4 100 dollars l’once. Après avoir brièvement dépassé 4 200 dollars en début de semaine, l’or reprend de la hauteur, sans retrouver un véritable élan haussier. Le marché reste pris entre deux forces opposées : la peur géopolitique, qui soutient la demande d’or, et la perspective d’une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine, qui freine sa progression.

L’or rebondit, mais reste sous pression

Le cours de l’or s’est stabilisé mercredi 8 juillet autour de 4 100 dollars l’once sur le marché mondial. L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux, équivalente à environ 31,1 grammes.

Ce rebond intervient après deux séances de recul. Il a été favorisé par un affaiblissement ponctuel du dollar et par une réduction temporaire des positions des investisseurs avant la publication du compte rendu de la Réserve fédérale américaine. Une position désigne l’exposition d’un investisseur à un actif : acheter de l’or, par exemple, revient à prendre une position haussière sur le métal.

Le mouvement reste toutefois limité. La hausse des rendements obligataires américains et la perspective d’un durcissement monétaire rendent l’or moins attractif à court terme. Un rendement obligataire correspond au revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis notamment par un État. Quand ce rendement augmente, les obligations deviennent plus compétitives face à l’or, qui ne verse ni intérêt ni dividende.

Le détroit d’Ormuz ravive la prime de risque

La tension vient du Golfe Persique. Les États-Unis ont mené de nouvelles frappes contre des installations iraniennes après plusieurs attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz. Washington a également retiré une dérogation qui permettait à l’Iran de vendre une partie de son pétrole.

Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique pour le commerce mondial de l’énergie. Une perturbation dans cette zone peut rapidement affecter les prix du pétrole. C’est précisément ce que les marchés ont intégré : les cours du pétrole ont bondi de plus de 3 %.

Pour l’or, ce contexte joue habituellement en soutien. Le métal jaune est souvent qualifié de valeur refuge, car il est recherché en période d’incertitude politique, militaire ou financière. Les investisseurs l’utilisent pour préserver une partie de leur capital lorsque les marchés deviennent plus volatils.

Mais cette fois, l’effet n’est pas univoque.

La Fed redevient le principal frein

Le rebond du pétrole alimente la crainte d’un retour des pressions inflationnistes aux États-Unis. L’inflation correspond à la hausse générale des prix. Si l’énergie renchérit, elle peut se diffuser au transport, à l’industrie et à la consommation.

Cette situation renforce les anticipations d’une nouvelle hausse des taux directeurs par la Réserve fédérale américaine dès septembre. Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour influencer le coût du crédit dans l’économie. Lorsqu’ils augmentent, emprunter devient plus coûteux, ce qui peut freiner la consommation et l’investissement, mais aussi aider à contenir l’inflation.

D’après les anticipations suivies par l’outil CME FedWatch, la probabilité d’une hausse des taux en septembre est estimée autour de 63 %. Cet outil mesure les attentes des marchés à partir des contrats à terme sur les taux. Un contrat à terme est un engagement financier dont le prix reflète une anticipation pour une date future.

Pour l’or, le mécanisme est défavorable. Des taux plus élevés soutiennent souvent le dollar et les rendements des emprunts d’État américains. Or l’or est coté principalement en dollars. Lorsque le dollar monte, le métal devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro ou d’autres devises.

Un dilemme pour les investisseurs européens

Pour un épargnant belge ou européen, la lecture du marché doit donc intégrer deux dimensions : le prix international de l’or en dollars et le taux de change euro-dollar. Une baisse de l’or en dollars peut être compensée par une hausse du dollar face à l’euro. À l’inverse, un recul du dollar peut réduire le gain exprimé en euros.

Le contexte actuel ne donne pas un signal simple. La géopolitique soutient la demande de protection. Les taux américains, eux, limitent l’appétit pour l’or. Ce tiraillement explique la stabilisation autour de 4 100 dollars après le pic au-dessus de 4 200 dollars.

Les investisseurs surveillent désormais trois indicateurs : l’évolution du pétrole, les rendements des obligations américaines à 2 ans et 10 ans, et le ton de la Fed dans ses prochaines communications. Le rendement à 2 ans reflète surtout les attentes de politique monétaire à court terme. Le rendement à 10 ans renseigne davantage sur la perception de l’inflation et de la croissance à long terme.

Ce qu’il faut retenir

À court terme, l’or reste soutenu par la crise entre l’Iran et les États-Unis. Mais son potentiel de hausse est freiné par le risque d’une nouvelle hausse des taux américains. Le seuil des 4 100 dollars apparaît donc moins comme un point d’arrivée que comme une zone d’équilibre fragile entre peur géopolitique et resserrement monétaire.

Si le pétrole continue de monter, la Fed pourrait durcir davantage son discours. Si les tensions s’apaisent ou si l’inflation reste contenue, l’or pourrait retrouver un environnement plus favorable. Dans l’immédiat, le marché avance avec prudence, entre protection du capital et arbitrage face aux rendements obligataires.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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