4 056 dollars l’once : le cours de l’or a marqué le pas le 9 juillet 2026, malgré un contexte géopolitique qui soutient habituellement les valeurs refuges. Le métal jaune a reculé de 0,5 % sur les marchés mondiaux. En Inde, marché clé pour la demande physique, le gramme d’or s’échangeait à 12 484,01 roupies, contre 12 520,64 roupies la veille.
Cette baisse peut surprendre. En période de tensions internationales, l’or attire souvent les investisseurs. Il est considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque les marchés deviennent instables. Mais début juillet, un autre facteur domine : la peur d’une inflation durable, alimentée par le pétrole, et donc de taux d’intérêt qui resteraient élevés plus longtemps.
L’or recule malgré les tensions au Moyen-Orient
Le repli du 9 juillet intervient dans un climat tendu entre les États-Unis et l’Iran. Les frappes américaines en Iran, les ripostes iraniennes dans le Golfe et la fin du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump ont pesé sur les marchés européens.
Le 8 juillet, le CAC 40 a reculé de 1,68 %, le DAX allemand de 1,89 % et le FTSE 100 britannique de 1,32 %. Un rebond technique était attendu le lendemain en Europe, avec des hausses d’ouverture anticipées entre 0,4 % et 0,94 %. Mais la pression est restée forte.
Le canal de transmission est clair : les tensions au Moyen-Orient soutiennent les prix du pétrole. Or un pétrole plus cher renchérit l’énergie, le transport et une partie de la production industrielle. Cela nourrit les craintes d’inflation, c’est-à-dire une hausse générale et durable des prix.
Pourquoi l’inflation peut freiner l’or
L’or protège souvent contre la perte de pouvoir d’achat à long terme. Pourtant, à court terme, une inflation jugée trop élevée peut peser sur son prix.
La raison tient aux taux d’intérêt. Un taux d’intérêt est le rendement payé par un placement comme une obligation ou un dépôt. Lorsque l’inflation accélère, les banques centrales peuvent maintenir des taux élevés, voire les relever, afin de refroidir l’économie.
Cette situation pénalise l’or. Le métal jaune ne verse ni coupon, ni dividende, ni intérêt. Il est donc moins attractif face aux actifs porteurs d’intérêt, comme les obligations d’État, qui rémunèrent leur détenteur. Plus les rendements obligataires montent, plus le coût d’opportunité de l’or augmente : conserver de l’or signifie renoncer à un revenu possible ailleurs.
C’est ce mécanisme qui a déjà pesé en juin 2026, lorsque l’or est passé sous 4 200 dollars l’once. L’once troy, unité de référence sur le marché de l’or, équivaut à environ 31,1 grammes.
Le dollar fort accentue la pression
Le dollar américain joue aussi un rôle central. L’or est coté principalement en dollars sur les marchés internationaux. Quand le billet vert se renforce, l’or devient plus cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, comme l’euro, la roupie indienne ou le yen.
Cette hausse mécanique du prix dans les monnaies locales peut réduire la demande. Elle a contribué au repli observé début juillet, malgré la montée des risques géopolitiques.
Pour les investisseurs européens, cette relation est importante. Un cours de l’or en baisse en dollars peut être partiellement compensé par un dollar plus fort face à l’euro. À l’inverse, un dollar plus faible peut réduire le gain exprimé en euros. Le prix final dépend donc à la fois du cours de l’or et du taux de change.
Les investisseurs cherchent surtout la liquidité
Début juillet, la baisse ne s’est pas limitée à l’or. Le bitcoin et plusieurs devises considérées comme sûres ont également reculé. Ce mouvement traduit une aversion au risque généralisée : les investisseurs réduisent leur exposition aux actifs jugés incertains et privilégient la liquidité.
La liquidité désigne la capacité à détenir ou convertir rapidement un actif en monnaie disponible. Dans les phases de stress, le dollar reste souvent recherché, car il sert de devise de réserve mondiale et de monnaie de règlement dans de nombreux échanges internationaux.
Ce phénomène explique pourquoi l’or peut baisser même lorsque les tensions montent. À très court terme, les investisseurs peuvent vendre plusieurs actifs, y compris des valeurs refuges, pour renforcer leurs positions en dollars.
Un recul important depuis le record de janvier
Le mouvement actuel s’inscrit dans une correction plus large. Entre janvier et juin 2026, le prix de l’or est passé d’un record historique de 5 598 dollars l’once à environ 4 100 dollars. La baisse atteint environ 25 %.
Les causes principales sont connues : remontée des taux d’intérêt, dollar plus ferme, inflation élevée aux États-Unis et tensions pétrolières liées au conflit au Moyen-Orient. En Inde, la taxe à l’importation sur l’or à 15 % a aussi pesé sur la demande locale.
Ce recul ne signifie pas que le rôle de l’or disparaît. Il rappelle surtout que le métal précieux n’évolue pas seulement en fonction des crises géopolitiques. Les taux, le dollar, les anticipations d’inflation et la demande physique comptent tout autant.
Les banques centrales offrent un soutien de fond
À plus long terme, un facteur continue de soutenir le marché : les achats des banques centrales. En 2022, elles ont accumulé 1 136 tonnes d’or, un record. Une banque centrale gère la monnaie et les réserves d’un pays ou d’une zone monétaire, comme la Banque centrale européenne pour la zone euro.
Ces achats traduisent une volonté de diversification. Diversifier ses réserves signifie ne pas dépendre d’un seul actif ou d’une seule devise, notamment le dollar. L’or reste apprécié car il ne dépend pas de la signature d’un État ou d’une entreprise.
Ces achats ne bloquent pas les baisses à court terme. Ils peuvent toutefois créer un plancher de demande, surtout lorsque plusieurs institutions monétaires cherchent à renforcer leurs réserves en métal physique.
Ce que les épargnants doivent surveiller
Pour un investisseur belge ou européen, trois indicateurs méritent une attention particulière : le prix du pétrole, les décisions des banques centrales et l’évolution du dollar face à l’euro.
Si les tensions au Moyen-Orient maintiennent le pétrole à un niveau élevé, les craintes inflationnistes peuvent persister. Dans ce cas, la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine pourraient rester prudentes sur l’assouplissement monétaire. Un assouplissement monétaire correspond à une baisse des taux ou à des mesures destinées à faciliter le crédit.
Le paradoxe actuel est donc simple : la géopolitique soutient théoriquement l’or, mais l’inflation et les taux élevés freinent sa progression. Tant que ce bras de fer durera, le cours du métal jaune pourrait rester volatil, avec des rebonds liés au risque et des replis provoqués par le dollar ou les rendements obligataires.


