7 300 milliards de roubles : c’est le déficit budgétaire que la Russie prévoit désormais pour 2026, soit plus du double de l’objectif initial. Alors que ses emprunts rencontrent des difficultés sur le marché, l’État russe vendrait une partie de ses réserves d’or pour soutenir son budget de guerre.

D’après Business AM, la Russie écoulerait des volumes importants d’or détenus par l’État afin de couvrir les coûts croissants de la guerre en Ukraine et de réduire le trou de ses finances publiques. Cette information, rapportée le 21 octobre, demeure à considérer avec prudence : l’ampleur exacte des ventes et le volume de métal restant mobilisable ne sont pas établis de manière définitive.

L’or de réserve désigne le métal précieux détenu par une banque centrale ou par l’État. Il constitue une réserve financière : il peut renforcer la crédibilité monétaire d’un pays, servir de garantie ou être vendu contre des liquidités, c’est-à-dire de l’argent immédiatement disponible pour payer des dépenses.

Un déficit budgétaire deux fois plus élevé que prévu

Le ministère russe des Finances a relevé, le 1er octobre, sa prévision de déficit budgétaire pour 2026 à 7 300 milliards de roubles, contre 3 600 milliards envisagés initialement.

Le déficit budgétaire correspond à l’écart entre les dépenses publiques et les recettes de l’État sur une période donnée. Plus il est élevé, plus le gouvernement doit trouver des financements : hausse des impôts, emprunts, utilisation de réserves ou création monétaire indirecte.

Moscou prévoirait ainsi d’emprunter 1 000 milliards de roubles supplémentaires pour combler ce déficit. La hausse des dépenses militaires liées à la guerre en Ukraine explique cette dégradation des comptes publics.

Dans ce contexte, la vente d’or offrirait une source de financement complémentaire. Elle permettrait de transformer un actif stocké en liquidités sans devoir, dans l’immédiat, trouver de nouveaux créanciers sur les marchés.

Une adjudication de dette sans acheteur au prix demandé

La recherche de financement se heurte toutefois à une difficulté supplémentaire. Lors d’une adjudication d’obligations fédérales russes, arrivées à échéance le 30 septembre, le ministère des Finances n’a reçu aucune offre à un niveau de prix jugé acceptable. L’opération a donc échoué.

Une adjudication est une vente aux enchères de titres de dette. Les obligations fédérales russes, appelées OFZ, sont des emprunts émis par l’État : l’investisseur prête de l’argent au gouvernement en échange d’intérêts et du remboursement prévu à l’échéance.

L’absence d’offres aux conditions souhaitées montre que les investisseurs demandaient probablement un rendement plus élevé, donc un coût d’emprunt plus lourd pour l’État. Les changements dans les plans budgétaires, l’augmentation des dépenses militaires et le gonflement du déficit pèsent sur la demande de dette russe.

Des analystes cités dans les informations disponibles évoquent également un recours accru au financement par le système bancaire et la Banque centrale. Ce mécanisme peut faciliter le financement à court terme, mais il augmente la dépendance de l’État à ses institutions financières domestiques.

Vendre de l’or apporte des liquidités, mais réduit le matelas de sécurité

Pour la Russie, céder de l’or pourrait répondre à une contrainte immédiate : financer le budget alors que l’emprunt devient plus coûteux ou insuffisant. Cette stratégie a néanmoins un prix.

Chaque vente réduit le stock d’or disponible pour faire face à de futures crises financières, monétaires ou géopolitiques. Les réserves d’or sont particulièrement utiles lorsqu’un pays subit des sanctions ou un accès limité aux marchés financiers internationaux, car le métal ne dépend pas de la promesse de paiement d’un débiteur.

Une vente massive peut aussi peser sur le marché de l’or si le métal est écoulé rapidement. L’effet dépendrait cependant des volumes réellement vendus, du rythme des opérations et des acheteurs. Ces éléments ne sont pas précisés à ce stade.

Pour les épargnants belges et européens, cet épisode rappelle la fonction particulière de l’or : il ne produit pas de revenu comme une obligation, mais il représente un actif tangible, sans risque de défaut d’un émetteur. Son rôle est surtout celui d’une assurance patrimoniale dans les périodes de tensions financières ou géopolitiques.

La Russie semble donc confrontée à une équation plus difficile : emprunter davantage, solliciter son système financier intérieur et, possiblement, puiser dans ses réserves d’or. La capacité de Moscou à financer durablement la guerre dépendra désormais aussi de la profondeur de ces réserves et de l’accès effectif aux acheteurs.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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