62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites dans le monde en 2022. Elles contenaient environ 15 milliards de dollars d’or, d’après le Global E-waste Monitor 2024 des Nations unies et de l’UNITAR. Moins d’un quart de ces déchets ont été officiellement recyclés.

Derrière ce chiffre se cache une réalité très concrète : ordinateurs, téléphones, serveurs, cartes mères et circuits imprimés contiennent de petites quantités de métal jaune. À l’échelle d’un foyer, la valeur paraît faible. À l’échelle mondiale, elle devient un gisement stratégique.

L’or se cache dans les circuits imprimés

L’or est utilisé dans l’électronique pour une raison simple : il conduit bien l’électricité et résiste très bien à la corrosion. Contrairement à d’autres métaux, il s’oxyde peu. Cette propriété le rend utile dans les broches, les connecteurs, les sockets et les circuits imprimés.

Un circuit imprimé est la plaque, souvent verte, qui relie les composants électroniques entre eux. Une carte mère est le circuit principal d’un ordinateur. Elle peut contenir entre 0,1 et 0,5 gramme d’or selon les modèles. Certains serveurs industriels anciens peuvent en contenir beaucoup plus, jusqu’à 56 grammes.

Avec un cours de l’or autour de 4 270 dollars l’once début août 2026, la valeur devient rapidement significative. Une once, dans le marché de l’or, désigne l’once troy, soit environ 31,1 grammes. La valeur théorique d’un gramme d’or dépasse donc 130 dollars à ce niveau de prix, avant frais de collecte, séparation, traitement et affinage.

Pourquoi cet or finit encore trop souvent à la poubelle

Le problème principal n’est pas l’absence d’or. C’est sa dispersion. Une très petite quantité se trouve dans chaque appareil. Pour la récupérer, il faut collecter beaucoup de déchets électroniques, les trier, les démonter, puis séparer les métaux.

Les déchets électroniques, aussi appelés DEEE ou D3E, regroupent les équipements électriques et électroniques mis au rebut : ordinateurs, smartphones, imprimantes, câbles, routeurs, écrans ou appareils ménagers. Lorsqu’ils dorment dans un tiroir, partent dans une poubelle classique ou sont exportés sans traitement contrôlé, leur or devient difficile à récupérer.

Selon le Global E-waste Monitor 2024, environ 62 milliards de dollars de métaux précieux et de matières valorisables sont restés inexploités en 2022. L’or n’est donc qu’une partie du sujet. Le cuivre, l’argent, le palladium et d’autres métaux critiques sont aussi concernés.

Zurich teste une méthode à base de résidu de fromage

À Zurich, des chercheurs de l’ETH Zurich dirigés par le professeur Raffaele Mezzenga ont développé une méthode originale pour extraire l’or des déchets électroniques. Elle utilise du lactosérum, un résidu issu de la fabrication du fromage.

Le procédé repose sur une éponge formée à partir de fibrilles de protéines. Cette éponge est placée dans un bain acide contenant des métaux dissous provenant de composants électroniques. Elle capture sélectivement les ions d’or. Un ion est un atome ou un groupe d’atomes portant une charge électrique. Dans ce cas, l’or est d’abord dissous, puis récupéré sous forme solide.

Les chercheurs ont obtenu une pépite de 450 milligrammes à 91 % de pureté à partir de résidus issus de 20 cartes mères. La pureté indique la proportion réelle d’or dans le métal récupéré. À 91 %, la pépite contient donc 91 % d’or, le reste étant constitué d’autres éléments.

L’intérêt économique est central : le procédé est présenté comme commercialement viable, avec des coûts inférieurs à la valeur de l’or récupéré. Si cette promesse se confirme à grande échelle industrielle, elle pourrait améliorer la rentabilité du recyclage électronique.

Le Royaume-Uni passe déjà à l’échelle industrielle

La Royal Mint britannique a annoncé en 2023 la construction d’une installation industrielle dédiée à l’extraction d’or à partir de déchets électroniques au Royaume-Uni. L’objectif est de traiter localement des circuits imprimés afin d’éviter leur mise en décharge ou leur exportation sans valorisation.

Cette évolution montre que le recyclage de l’or électronique n’est plus seulement un sujet de laboratoire. Il devient un enjeu industriel, environnemental et monétaire. Pour les États européens, récupérer davantage de métaux précieux réduit la dépendance aux importations minières et limite les pertes de ressources.

Que faire avec vos anciens appareils ?

Pour un particulier, extraire soi-même l’or d’un ordinateur n’a généralement aucun intérêt. Les quantités sont faibles, les produits chimiques peuvent être dangereux, et la valeur récupérable ne compense pas les risques.

La meilleure solution reste la collecte officielle : parcs de recyclage, points de reprise en magasin, filières agréées et systèmes de collecte des petits appareils. En Belgique, les appareils électriques et électroniques doivent être orientés vers des circuits spécialisés, afin que les métaux puissent être récupérés dans de meilleures conditions.

Avant de remettre un ordinateur ou un téléphone, il faut aussi penser aux données personnelles : sauvegarde, déconnexion des comptes, effacement du disque ou réinitialisation complète de l’appareil.

Le vrai trésor ne se trouve pas dans un seul vieux téléphone, mais dans des millions d’appareils collectés correctement. À mesure que le cours de l’or reste élevé et que les besoins en métaux augmentent, les déchets électroniques deviennent une mine urbaine que l’Europe ne peut plus ignorer.

Journaliste économique, Émilien s’intéresse aux usages industriels des métaux précieux et aux innovations technologiques qui façonnent leur avenir.

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