Plus de 3 millions d’euros pour 340 grammes d’or : à Genève, une pièce espagnole de 1609 a changé de mains à un prix qui dépasse de très loin sa seule valeur métallique. Le Centén Segoviano aurait été adjugé le 19 septembre par la maison Numismatica Genevensis, après une mise à prix fixée à 2 millions de francs suisses.

Ni le vendeur ni l’acheteur n’ont été identifiés. La maison de vente présenterait cette adjudication comme celle de la monnaie européenne la plus chère jamais cédée aux enchères. Cette affirmation reste toutefois à considérer avec prudence : elle repose, à ce stade, sur une source unique.

Une pièce frappée pour afficher la puissance espagnole

Le Centén Segoviano aurait été frappé en 1609 à Ségovie, en Espagne. Il est attribué au règne de Philippe II, souverain mort en 1598, une chronologie qui mériterait donc d’être précisée par les spécialistes de la pièce proposée à Genève.

Son nom renvoie à sa valeur faciale : un centén représente cent escudos, une unité monétaire espagnole de l’époque. Avec un poids annoncé de 340 grammes d’or pur, cet objet est d’un format exceptionnel pour une monnaie.

Il ne s’agirait pas d’une pièce conçue pour les achats courants. Ces très grandes frappes étaient avant tout des monnaies de présentation : elles servaient à mettre en scène la richesse, la capacité financière et la puissance politique de la couronne espagnole. L’atelier monétaire de Ségovie, alors modernisé, pouvait produire ce type de pièce spectaculaire.

La valeur de collection dépasse très largement celle de l’or

Au cours de plus de 3 millions d’euros, le métal contenu dans la pièce ne représente qu’une part infime du prix payé. Même en valorisant 340 grammes d’or au cours du marché, l’écart avec l’adjudication se compte en millions d’euros.

Cet écart correspond à la prime numismatique. Ce terme désigne le supplément de prix accordé par les collectionneurs à une monnaie en raison de sa rareté, de son histoire, de son état de conservation, de sa provenance et de l’intérêt qu’elle suscite sur le marché.

Dans le cas du Centén Segoviano, la très faible disponibilité de ces grandes monnaies espagnoles anciennes, associée à leur importance historique, expliquerait l’envolée du prix. Une telle acquisition relève donc du marché des objets de collection de très haut niveau, et non d’un investissement direct dans l’or physique.

Or d’investissement et monnaie de collection : deux marchés distincts

Pour un épargnant, cette vente illustre une distinction essentielle. L’or d’investissement — lingots, lingotins et certaines pièces standardisées — est principalement valorisé selon son poids, sa pureté et le cours international de l’or. Sa prime est généralement plus limitée et plus lisible.

Une monnaie numismatique suit une logique différente. Sa valeur peut progresser fortement, mais elle dépend aussi des connaisseurs, de l’authenticité, de la qualité de conservation et de la demande lors d’une vente donnée. La revente peut exiger une expertise, un certificat et l’accès à des collectionneurs spécialisés.

Le record genevois rappelle ainsi qu’une pièce en or peut avoir deux valeurs : celle de son métal et celle de son histoire. Dans les ventes d’exception, c’est souvent la seconde qui l’emporte.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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