Près de 30 % de baisse depuis le pic de janvier : l’or revient brutalement vers 4.000 dollars l’once et place les investisseurs face à un choix délicat. Faut-il vendre les actions aurifères, ces titres de sociétés minières dont les bénéfices dépendent du cours du métal jaune ? La réponse appelle de la prudence, pas une fuite automatique.

Au 24 juin 2026, le prix de l’or évolue autour de 4.092,65 dollars l’once. L’once utilisée sur les marchés de l’or est l’once troy, soit 31,10 grammes. Après une envolée de près de 3.000 dollars fin 2025 à environ 5.600 dollars en janvier 2026, la correction est sévère. Le métal jaune retombe vers ses niveaux d’octobre 2025, tout en restant historiquement élevé : il vaut encore environ deux fois son prix de février 2024.

Un “death cross” inquiète les marchés

Le signal qui retient l’attention est le possible “death cross”. Ce terme d’analyse technique désigne le moment où la moyenne mobile de court terme, souvent celle à 50 jours, passe sous la moyenne mobile de long terme, souvent celle à 200 jours.

Une moyenne mobile est une moyenne de prix calculée sur une période donnée. Elle permet de lisser les variations quotidiennes. Quand la moyenne courte passe sous la moyenne longue, les analystes y voient souvent un signe de perte de momentum, c’est-à-dire d’essoufflement de la tendance haussière.

Ce signal ne prédit pas mécaniquement l’avenir. Il indique plutôt que le marché pourrait entrer dans une phase baissière ou de consolidation. Après une hausse aussi rapide, il peut aussi traduire un retour à des niveaux plus soutenables.

Pourquoi les actions aurifères réagissent plus violemment

Les actions aurifères ne sont pas de l’or. Elles représentent une participation dans des sociétés qui explorent, extraient ou produisent de l’or. Leur cours dépend du prix du métal, mais aussi des coûts de production, de la dette, des risques politiques, de la qualité des gisements et de la gestion de l’entreprise.

Quand l’or monte, les mines peuvent amplifier la hausse. C’est l’effet de levier opérationnel : si le prix de vente augmente alors que les coûts restent relativement stables, les marges progressent fortement. Mais l’inverse est vrai. Si l’or baisse, les marges peuvent se contracter rapidement.

Un indicateur clé est le coût de maintien tout compris, souvent appelé AISC pour all-in sustaining cost. Il mesure le coût nécessaire pour produire une once d’or en intégrant l’exploitation, l’entretien des mines et certains investissements. Une mine dont l’AISC est proche du prix de l’or devient vulnérable en cas de correction prolongée.

Faut-il vendre toutes les minières ?

Fuir toutes les actions aurifères reviendrait à confondre signal de marché et diagnostic d’entreprise. La chute de l’or impose surtout de trier.

Les producteurs les plus fragiles sont ceux qui cumulent coûts élevés, dette importante, production instable ou exposition à des pays à risque. Ces titres peuvent souffrir davantage si l’or reste proche de 4.000 dollars ou passe sous ce seuil.

À l’inverse, les groupes disposant de coûts bas, de réserves solides et d’un bilan sain peuvent mieux résister. Certains pourraient même profiter d’une correction pour racheter des actifs ou gagner des parts de marché.

Pour un investisseur belge ou européen, la distinction est importante. L’or physique d’investissement bénéficie d’un cadre spécifique, notamment l’exemption de TVA dans l’Union européenne. Les actions minières, elles, relèvent du marché boursier classique, avec les risques d’actions, les dividendes éventuels, les frais de courtage et, en Belgique, la taxe sur les opérations de bourse selon le type d’instrument utilisé.

Les fondamentaux de l’or ne disparaissent pas

La baisse actuelle intervient malgré un contexte de fond encore favorable au métal jaune. La Banque centrale européenne a indiqué en juin que l’or représentait désormais 27 % des réserves de change mondiales, devant les obligations américaines à 22 %. Cette évolution reflète les achats des banques centrales et la volonté de diversifier les réserves face aux risques géopolitiques.

La demande asiatique reste également soutenue. En Chine, les importations d’or via Hong Kong ont augmenté de 81,2 % en avril 2026 par rapport au mois précédent, à 86,7 tonnes. La demande de pièces et lingots y progresse aussi fortement sur un an.

Ces éléments n’empêchent pas une correction. Ils rappellent toutefois que l’or conserve un rôle de réserve et de protection du capital dans les portefeuilles. Le problème de court terme vient surtout de la vitesse de la hausse précédente, de prises de bénéfices et de signaux techniques devenus défavorables.

Un scénario de baisse modérée reste envisagé

Les prévisions disponibles pour 2026 restent prudentes. WalletInvestor anticipe une évolution autour de 4.260 dollars en fin d’année. LongForecast prévoit un repli plus marqué, vers 4.151 dollars fin 2026, soit une baisse annuelle d’environ 4,4 %.

Ces projections ne sont pas des certitudes. Elles montrent surtout que le marché envisage davantage une normalisation qu’un effondrement total. Le seuil psychologique des 4.000 dollars devient donc important. S’il tient, les actions aurifères pourraient se stabiliser. S’il casse nettement, les valeurs minières les plus sensibles pourraient rester sous pression.

La bonne approche : réduire le risque, pas paniquer

Pour un investisseur déjà exposé, la priorité consiste à mesurer la part des actions aurifères dans le portefeuille. Une ligne devenue trop importante après la flambée de 2025-2026 peut justifier un rééquilibrage.

Trois points méritent attention : le niveau d’endettement des sociétés minières, leur coût de production par once et la solidité de leurs réserves. Les investisseurs les plus prudents peuvent aussi privilégier l’or physique ou les produits adossés au métal plutôt que les petites minières spéculatives.

La chute vers 4.000 dollars et le “death cross” en formation sont donc un avertissement sérieux. Ils ne condamnent pas tout le secteur aurifère. Ils rappellent surtout une règle simple : après une hausse verticale, les actions minières exigent plus de sélection, plus de discipline et moins d’euphorie.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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