Près de 4 115 dollars l’once : l’or au comptant aurait reculé jeudi 22 octobre, après avoir évolué au-dessus de 4 150 dollars la semaine précédente. Les investisseurs semblent privilégier la prudence avant de nouvelles données américaines sur l’inflation et les prochains signaux de la Réserve fédérale (Fed).

Ce mouvement intervient dans un contexte paradoxal. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient soutiennent habituellement l’or, actif recherché en période d’incertitude. Mais les attaques visant des infrastructures saoudiennes, dont une frappe contre le siège de Saudi Aramco à Dhahran le 14 octobre, ont aussi contribué à faire monter le pétrole. Cette hausse pourrait entretenir l’inflation et retarder une baisse des taux directeurs américains.

Le pétrole peut peser sur l’or via les taux

Le lien passe par la politique monétaire. Quand le prix du pétrole augmente, le coût des carburants, du transport et de certains produits peut progresser. L’inflation, c’est-à-dire la hausse générale et durable des prix, risque alors d’être plus forte ou de durer davantage.

Face à ce risque, la Fed pourrait conserver des taux d’intérêt élevés plus longtemps, voire durcir sa politique monétaire. Des taux plus élevés rendent les obligations et les placements monétaires plus rémunérateurs. Ils diminuent donc, à court terme, l’attrait relatif de l’or, qui ne verse ni intérêt ni dividende.

Les attaques attribuées aux Houthis et les inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique régional auraient ainsi renforcé les anticipations inflationnistes. Le marché pétrolier redoute en effet qu’une dégradation de la sécurité autour des installations saoudiennes ne perturbe l’offre.

Un repli après une phase au-dessus de 4 150 dollars

Les 13 et 14 octobre, le cours spot de l’or avait oscillé entre 4 155 dollars et 4 191,76 dollars l’once. Le cours spot désigne le prix d’achat ou de vente immédiat du métal sur le marché international, par opposition aux contrats à terme livrés à une date ultérieure.

Le repli vers 4 115 dollars marquerait donc une baisse d’environ 1 % à 2 % par rapport à ces niveaux récents. Cette évolution resterait à interpréter avec prudence : la volatilité demeure élevée et les flux vers l’or peuvent rapidement repartir si le risque géopolitique s’aggrave ou si les chiffres économiques américains déçoivent.

Le dollar constitue un autre facteur important. Un billet vert plus fort renchérit généralement l’or pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies, dont l’euro. Cela peut freiner la demande mondiale et peser sur le cours exprimé en dollars.

Les données américaines restent le prochain rendez-vous

Pour les épargnants belges et européens, la prochaine direction de l’or dépendra largement des indicateurs américains de prix à la consommation et à la production. Une inflation plus élevée que prévu conforterait l’idée de taux durablement élevés, un scénario souvent défavorable au métal jaune à court terme.

À l’inverse, un ralentissement net de l’inflation pourrait alléger la pression sur les taux et redonner du soutien à l’or. Les tensions autour des infrastructures énergétiques saoudiennes maintiennent toutefois un risque : un pétrole durablement cher pourrait compliquer le retour de l’inflation vers les objectifs des banques centrales.

L’or conserve ainsi son rôle de protection face aux crises, mais son évolution immédiate reste prise entre deux forces opposées : l’incertitude géopolitique qui le soutient et le risque de taux élevés qui le pénalise.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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