En cinq mois, environ 86 tonnes d’or néerlandais ont été réaffectées vers Londres. À l’issue de l’opération, réalisée entre mars et août 2026, la capitale britannique est devenue le premier lieu de stockage des réserves de De Nederlandsche Bank (DNB), devant les Pays-Bas eux-mêmes.

Cette décision ne correspond pas à un simple déplacement logistique. Elle traduit une priorité : pouvoir mobiliser rapidement l’or en cas de crise grave, tout en conservant les réserves dans plusieurs juridictions.

Londres passe devant les Pays-Bas pour l’or néerlandais

La DNB a réorganisé une partie de ses réserves entre New York, Ottawa, Zeist et Londres. L’opération aurait combiné la vente d’environ 59 tonnes d’or à New York, l’achat d’or immédiatement négociable à Londres et le transfert physique de plus de 27 tonnes depuis le coffre de la banque centrale néerlandaise à Zeist.

Après cette réallocation, 32,1 % de l’or des Pays-Bas serait conservé à Londres, contre 30,8 % sur le territoire néerlandais. Londres devient ainsi le principal site de conservation de l’or national néerlandais.

Pour une banque centrale, la liquidité désigne la possibilité de vendre, d’échanger ou de donner en garantie un actif rapidement, avec peu de difficultés et à un prix proche de sa valeur de marché. L’or conservé dans un grand centre de négoce peut donc être plus facilement mobilisé qu’un métal détenu exclusivement dans un coffre domestique.

La Banque d’Angleterre joue ici un rôle central. Ses coffres londoniens constituent l’un des principaux lieux mondiaux de conservation de l’or officiel et du métal détenu par les institutions financières.

Une diversification plutôt qu’un rapatriement intégral

Après la crise financière de 2008, plusieurs États avaient privilégié le rapatriement de leurs réserves. L’objectif était alors de renforcer le contrôle national sur un actif stratégique et de rassurer l’opinion publique.

L’Allemagne a ainsi transféré 674 tonnes depuis New York et Paris vers Francfort. Les Pays-Bas avaient rapatrié 122,5 tonnes de New York vers Amsterdam en 2014. L’Autriche aurait déplacé environ 90 tonnes depuis Londres entre 2015 et 2018. Le Venezuela, la Hongrie et la Pologne ont également mené des opérations comparables.

La tendance actuelle semble plus nuancée. Il ne s’agit plus seulement de choisir entre l’étranger et le territoire national, mais de répartir les réserves entre différents centres. Cette stratégie vise à combiner trois exigences : la sécurité physique, le contrôle direct et l’accès rapide aux marchés internationaux.

Une telle diversification réduit aussi le risque de dépendre d’un seul pays, d’une seule infrastructure ou d’une seule place financière en cas de tensions géopolitiques ou de perturbation des marchés.

Londres reste une place incontournable

Londres demeure un marché de référence pour l’or physique. La ville concentre des coffres, des banques spécialisées, des courtiers et des infrastructures permettant d’échanger des volumes importants de métal entre institutions.

D’après une enquête 2026 du World Gold Council citée dans les informations disponibles, 57 % des répondants désigneraient Londres comme leur lieu de stockage privilégié. Cette donnée confirme l’attractivité de la place britannique pour les réserves officielles, même lorsque les banques centrales souhaitent parallèlement maintenir une partie de leur or sur leur propre sol.

L’or détenu par une banque centrale n’est pas nécessairement déplacé sous forme de lingots d’un coffre à l’autre. Une banque peut vendre du métal dans une place financière, puis acheter un volume équivalent dans une autre. Ce mécanisme permet de modifier le lieu de détention sans devoir transporter la totalité du stock concerné.

Une demande officielle qui resterait forte

La gestion du stockage intervient dans un contexte de demande soutenue des banques centrales. Selon la même enquête du World Gold Council, 45 % des institutions interrogées prévoiraient d’augmenter leurs réserves d’or au cours des douze prochains mois. Seules 1 % anticiperaient une diminution.

Ce niveau serait particulièrement élevé, mais son caractère record demanderait à être confirmé par les séries historiques complètes de l’enquête.

Pour les épargnants, ces mouvements ne constituent pas un signal direct d’achat ou de vente. Ils montrent toutefois que les autorités monétaires continuent d’attribuer à l’or une fonction d’assurance : il ne produit pas de revenu, mais il ne dépend pas non plus de la signature d’un État ou d’une entreprise.

Le déplacement de l’or néerlandais confirme surtout une nouvelle hiérarchie des priorités : conserver du métal chez soi reste important, mais pouvoir l’utiliser rapidement sur un marché mondial l’est tout autant. Londres apparaît, à ce titre, comme l’un des pivots de cette stratégie.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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