4 523,14 dollars. C’est le prix record qu’a atteint l’once d’or sur les marchés internationaux en cette fin du mois de mai 2026. Derrière cette flambée vertigineuse, un acteur majeur dicte la tendance : les banques centrales mondiales. Aujourd’hui, l’or représente près de 30 % des réserves de ces institutions, un niveau historique qui vient concurrencer directement les réserves en dollars américains. Un changement de paradigme profond pour le système financier mondial.
La dédollarisation s’accélère : l’or comme ultime valeur refuge
Depuis plusieurs mois, une véritable course à l’or physique s’est engagée à l’échelle internationale. L’objectif principal est la « dédollarisation », un processus stratégique par lequel les États réduisent leur dépendance au dollar américain pour protéger leur économie des sanctions financières et de la dette souveraine américaine colossale.
La Chine est à l’avant-garde de ce mouvement. Dès février 2026, Pékin a amorcé un virage stratégique majeur. Selon les informations rapportées par la revue spécialisée Central Banking, le gouvernement chinois a ordonné à ses banques de limiter drastiquement l’achat de dette publique américaine au profit de lingots d’or. Cette stratégie, consistant à se délester des bons du Trésor américain pour se ruer sur le métal jaune, vise à diversifier et sécuriser les réserves de l’État chinois. Rien qu’au mois d’avril 2026, la Banque Populaire de Chine a ajouté plus de 8 tonnes à ses coffres. D’autres nations, comme la Pologne qui vise un stock de 700 tonnes, suivent cette même trajectoire.
L’Europe et les pays émergents dans la course
En Europe, l’intérêt pour le métal précieux se confirme également par des avantages comptables spectaculaires. Début avril, la Banque de France a enregistré une plus-value exceptionnelle de 11 milliards d’euros. Cette opération de « mise aux normes » consiste à réévaluer la valeur de son stock d’or historique pour refléter les prix actuels très élevés du marché. Cette manœuvre permet d’assainir considérablement le bilan de l’institution. Une aubaine financière qui démontre aux autres nations européennes, y compris la Belgique, l’intérêt fiscal et stratégique de conserver d’importantes réserves physiques.
Les économies émergentes ne sont pas en reste et cherchent à se protéger de la volatilité des devises. Au Malawi, la banque centrale a dû prendre des mesures d’urgence en mai pour renflouer ses réserves de change, victimes d’une grave crise structurelle. Pour éviter ce type d’effondrement monétaire, le Ghana a opté pour une solution radicale : la banque centrale ghanéenne oblige désormais les compagnies minières opérant sur son territoire à lui vendre directement 30 % de leur production aurifère, asséchant ainsi l’offre disponible sur le marché mondial libre.
Tensions géopolitiques et politiques monétaires incertaines
Ce climat d’achat frénétique s’inscrit dans un contexte géopolitique extrêmement volatil, favorisant les actifs tangibles. Le 23 mai, le gouvernement suédois a publiquement exhorté l’OTAN à prendre des mesures pour sécuriser le détroit d’Ormuz (Business AM). Cette voie maritime, vitale pour l’approvisionnement énergétique mondial, est menacée de blocage en raison des conflits au Moyen-Orient.
Parallèlement, la lutte contre l’inflation continue de perturber les marchés financiers. Selon les analyses publiées par Business AM, la Banque Centrale Européenne (BCE) et la Réserve Fédérale américaine (Fed), dirigée par Kevin Warsh, pourraient prochainement procéder à de nouvelles hausses de leurs taux directeurs. Ces anticipations, couplées à la vigueur du dollar, provoqueraient une résistance ponctuelle sur les cours mondiaux de l’or, entraînant quelques baisses à court terme malgré une tendance de fond haussière.
Pour rappel, une hausse des taux d’intérêt directeurs rend généralement les devises plus rémunératrices. L’or, qui ne verse ni dividende ni intérêt, devient alors temporairement moins attractif pour les investisseurs institutionnels cherchant du rendement à court terme.
Finalement, l’or s’impose plus que jamais comme l’actif de réserve neutre par excellence. À l’heure où les devises fluctuent au gré des décisions monétaires, des guerres commerciales et des conflits armés, le métal jaune confirme son statut de valeur refuge ultime pour les États. Une dynamique structurelle qui redessine sous nos yeux le système financier international.



