Plus de 28 % de repli depuis un record à 5 598 dollars l’once : l’or reste recherché, mais il ne monte pas en ligne droite. Depuis le début de 2026, le cours du métal jaune a reculé de plus de 4 %, malgré la guerre en Ukraine, les tensions entre les États-Unis et l’Iran, et une inflation en zone euro toujours supérieure à l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne.

La baisse actuelle de l’or s’explique d’abord par un changement d’arbitrage des investisseurs : les rendements américains redeviennent plus attractifs, tandis qu’une partie du marché sécurise ses gains après une hausse spectaculaire.

Les taux réels américains pèsent sur l’or

Le principal frein vient des taux d’intérêt réels aux États-Unis. Ce terme désigne le rendement d’un placement une fois l’inflation déduite. Par exemple, si une obligation rapporte 5 % et que l’inflation est de 3 %, le taux réel est proche de 2 %.

Pour l’or, ce point est central. Le métal jaune ne verse ni coupon, c’est-à-dire un intérêt régulier comme une obligation, ni dividende, c’est-à-dire une part des bénéfices comme certaines actions. Quand les obligations souveraines américaines offrent des rendements jugés intéressants, certains investisseurs préfèrent ces titres à l’or.

Une obligation souveraine est une dette émise par un État. Les bons du Trésor américains sont considérés comme très liquides, car ils s’achètent et se vendent facilement sur les marchés. Cette liquidité attire les grands investisseurs lorsque les taux montent.

L’inflation ne suffit pas toujours à faire monter le métal jaune

L’idée selon laquelle l’or protège automatiquement contre l’inflation reste très répandue. Elle mérite d’être nuancée.

L’or peut préserver du pouvoir d’achat sur le long terme. Mais il ne progresse pas systématiquement lors de chaque épisode inflationniste. Depuis les années 1970, les marchés financiers ont beaucoup changé. Les investisseurs disposent désormais d’autres actifs refuges, comme les bons du Trésor américains ou le franc suisse.

En 2026, l’inflation en zone euro reste élevée par rapport à la cible de la BCE. Pourtant, cette inflation ne se traduit pas mécaniquement par une hausse du cours de l’or. Les investisseurs comparent les rendements, la liquidité et le risque. Lorsque les taux réels montent, l’or devient moins compétitif à court terme.

Les prises de bénéfices accentuent la correction

La baisse actuelle intervient après une envolée historique. Depuis janvier 2024, le prix de l’or a plus que doublé, avec une progression de plus de 110 % jusqu’à un sommet de 5 598 dollars l’once.

L’once utilisée sur le marché de l’or est l’once troy. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. C’est l’unité de référence internationale pour coter le métal jaune.

Après une telle progression, des investisseurs institutionnels, des grandes banques et des gestionnaires d’actifs ont pris leurs bénéfices. Une prise de bénéfices consiste à vendre un actif après une forte hausse afin de sécuriser un gain. Ce mouvement peut peser fortement sur les prix lorsqu’il concerne de grands volumes.

Le repli jusqu’à 4 023 dollars l’once, puis une évolution autour de 4 320 dollars, traduit donc aussi une respiration du marché. La question reste de savoir si cette phase correspond à une simple correction ou au début d’une tendance plus durable.

Les tensions géopolitiques soutiennent la demande, mais pas toujours les prix

La guerre en Ukraine, les tensions entre Washington et Téhéran, et les incertitudes liées aux sanctions internationales alimentent la demande d’actifs refuges. L’or reste un actif sans risque de contrepartie directe : il ne dépend pas de la promesse de remboursement d’un État ou d’une entreprise.

Mais les tensions géopolitiques créent surtout de la volatilité. La volatilité désigne l’ampleur des variations de prix à la hausse comme à la baisse. Un regain de stress peut faire grimper l’or rapidement, puis être suivi d’un reflux si les marchés estiment que le risque immédiat diminue ou si d’autres placements deviennent plus rentables.

Autrement dit, un environnement instable ne garantit pas une hausse continue. Le marché de l’or réagit à plusieurs forces en même temps : peur géopolitique, taux d’intérêt, dollar, inflation, achats des banques centrales et comportement des investisseurs.

Les banques centrales jouent un rôle ambivalent

Les banques centrales restent un acteur clé du marché. Depuis plusieurs années, la dédollarisation soutient les achats d’or. Ce terme désigne la volonté de certains pays de réduire leur dépendance au dollar américain dans leurs réserves officielles.

La Russie, la Chine et la Pologne figurent parmi les exemples notables de pays ayant renforcé la place de l’or dans leurs réserves. Cette tendance s’est accélérée après les sanctions contre la Russie, notamment depuis 2022. Pour ces États, l’or sert à diversifier les réserves et à limiter l’exposition au système financier dominé par le dollar.

Mais à court terme, certaines banques centrales émergentes peuvent aussi vendre de l’or pour soutenir leur monnaie. Lorsqu’une devise nationale est sous pression, vendre des réserves permet de disposer de liquidités, souvent en dollars, pour intervenir sur le marché des changes. Ces ventes ponctuelles peuvent peser sur le cours.

Il existe donc deux mouvements simultanés : des achats structurels liés à la dédollarisation, et des ventes tactiques destinées à défendre certaines monnaies.

Ce que cela signifie pour les épargnants belges et européens

Pour un particulier en Belgique ou en zone euro, la baisse de l’or ne signifie pas nécessairement que son rôle de protection disparaît. Elle rappelle surtout que l’or est un actif de long terme, sensible aux cycles financiers.

Avant d’acheter ou de vendre, trois points doivent être surveillés :

  • les taux réels américains, qui influencent fortement le coût d’opportunité de l’or ;
  • l’évolution de l’inflation en zone euro et les décisions de la BCE ;
  • le comportement des banques centrales, entre achats de diversification et ventes de soutien monétaire.

La correction actuelle montre que l’or peut baisser même dans un monde instable. Mais elle ne remet pas forcément en cause son statut d’actif de diversification. Le métal jaune protège surtout contre certains risques extrêmes ; il ne protège pas contre toutes les baisses de marché à court terme.

La baisse de 2026 tient donc moins à une perte d’intérêt pour l’or qu’à un équilibre défavorable entre rendements obligataires, prises de bénéfices et arbitrages de liquidité. Pour les investisseurs, la leçon est simple : l’or reste stratégique, mais son prix dépend toujours du moment d’achat.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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