3,75 %-4,00 % : la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé son taux directeur d’un quart de point le 16 septembre. Ce nouveau tour de vis monétaire a envoyé un signal de fermeté aux marchés et aurait limité le rebond du cours de l’or dans les jours suivants, malgré un reflux observé sur certains rendements américains.

La décision, prise à l’unanimité à Washington après deux jours de réunion du Comité fédéral de l’open market (FOMC), répond à une inflation que la banque centrale juge toujours trop élevée. Seize des dix-huit membres du FOMC prévoient au moins une hausse supplémentaire de 0,25 point avant la fin de l’année.

Des taux plus élevés pénalisent l’or

Le taux directeur est le taux auquel la banque centrale oriente le coût du crédit dans l’économie. Lorsqu’il augmente, les placements rémunérés, comme les obligations ou les comptes monétaires, peuvent devenir plus attractifs.

L’or physique, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Les investisseurs évaluent donc son coût d’opportunité : il s’agit du rendement auquel ils renoncent en détenant du métal plutôt qu’un actif portant intérêt. Une hausse attendue et durable des taux tend ainsi à peser sur le métal jaune, toutes choses égales par ailleurs.

Selon les éléments de marché disponibles, le relèvement décidé par la Fed aurait freiné le rebond de l’or le 18 septembre, alors même que les rendements américains reculaient sur certaines échéances. Cette réaction reste toutefois à interpréter avec prudence : le cours de l’or dépend aussi du dollar, des anticipations d’inflation, de la demande d’investissement et des risques géopolitiques.

Le marché obligataire envoie des signaux contrastés

Après l’annonce de la Fed, les actions américaines ont reculé. Le rendement des obligations du Trésor américain à deux ans est monté à 4,725 %. Ce rendement représente le taux exigé par les investisseurs pour prêter à l’État américain : lorsqu’il monte, le prix de l’obligation baisse généralement.

Les rendements à dix et trente ans ont, eux, connu des évolutions plus dispersées. Cette divergence entre les maturités illustre l’incertitude des marchés : les investisseurs intègrent à la fois une politique monétaire plus restrictive à court terme et les conséquences possibles de celle-ci sur la croissance et l’inflation à plus longue échéance.

Pour l’or, le rendement américain à long terme, surtout après prise en compte de l’inflation, demeure un indicateur important. Son recul peut soutenir le métal, car il diminue l’avantage relatif des obligations. Mais le message de la Fed sur de possibles hausses supplémentaires peut neutraliser cet effet à court terme.

Quel repère pour les épargnants belges ?

Pour un acheteur ou un détenteur d’or en Belgique, la décision américaine ne doit pas être lue comme un signal automatique d’achat ou de vente. Les hausses de taux constituent plutôt un vent contraire de court terme pour l’or, tandis que la baisse des rendements peut lui apporter un soutien.

Le cours affiché en euros dépend également de la parité euro-dollar. Un dollar plus fort peut amortir, pour un investisseur de la zone euro, une baisse du cours international de l’or exprimé en dollars. À l’inverse, un recul du dollar peut réduire la performance de l’or mesurée en euros.

La prochaine trajectoire de l’or dépendra donc de la capacité de la Fed à ralentir l’inflation sans provoquer un net ralentissement économique. Tant que la banque centrale américaine maintiendra la perspective de nouveaux relèvements, le métal précieux devra composer avec une pression monétaire persistante.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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