Le paradoxe a dominé la semaine : les tensions avec l’Iran ont soutenu la demande de protection, mais les craintes sur les taux ont pesé plus lourd sur l’or. Le métal précieux a terminé la semaine en baisse sur les marchés mondiaux, vendredi 10 juillet 2026, dans un contexte mêlant risque militaire, volatilité du pétrole et prudence monétaire.

L’or recule malgré un climat géopolitique tendu

L’information principale tient en une divergence classique, mais importante pour les investisseurs : l’or a baissé alors que le risque géopolitique augmentait au Moyen-Orient.

En période de crise, l’or est souvent qualifié de valeur refuge. Cela signifie qu’il est recherché lorsque les investisseurs veulent protéger leur capital face à l’incertitude politique, financière ou militaire. Mais ce soutien n’a pas suffi cette semaine.

La pression est venue des taux d’intérêt réels, c’est-à-dire les taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Lorsqu’ils restent élevés, les placements rémunérés, comme certaines obligations d’État, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni coupon ni dividende. Son coût d’opportunité augmente donc : détenir de l’or peut sembler moins intéressant que détenir un actif qui rapporte un revenu régulier.

L’Iran et le détroit d’Ormuz ravivent les inquiétudes

Le facteur géopolitique reste central. Les États-Unis ont mené de nombreuses frappes, suivies de représailles iraniennes visant des alliés américains. Ces événements ont accru les tensions dans la région.

Le point de vigilance principal concerne le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique entre le golfe Persique et la mer d’Oman. Une partie importante du pétrole mondial y transite. Toute perturbation du trafic peut provoquer une hausse des prix de l’énergie, avec un effet possible sur l’inflation.

Cette chaîne est suivie de près par les marchés : tensions militaires, pétrole plus cher, inflation potentiellement plus persistante, puis banques centrales plus prudentes avant de baisser leurs taux. Pour l’or, cette mécanique peut devenir défavorable si les investisseurs anticipent des taux élevés plus longtemps.

Le pétrole reste volatil, un signal pour l’inflation

Les prix du pétrole avaient progressé la semaine précédente sous l’effet des menaces pesant sur le détroit d’Ormuz. Ils ont ensuite reflué. À New York, le baril est redescendu à 72,75 dollars, en baisse de 2,30 %. À Londres, le Brent a reculé à 77,51 dollars, soit -2,04 %.

Le Brent est une référence mondiale du pétrole extrait en mer du Nord. Il sert souvent de prix de référence pour l’Europe. Pour les ménages et les entreprises belges, ses variations peuvent finir par se traduire dans les coûts de carburant, de transport et d’énergie.

Cette volatilité énergétique compte aussi pour l’or. Si le pétrole repart fortement à la hausse, l’inflation pourrait être plus difficile à maîtriser. Les banques centrales pourraient alors maintenir une politique monétaire stricte, ce qui pèserait sur les métaux précieux.

Les marchés hésitent entre prudence et technologie

Aux États-Unis, les grands indices boursiers ont évolué de manière contrastée. Le Dow Jones a gagné 0,13 % et le S&P 500 0,34 %, tandis que le Nasdaq 100 a progressé de 1,17 %.

Le Nasdaq 100 regroupe de nombreuses grandes valeurs technologiques. Sa meilleure performance montre que les investisseurs ont continué à privilégier certains secteurs de croissance, malgré l’incertitude liée au conflit iranien.

Les données économiques américaines ont ajouté à cette lecture mitigée. Les nouvelles demandes hebdomadaires d’allocations chômage se sont établies à 215 000, contre 218 000 attendues. Les ventes de logements existants ont en revanche reculé de 2,4 %, alors qu’une hausse de 0,7 % était anticipée.

Ces indicateurs influencent les anticipations de politique monétaire. Une économie qui ralentit peut soutenir l’or si elle rapproche des baisses de taux. Mais une inflation entretenue par l’énergie peut produire l’effet inverse.

L’euro et le dollar comptent pour les acheteurs européens

Le dollar a légèrement reculé face à l’euro, à 0,8746 euro, soit -0,11 %. Ce mouvement reste modeste, mais il intéresse directement les acheteurs européens d’or.

L’or est coté principalement en dollars sur les marchés internationaux. Pour un investisseur en Belgique ou dans la zone euro, le prix final dépend donc de deux éléments : le cours de l’or en dollars et le taux de change euro-dollar. Un dollar plus faible peut amortir une hausse de l’or pour un acheteur en euros. À l’inverse, un dollar plus fort peut renchérir l’achat, même si le cours international de l’or bouge peu.

Ce que cette baisse signifie pour l’or physique

Pour les particuliers, la baisse hebdomadaire ne change pas la fonction de long terme de l’or : protection contre les chocs, diversification du patrimoine et réserve de valeur. Mais elle rappelle que le métal jaune peut reculer à court terme, même pendant une crise.

Avant un achat ou une vente, trois points restent essentiels : suivre le prix en euros, comparer la prime des pièces ou lingots — la prime étant l’écart entre le prix de vente et la valeur du métal contenu — et tenir compte de l’horizon de placement.

La semaine confirme surtout que l’or ne réagit pas seulement à la peur : il réagit aussi aux taux, au dollar et aux anticipations des banques centrales. Dans les prochains jours, l’évolution du conflit autour de l’Iran et les signaux monétaires resteront les deux variables clés pour les investisseurs francophones et européens.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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