60,35 dollars l’once : l’argent a effacé deux séances de baisse et retrouvé un seuil symbolique, dans un marché dominé par la géopolitique et les taux américains. Le 8 juillet 2026, le cours de l’argent a atteint environ 60,35 dollars l’once sur le marché européen. L’once désigne ici l’once troy, unité de référence des métaux précieux, équivalente à environ 31,1 grammes.

Cette progression intervient malgré un contexte qui aurait pu freiner les métaux précieux : tensions militaires au Moyen-Orient, hausse du pétrole et anticipation d’un nouveau durcissement monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed. Elle traduit surtout un retour de l’intérêt pour l’argent comme valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les investisseurs veulent protéger leur capital face à l’incertitude.

L’argent profite d’un dollar moins ferme

La hausse du métal blanc met fin à deux jours consécutifs de recul. Le mouvement est lié à l’essoufflement du dollar américain. Pour les investisseurs européens et internationaux, cette relation est importante : l’argent est coté en dollars sur les grands marchés. Quand le dollar faiblit, le métal devient moins cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises, ce qui peut soutenir la demande.

L’argent conserve toutefois une double nature. Comme l’or, il peut être recherché en période de stress financier ou géopolitique. Mais il reste aussi une matière première industrielle, utilisée notamment dans l’électronique, le solaire et certains composants techniques. Cette dimension le rend plus sensible que l’or aux perspectives de croissance mondiale.

Le Moyen-Orient réactive la prime de risque

Le principal facteur d’inquiétude vient du Moyen-Orient. Le 7 juillet, après des attaques iraniennes contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, les États-Unis ont mené une nouvelle vague de frappes contre l’Iran. Plus de 80 sites auraient été ciblés par les forces américaines. Le détroit d’Ormuz est une route stratégique pour le transport pétrolier mondial : toute perturbation y alimente rapidement les craintes sur l’approvisionnement énergétique.

Lors du sommet de l’OTAN à Ankara, Donald Trump a officiellement annoncé la fin du cessez-le-feu avec l’Iran. Cette déclaration publique a renforcé la perception d’une escalade durable et pesé sur les marchés.

La réaction du pétrole a été immédiate. Le 8 juillet, le baril de brut américain a gagné 3,3 %, à 72,77 dollars. Le Brent, référence européenne du pétrole, a progressé dans les mêmes proportions, à 76,59 dollars. Une hausse de l’énergie peut nourrir l’inflation importée, c’est-à-dire une hausse des prix transmise par les produits achetés à l’étranger, notamment l’énergie.

La Fed reste l’autre variable clé

Le rebond de l’argent intervient aussi avant la publication des minutes de la Fed. Les minutes sont le compte rendu détaillé des discussions internes de la banque centrale américaine. Les marchés y cherchent des indications sur les futures décisions de taux.

En juillet, les investisseurs anticipent à plus de 80 % une hausse des taux directeurs de 25 points de base d’ici la fin de l’année, d’après l’outil FedWatch du CME Group. Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour influencer le coût du crédit. Un point de base représente 0,01 point de pourcentage : 25 points de base correspondent donc à 0,25 point.

En théorie, une hausse des taux pèse sur les métaux précieux. Elle augmente le rendement des placements rémunérés, comme les obligations, alors que l’argent et l’or ne versent pas d’intérêt. Elle peut aussi soutenir le dollar, ce qui rend les métaux plus chers pour les acheteurs non américains.

Un signal important pour les investisseurs européens

Le franchissement des 60 dollars ne signifie pas que la tendance est acquise. Il montre plutôt que le marché arbitre entre deux forces opposées. D’un côté, la Fed et les taux élevés limitent l’attrait des métaux précieux. De l’autre, le risque géopolitique, la hausse de l’énergie et les incertitudes sur l’inflation renforcent la demande de protection.

Pour un investisseur belge ou européen, le taux de change euro-dollar reste déterminant. Une hausse de l’argent en dollars peut être amplifiée ou réduite selon l’évolution de l’euro. Le prix payé en boutique, en lingots ou en pièces, dépend aussi de la prime, c’est-à-dire l’écart entre le cours international du métal et le prix réel d’achat, qui inclut la fabrication, la distribution et la demande locale.

Le seuil de 60 dollars confirme que l’argent reste au croisement de trois marchés : les métaux précieux, l’industrie et l’énergie. Tant que les tensions Iran-États-Unis alimenteront l’incertitude et que la Fed restera prudente face à l’inflation, le métal blanc devrait rester très sensible aux annonces économiques et géopolitiques.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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