1 269 tonnes d’or ont été demandées dans le monde entre avril et juin 2026. Le chiffre est presque stable sur un an, malgré une baisse moyenne d’environ 8 % du cours de l’or par rapport au pic du premier trimestre. Le marché ne s’est donc pas retourné. Il a changé de moteur.

D’après les données du World Gold Council, l’organisme international de référence pour le secteur aurifère, la demande mondiale atteint 2 522 tonnes au premier semestre 2026, soit une hausse de 2 %. En valeur, elle représente un record de 380 milliards de dollars, conséquence directe d’un prix de l’or resté élevé malgré la correction récente.

Les investisseurs compensent la faiblesse de la joaillerie

Le ralentissement vient surtout de la joaillerie. Quand l’or devient cher, les achats de bijoux reculent généralement, notamment dans les grands marchés consommateurs. Cette baisse est toutefois compensée par la demande d’investissement.

Dans le vocabulaire de l’or, la demande d’investissement désigne les achats réalisés pour placer de l’épargne ou protéger un patrimoine : lingots, pièces, fonds cotés ou contrats financiers liés au métal. Elle diffère de la demande industrielle ou de la joaillerie, qui dépend davantage de la consommation.

Cette demande reste soutenue car l’or conserve son rôle de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude, parce qu’il est perçu comme plus résistant aux crises financières, monétaires ou géopolitiques. Pour un investisseur européen, et donc belge, cette fonction reste centrale lorsque les taux, le dollar ou les tensions internationales brouillent les perspectives.

L’Asie prend le relais des ETF occidentaux

Le deuxième trimestre confirme aussi un déplacement géographique. Les ETF asiatiques sur l’or ont attiré 70 tonnes sur la période, leur plus fort semestre jamais enregistré. À l’inverse, les ETF nord-américains ont enregistré 45 tonnes de sorties nettes.

Un ETF est un fonds coté en Bourse. Dans le cas de l’or, il permet de s’exposer au métal sans acheter directement des pièces ou des lingots. Certains ETF sont adossés à de l’or physique, d’autres reproduisent simplement l’évolution du prix par des instruments financiers. Pour un particulier, la différence est importante : elle modifie le niveau de risque, les frais et parfois la fiscalité applicable.

Autre moteur : le marché OTC, pour over the counter, ou marché de gré à gré. Il s’agit de transactions négociées directement entre deux parties, en dehors d’une Bourse organisée. Cette demande, soutenue par l’Asie, atteint 571 tonnes d’achats au premier semestre. Elle dépasse ainsi certains flux d’investissement visibles dans les fonds cotés.

Le message est clair : la demande d’or ne disparaît pas, elle devient moins dépendante des investisseurs occidentaux.

Les banques centrales restent un pilier du marché

Les banques centrales ont ajouté 289 tonnes d’or à leurs réserves au deuxième trimestre 2026. Une banque centrale détient les réserves officielles d’un État ou d’une zone monétaire. Ces réserves peuvent comprendre des devises, comme le dollar, mais aussi de l’or physique.

Le métal jaune sert ici à diversifier les réserves. Cette stratégie réduit la dépendance à une seule monnaie, notamment au dollar américain. Elle s’inscrit aussi dans un mouvement plus large de dédollarisation, terme qui désigne la volonté de certains pays de réduire le rôle du dollar dans leurs échanges ou leurs réserves.

Les achats des banques centrales sont suivis de près par le marché. Ils sont généralement de long terme, moins spéculatifs que les mouvements de certains fonds, et peuvent soutenir les prix lorsque la demande privée ralentit.

Le prix baisse, mais la demande résiste

La résilience de la demande ne signifie pas que le cours de l’or soit sans risque. En juin 2026, le métal jaune a reculé de près de 10 % en euros, avec une baisse de 9,48 %. Depuis son record historique de février 2026, l’or a perdu plus de 20 % de sa valeur, terminant le mois à 3 532,46 euros l’once.

L’once utilisée pour l’or est l’once troy, unité internationale de référence pour les métaux précieux. Elle correspond à environ 31,1 grammes. C’est sur cette base que sont exprimés les cours mondiaux.

Plusieurs facteurs expliquent la correction : un ton plus restrictif de la Réserve fédérale américaine sur les taux d’intérêt, un apaisement géopolitique partiel avec un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran, et des prises de bénéfices après une forte hausse. Une prise de bénéfices consiste à vendre un actif après une progression importante afin de sécuriser les gains.

L’or souffre aussi lorsque les taux d’intérêt montent. Le métal ne verse ni coupon, ni dividende. Il est donc souvent qualifié d’actif non productif de revenus. Quand les obligations ou les placements monétaires rapportent davantage, une partie des investisseurs réduit son exposition à l’or.

La suite de 2026 reste incertaine

Plusieurs scénarios de marché anticiperaient une poursuite modérée de la baisse d’ici la fin 2026. Les clôtures attendues en décembre se situeraient, selon ces projections, entre environ 3 943 dollars et 3 459 dollars l’once. Ces prévisions resteraient toutefois très dépendantes de l’évolution des taux américains, de l’inflation, du dollar et du contexte géopolitique.

Pour les acheteurs de long terme, le signal principal n’est donc pas uniquement le prix du jour. Il réside dans la structure de la demande. Les investisseurs asiatiques, les flux de gré à gré et les banques centrales continuent de soutenir le marché, même dans une phase de correction.

La baisse de juin rappelle que l’or peut être volatil. Mais le deuxième trimestre 2026 montre aussi que le marché conserve des appuis puissants. L’or corrige, sans perdre son rôle de réserve et d’actif de protection.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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