761 milliards de francs CFA, soit environ 760 millions d’euros : le Mali affirme avoir récupéré cette somme auprès de compagnies minières et veut l’orienter vers des routes, le rail, l’eau potable et l’électricité. Ces fonds proviennent d’arriérés que l’État malien estimait dus par le secteur aurifère.

Les autorités de Bamako ont présenté cette enveloppe comme un levier pour transformer une plus grande part de la richesse produite par l’or en investissements publics. La compagnie aérienne nationale figure également parmi les priorités évoquées.

Il s’agit toutefois d’orientations budgétaires annoncées. Les projets ne sont pas nécessairement lancés, ni financés dans leur totalité.

Un fonds spécial alimenté par le secteur minier

Le gouvernement malien a créé un fonds spécial afin de centraliser de nouvelles recettes liées à l’exploitation de l’or. Ce mécanisme aurait permis de recouvrer 761 milliards de francs CFA d’arriérés auprès des sociétés minières.

Une redevance est un prélèvement versé à l’État en contrepartie de l’exploitation d’une ressource naturelle. Dans le cas malien, le financement du fonds repose notamment sur des redevances plus élevées, une participation accrue de l’État dans certains projets et une taxe sur le chiffre d’affaires des entreprises minières.

Le chiffre d’affaires correspond au total des ventes d’une entreprise, avant déduction de ses coûts. Une taxe assise sur ce montant permet donc à l’État de percevoir une recette même lorsque les bénéfices déclarés par l’opérateur sont limités.

Selon les informations rapportées, le fonds générerait désormais au moins 50 milliards de francs CFA par an grâce à cette taxe directe. Ce montant resterait à confirmer dans la durée, notamment au regard de l’évolution de la production et des cours de l’or.

Des règles durcies depuis 2023

Depuis 2023, le Mali aurait profondément revu son cadre applicable aux compagnies extractives. L’objectif affiché est de capter une part plus importante de la valeur créée par l’or, ressource centrale pour l’économie nationale.

Les mesures évoquées comprennent une hausse des redevances et un renforcement de la participation publique dans les projets aurifères. Cette participation signifie que l’État détient une part du capital d’une mine et peut, selon les modalités prévues, recevoir une fraction des revenus ou des dividendes.

Cette stratégie cherche à rééquilibrer les relations entre Bamako et les opérateurs miniers, dont plusieurs sont étrangers. Son efficacité dépendra toutefois de l’exécution des accords, de la stabilité des règles et de la capacité à maintenir les investissements dans l’exploration et la production.

Un enjeu pour les pays producteurs d’or

Le Mali s’inscrit dans une tendance régionale visant à mieux convertir les revenus miniers en équipements collectifs. Le Ghana suivrait une logique comparable avec son programme Big Push, lancé en 2024 et destiné à financer des infrastructures grâce aux recettes minières.

Pour les marchés de l’or, ces politiques rappellent que le métal jaune n’est pas seulement un actif d’investissement. Dans les pays producteurs, il constitue aussi une source stratégique de recettes publiques. L’enjeu sera désormais de vérifier si les 760 millions d’euros annoncés se traduisent effectivement par des réseaux de transport, d’eau et d’électricité accessibles à la population.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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