec une intensité remarquable au regard de la taille de son économie.

La dédollarisation désigne la volonté de réduire le rôle du dollar dans les réserves, les échanges commerciaux ou les règlements internationaux. Elle ne signifie pas la disparition du dollar, mais une diversification progressive vers d’autres actifs.

Les sanctions financières internationales, notamment le gel d’avoirs russes, ont renforcé cette réflexion dans plusieurs capitales. Les États cherchent à limiter le risque de voir certains actifs financiers bloqués pour des raisons politiques. L’or physique, c’est-à-dire l’or détenu directement sous forme de métal, apparaît alors comme une réserve moins dépendante des infrastructures financières occidentales.

Un signal pour les épargnants européens

Pour les épargnants belges et francophones, cette stratégie ne constitue pas une consigne d’achat. Elle donne toutefois un signal important : les banques centrales utilisent l’or comme instrument de diversification et de protection contre les chocs monétaires.

À l’échelle d’un particulier, le raisonnement est différent. Une banque centrale gère une monnaie nationale ; un ménage cherche à protéger son patrimoine. Mais le principe de diversification reste comparable. Détenir une part d’or ou de métaux précieux physiques peut réduire l’exposition aux placements bancaires, aux marchés financiers et aux devises.

Cette approche implique aussi des précautions : vérifier la prime des pièces, c’est-à-dire l’écart entre leur prix de vente et la valeur de l’or contenu ; conserver les factures ; comparer les conditions de rachat ; anticiper les règles fiscales applicables dans son pays de résidence.

Tachkent devient un acteur à suivre

L’Ouzbékistan montre qu’un pays producteur d’or peut utiliser sa richesse minière pour construire une forme de forteresse monétaire. Le pays achète vite, stocke beaucoup et s’éloigne progressivement d’une réserve dominée par les devises étrangères.

Cette trajectoire ne transforme pas encore Tachkent en puissance financière mondiale. Mais elle confirme une tendance lourde : l’or redevient un actif stratégique au cœur des politiques monétaires. Pour les États comme pour les investisseurs, le métal jaune retrouve son rôle historique : préserver de la valeur lorsque la confiance dans les monnaies et les systèmes financiers devient plus fragile.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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