De près de 5 600 dollars l’once pour l’or et 121 dollars pour l’argent en janvier 2026, les marchés des métaux précieux ont vivement corrigé. En octobre, l’or évoluait autour de 4 190 dollars l’once, tandis que l’argent se situerait près de 60 dollars. Cette baisse rappelle une différence essentielle avant 2027 : l’or est d’abord un actif monétaire et défensif ; l’argent est à la fois un métal précieux et une matière première industrielle.

Pour 2027, le scénario central semble donc partagé. L’or pourrait mieux amortir les chocs économiques et monétaires. L’argent pourrait progresser plus fortement si l’industrie repart, mais son parcours resterait plus instable.

Une once troy, unité utilisée pour les métaux précieux, équivaut à 31,1035 grammes. Les cours internationaux sont généralement exprimés en dollars par once ; le rendement réel d’un investisseur belge dépend aussi de l’évolution euro-dollar.

Des taux élevés resteraient un frein commun

L’or et l’argent ne versent ni intérêt, ni coupon, ni dividende. Leur attrait se compare donc notamment au rendement des obligations ou des placements monétaires. Lorsque les taux réels — les taux d’intérêt corrigés de l’inflation — montent, détenir un métal sans revenu courant devient généralement moins attrayant.

Le dollar fort constitue un second obstacle. Les métaux étant cotés en dollars, leur hausse devient souvent plus coûteuse pour les acheteurs utilisant d’autres monnaies. Début octobre, l’or s’échangeait autour de 4 182 dollars l’once, après une baisse hebdomadaire de plus de 2 %, sous l’effet combiné du dollar et des rendements obligataires américains.

La Réserve fédérale américaine projette, dans ses prévisions de septembre 2026, une inflation mesurée par l’indice PCE de 2,3 % en 2027 et un taux directeur médian autour de 4,1 % à la fin de l’année. Ce niveau resterait restrictif pour les métaux précieux.

Les marchés attribuaient en outre, en octobre, environ 87 % de probabilité à une nouvelle hausse des taux américains avant décembre. Cette anticipation pourrait encore peser à court terme sur les deux marchés, même si une partie de cet effet est déjà intégrée dans les cours.

L’or garde l’appui des banques centrales

L’or dispose d’un soutien structurel que l’argent ne possède pas à la même échelle : la demande des banques centrales. Au deuxième trimestre 2026, celles-ci auraient acheté près de 289 tonnes d’or. Les achats de lingots et de pièces auraient atteint 307 tonnes supplémentaires, très au-dessus de l’usage technologique, estimé à environ 80 tonnes sur la période.

Cette répartition illustre la fonction première de l’or : réserve de valeur, actif de diversification et protection recherchée lorsque la confiance dans les monnaies, les dettes publiques ou l’économie se fragilise.

Amy Gower, de Morgan Stanley, estime que l’or pourrait repasser au-dessus de 5 000 dollars l’once au second semestre 2027. Cette projection repose notamment sur la demande des banques centrales et des ETF adossés à l’or. Un ETF est un fonds coté en Bourse qui vise à suivre le prix d’un actif ; un ETF physiquement adossé détient en principe de l’or pour couvrir ses parts.

Cette prévision ne constitue toutefois ni une certitude, ni un objectif garanti. Avec un taux directeur américain encore élevé en fin d’année 2027, une remontée durable au-delà de 5 000 dollars supposerait probablement une baisse des taux réels, un affaiblissement du dollar, une hausse des risques géopolitiques ou une accélération des achats institutionnels.

L’argent offre davantage de levier, mais aussi plus de volatilité

L’argent partage une partie des moteurs monétaires de l’or, mais son prix dépend beaucoup plus de l’activité industrielle. Il est utilisé dans l’électronique, les véhicules, les réseaux électriques et les panneaux photovoltaïques. Cette consommation matérielle pourrait soutenir le métal en cas de reprise manufacturière et d’accélération des investissements dans les infrastructures électriques.

Le marché physique de l’argent devrait rester déficitaire en 2026 pour la sixième année consécutive, selon les projections évoquées par le Silver Institute. Un déficit de marché signifie que la production minière et le recyclage ne couvrent pas entièrement la demande annuelle. L’écart est alors compensé par les stocks disponibles. Si cette situation perdurait, elle pourrait constituer un soutien de fond aux prix.

Le tableau est néanmoins moins linéaire qu’il n’y paraît. Metals Focus et le Silver Institute anticiperaient environ 640 millions d’onces de demande industrielle en 2026, soit un recul prévu de 3 %. Le ralentissement du secteur solaire, associé à des taux élevés, pèserait sur le métal.

L’ampleur de la correction de 2026 souligne ce risque. Après un sommet qui aurait atteint 121 dollars l’once en janvier, l’argent serait revenu autour de 60 dollars en octobre. Ce repli d’environ 50 % serait beaucoup plus marqué que celui de l’or, alors inférieur d’environ 25 % à son sommet de janvier. Ces niveaux et cette comparaison doivent être interprétés avec prudence, car ils reposent sur des estimations de marché susceptibles d’être révisées.

Quel scénario privilégier pour 2027 ?

Trois trajectoires permettent de distinguer les perspectives des deux métaux.

Dans un scénario de taux durablement élevés et de dollar solide, l’or comme l’argent pourraient rester sous pression. L’or serait probablement mieux soutenu par les banques centrales et son rôle de valeur refuge. L’argent serait plus exposé à un ralentissement industriel.

Dans un scénario de détente monétaire progressive, les deux métaux pourraient bénéficier de la baisse du coût d’opportunité lié aux obligations. L’argent pourrait alors surperformer, car son faible prix relatif après correction et sa dimension industrielle amplifieraient son mouvement. Cette amplification fonctionne aussi à la baisse : elle ne réduit pas le risque.

Dans un scénario de choc géopolitique, financier ou de défiance monétaire, l’or serait vraisemblablement le premier bénéficiaire. Sa demande repose moins sur le cycle économique et davantage sur les réserves institutionnelles, l’investissement et la recherche de sécurité.

Une répartition dépend avant tout du risque accepté

Pour un épargnant qui cherche surtout à diversifier son patrimoine et à limiter les secousses, l’or physique — lingots ou pièces d’investissement — présente généralement un profil plus lisible. L’investisseur doit toutefois tenir compte de l’écart entre prix d’achat et de revente, de la prime éventuelle sur les pièces, des frais de garde et du régime fiscal applicable dans son pays.

L’argent peut compléter une stratégie, mais exige une tolérance plus élevée aux variations de prix. Il combine le risque des métaux précieux avec celui du cycle industriel. Son stockage est également plus encombrant : pour une même valeur, l’argent pèse et occupe nettement plus de volume que l’or.

En 2027, l’or conserverait donc l’avantage défensif, tandis que l’argent proposerait le potentiel de hausse le plus sensible à une amélioration macroéconomique. Le choix ne devrait pas reposer sur la recherche du meilleur rendement à court terme, mais sur l’objectif recherché : protection, diversification ou exposition plus dynamique à l’industrie mondiale.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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