321 diamants, 56 saphirs, 13 émeraudes et six rubis : la bague offerte à Donald Trump par des diamantaires anversois déclenche une demande d’explications à Washington. Deux sénateurs démocrates américains, Elizabeth Warren et Richard Blumenthal, ont adressé une lettre à Isidore Mörsel, président de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC), et au joaillier David Gotlib, à l’origine du bijou.
Leur question est simple : ce cadeau en or 18 carats a-t-il un lien avec une exemption de droits de douane accordée aux diamants peu après ? Dans leur courrier, les deux élus estiment que l’affaire « ressemble à une tentative de corruption ». Ils demandent des réponses d’ici au 21 août 2026.
Une bague en or 18 carats remise fin juin
La bague a été remise le 28 juin 2026, lors des festivités liées au 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Le cadeau a été transmis par Isidore Mörsel à l’ambassadeur américain Bill White, pour Donald Trump.
Le bijou est en or 18 carats. Cela signifie que l’alliage contient 75 % d’or pur, le reste étant composé d’autres métaux destinés à renforcer sa dureté. L’or pur, ou 24 carats, est trop malléable pour de nombreux bijoux portés au quotidien.
La bague est aussi sertie de pierres précieuses. Le sertissage désigne la technique qui fixe les pierres dans le métal. Le dessus représente un sceau présidentiel incrusté. Les côtés affichent la lettre « T », les chiffres « 45 » et « 47 », en référence aux deux mandats de Donald Trump, ainsi que le logo de Superman.
Sa valeur est estimée entre 25.000 et 35.000 dollars, soit environ 22.000 à 30.000 euros.
Les sénateurs pointent le calendrier douanier
Le point sensible concerne le calendrier. Le 23 juillet 2026, près d’un mois après la remise du bijou, les diamants ont bénéficié d’une exemption de droits de douane américains.
Un droit de douane est une taxe appliquée à l’entrée d’un produit sur un marché étranger. Une exemption tarifaire signifie que cette taxe n’est pas appliquée, ou qu’elle est retirée pour une catégorie de produits. Pour un secteur exportateur comme le diamant anversois, une telle mesure peut améliorer la compétitivité sur le marché américain.
Cette exemption avait disparu en février 2026 après une décision de la Cour suprême américaine, avant d’être réintroduite. Le secteur diamantaire belge affirme que cette réintégration s’explique par des arguments économiques : les États-Unis ne disposeraient pas d’une industrie nationale comparable dans ce domaine.
Anvers, un centre mondial sous pression politique
Anvers reste l’un des grands centres mondiaux du commerce du diamant. L’AWDC représente les intérêts de ce secteur en Belgique et à l’international. Les États-Unis constituent un marché stratégique pour les pierres précieuses, notamment pour la joaillerie haut de gamme.
C’est précisément ce lien commercial qui rend l’affaire sensible. Pour Elizabeth Warren et Richard Blumenthal, la remise d’un bijou de valeur à Donald Trump, suivie d’une décision tarifaire favorable aux diamants, justifie des explications détaillées.
À ce stade, il s’agit d’une demande d’informations et non d’une condamnation. Les sénateurs évoquent une possible tentative de corruption, mais aucun jugement définitif n’établit un lien illicite entre le cadeau et la décision douanière.
Un risque juridique si un avantage était établi
Les élus américains demandent notamment qui a financé la bague, comment le cadeau a été approuvé, et si des échanges ont eu lieu avec l’administration américaine autour de l’exemption tarifaire.
Si un lien irrégulier était établi, les personnes impliquées pourraient s’exposer à des poursuites au regard de la législation fédérale américaine anticorruption. Cette législation encadre les avantages, cadeaux ou paiements pouvant influencer une décision publique.
Pour les investisseurs et observateurs du secteur, l’affaire rappelle une réalité : l’or, les diamants et les pierres précieuses ne sont pas seulement des actifs de valeur. Ils peuvent aussi devenir des objets politiques, surtout lorsqu’ils circulent entre représentants économiques et responsables publics.
La réponse attendue d’ici au 21 août dira si cette bague reste un cadeau symbolique entre Anvers et Washington, ou si elle devient un dossier plus embarrassant pour le commerce diamantaire belge.


