Plus de 28 % de baisse depuis un sommet présumé proche de 5 598 dollars l’once : l’or aurait brutalement corrigé en juin 2026, tandis que le dollar américain se renforçait. Ce mouvement signale un possible retournement du « commerce de débasement », ce pari de marché consistant à acheter de l’or et à vendre le dollar pour se protéger contre la perte de pouvoir d’achat des monnaies.

Le métal jaune serait retombé autour de 4 000 dollars l’once en juin, après un record atteint au début de l’année. L’information reste à manier au conditionnel, mais la dynamique est claire : le dollar a rebondi, la Réserve fédérale américaine a durci son discours, et les investisseurs anticipent des taux d’intérêt plus élevés.

Le dollar reprend la main sur l’or

Le principal moteur du repli vient du marché des changes. L’or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Quand le dollar monte, l’or devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro, la livre ou d’autres devises. Cette mécanique freine souvent la demande mondiale.

Le billet vert a bénéficié en juin d’anticipations de politique monétaire plus restrictive de la Fed, dirigée par Kevin Warsh. Une politique monétaire restrictive signifie que la banque centrale maintient ou relève ses taux pour freiner l’inflation. Pour l’or, l’effet est généralement négatif.

La raison est simple : l’or ne verse pas d’intérêt. Quand les obligations américaines ou les dépôts en dollars rapportent davantage, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente. Le coût d’opportunité désigne ce que l’investisseur renonce à gagner en choisissant un actif plutôt qu’un autre.

Le « commerce de débasement » marque une pause

Le « commerce de débasement » repose sur une idée : les États très endettés laisseraient leurs monnaies perdre de la valeur réelle avec le temps, par l’inflation, les déficits ou des taux trop bas. Dans ce scénario, l’or sert de protection patrimoniale, car il ne dépend d’aucun État et ne peut pas être créé par une banque centrale.

Depuis plusieurs années, ce raisonnement a soutenu les achats d’or par les investisseurs et par certaines banques centrales. Mais le rebond du dollar change l’équilibre à court terme. Si la devise américaine redevient attractive, le besoin de se couvrir contre son affaiblissement diminue.

Le signal de marché est donc important : l’or ne baisse pas faute de tensions, mais parce que les facteurs monétaires dominent à nouveau.

Les tensions géopolitiques ne suffisent plus

En juin, les combats entre Israël et le Hezbollah au Liban, ainsi que les attaques de drones russes contre l’Ukraine, ont entretenu un climat d’incertitude. En temps normal, ces tensions soutiennent les valeurs refuges.

Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise financière, politique ou militaire. L’or joue traditionnellement ce rôle. Le dollar aussi, car il reste la principale devise de réserve mondiale et le cœur du système financier international.

Cette fois, le dollar semble avoir davantage profité de l’aversion au risque que le métal jaune. Les capitaux se sont orientés vers la devise américaine, renforçant la pression sur les actifs libellés en dollars, dont l’or.

Des ventes officielles auraient accentué la baisse

La Banque centrale indienne aurait vendu, à la mi-mai, environ 12 milliards de dollars de réserves d’or afin de soutenir la roupie dans un contexte de tensions avec l’Iran. Cette information reste probable, et non définitivement confirmée.

Une réserve d’or désigne l’or détenu par une banque centrale pour sécuriser la crédibilité financière d’un pays. Lorsqu’une banque centrale vend une partie de ce stock, elle augmente l’offre disponible sur le marché. Si ces ventes sont importantes, elles peuvent peser sur le prix mondial.

L’Inde rejoindrait ainsi d’autres pays ayant déjà utilisé l’or comme source de liquidité en période de tension économique. Ce facteur ne suffit pas à expliquer seul la baisse, mais il aurait renforcé un mouvement déjà alimenté par le dollar et les taux.

Les graphiques restent défavorables à court terme

L’analyse technique observée fin mai et début juin indique une tendance baissière persistante. L’analyse technique consiste à étudier les graphiques de prix pour repérer des seuils suivis par les traders.

Les analystes évoquent un canal descendant, c’est-à-dire une trajectoire où les plus hauts et les plus bas successifs reculent. Des résistances ont été identifiées vers 4 488 à 4 500 dollars. Une résistance est un niveau où les vendeurs sont susceptibles de reprendre la main. Un support clé était signalé autour de 4 460 dollars ; un support correspond à une zone où les acheteurs peuvent tenter de défendre le marché.

Les positions courtes sur l’or ont récemment été profitables. Une position courte consiste à parier sur la baisse d’un actif. À ce stade, le marché ne donne pas encore de signal clair de retournement haussier à court terme.

Goldman Sachs réduirait ses attentes

Goldman Sachs aurait abaissé sa prévision de fin 2026 pour l’or, de 5 400 à 4 900 dollars l’once. Cette révision traduirait une prudence accrue face à la résilience du dollar et au risque de taux plus élevés.

Pour les investisseurs européens et belges, le message est double. En dollars, la correction de l’or serait forte. En euros, l’impact dépend aussi du taux de change euro-dollar. Un dollar plus fort peut amortir une partie de la baisse pour un détenteur européen d’or, mais il renchérit aussi les futurs achats.

Le retournement du commerce de débasement ne signifie pas la fin du rôle patrimonial de l’or. Il rappelle plutôt que le métal jaune reste sensible aux taux réels, au dollar et aux flux des banques centrales. À court terme, le marché semble reprendre une logique monétaire plus classique : dollar fort, taux attendus plus hauts, or sous pression.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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