4 073 dollars l’once. C’est autour de ce niveau que l’or au comptant évoluait à l’ouverture des places européennes, mercredi 24 juin 2026. Le seuil des 4 100 dollars, surveillé par les investisseurs, a été enfoncé après une chute de près de 2 % mardi et un repli d’environ 6 % sur la période récente.
L’or teste un support clé au moment où deux moteurs traditionnels de hausse s’affaiblissent : la baisse attendue des taux américains et la demande de valeur refuge liée aux tensions géopolitiques.
L’or passe sous un seuil technique important
Le cours de l’or spot, c’est-à-dire le prix de l’or pour une livraison immédiate, reculait d’environ 1,10 % mercredi matin, autour de 4 073 dollars l’once. Une once troy, l’unité de référence sur le marché de l’or, correspond à 31,1 grammes.
Le niveau des 4 100 dollars constituait un support. En analyse de marché, un support désigne une zone de prix où les acheteurs sont censés revenir en nombre suffisant pour freiner la baisse. Son franchissement à la baisse peut donc encourager des ventes supplémentaires, notamment de la part d’investisseurs qui suivent des règles automatiques de gestion du risque.
À court terme, certains opérateurs surveillent désormais le seuil psychologique des 4 000 dollars. Le terme « psychologique » signifie qu’il s’agit d’un chiffre rond, facile à identifier, souvent observé par le marché même s’il ne correspond pas forcément à une valeur fondamentale.
Un indicateur technique, le RSI, serait proche d’une zone dite de « survente ». Le RSI mesure la vitesse d’un mouvement de prix. Une zone de survente peut signaler une baisse rapide, parfois suivie d’un rebond technique. Elle ne garantit toutefois pas un retournement durable.
La Fed pèse sur l’or via les taux et le dollar
La pression principale vient des États-Unis. La Réserve fédérale américaine, la Fed, a maintenu ses taux directeurs dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %. Les taux directeurs sont les taux auxquels la banque centrale influence le coût du crédit dans l’économie.
Les dernières projections monétaires indiquent un soutien croissant à au moins une hausse de taux d’ici la fin de 2026. Les marchés à terme, qui permettent aux investisseurs de se positionner sur des anticipations futures, évaluent désormais à environ 90 % la probabilité d’une hausse en décembre.
Ce contexte est défavorable à l’or pour deux raisons. D’abord, l’or ne verse ni intérêt ni dividende. Quand les taux montent, les obligations ou les placements monétaires deviennent relativement plus attractifs. Ensuite, des taux américains plus élevés soutiennent souvent le dollar. Or l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux : un dollar plus fort rend l’achat d’or plus coûteux pour les investisseurs utilisant d’autres devises.
Pour un épargnant belge ou européen, l’effet peut être plus nuancé. Une baisse de l’or en dollars peut être partiellement compensée si l’euro recule face au dollar. Le prix en euros ne suit donc pas toujours exactement le mouvement affiché en dollars.
Le dossier iranien réduit la demande de valeur refuge
Le deuxième facteur vient du Moyen-Orient. Les négociations entre Washington et Téhéran ont progressé en juin après des discussions préliminaires en Suisse. Les États-Unis ont accordé une dérogation de 60 jours sur certaines ventes de pétrole iranien.
Cette décision a contribué à réduire la prime de risque géopolitique. Une prime de risque correspond à la hausse de prix que les investisseurs acceptent de payer pour se protéger contre un danger politique, militaire ou économique. Dans le cas de l’or, cette prime augmente souvent lors des crises internationales, car le métal jaune est considéré comme une valeur refuge.
Le trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz reprend progressivement, avec la réouverture de routes d’exportation alternatives au Koweït et aux Émirats. L’Iran a expédié plus de 30 millions de barils la semaine précédente. Une circulation plus fluide du pétrole réduit la crainte d’un choc énergétique, donc d’une poussée d’inflation importée.
Ce point est important pour l’or. Une crise pétrolière peut soutenir le métal précieux si elle alimente l’inflation ou la peur sur les marchés. À l’inverse, un apaisement diplomatique réduit le besoin de protection.
Les inspections nucléaires restent un point d’incertitude
Le 23 juin, Donald Trump aurait affirmé lors d’une conférence de presse que l’Iran avait donné son accord à des visites d’inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’AIEA. Cette agence surveille les activités nucléaires civiles et vérifie le respect des engagements internationaux.
Le calendrier resterait toutefois imprécis. Donald Trump aurait indiqué que ces inspections auraient lieu « en temps voulu », tout en ajoutant qu’il n’y avait pas d’urgence.
Cette incertitude limite l’ampleur de l’apaisement. Le marché de l’or reste sensible à tout blocage sur le nucléaire iranien, car un retour des tensions pourrait rapidement raviver la demande de protection.
Ce que ce mouvement signifie pour les acheteurs d’or
La baisse actuelle ne signifie pas que l’or a perdu son rôle de protection patrimoniale. Elle rappelle plutôt que son prix peut corriger fortement lorsque les taux réels, le dollar et la géopolitique évoluent dans le même sens.
Les taux réels correspondent aux taux d’intérêt corrigés de l’inflation. Ils sont essentiels pour l’or : plus ils sont élevés, plus le coût d’opportunité de détention du métal augmente. Le coût d’opportunité désigne le rendement auquel un investisseur renonce en choisissant un actif qui ne rapporte pas d’intérêt.
Pour les investisseurs belges, trois points doivent être surveillés : le niveau de l’or en dollars, le taux de change euro-dollar et l’écart entre le prix d’achat et le prix de revente des pièces ou lingots, appelé spread. Ce spread varie selon le produit, la liquidité et le professionnel choisi.
Le test des 4 100 dollars ouvre donc une phase plus délicate. Si la Fed confirme une ligne plus restrictive et si les tensions avec l’Iran continuent de s’apaiser, l’or pourrait rester sous pression. À l’inverse, une surprise sur l’inflation, un recul du dollar ou un regain de tension géopolitique pourrait redonner de l’attrait au métal refuge.


