45 tonnes. C’est le volume d’or qui serait sorti des ETF adossés au métal jaune au deuxième trimestre 2025. Ce signal a pu inquiéter les marchés. Mais il ne raconte pas toute l’histoire. Pendant que les produits financiers liés à l’or vacillent, les acheteurs de lingots et de pièces continuent de privilégier l’or physique pour préserver leur patrimoine.
L’information principale est claire : la défiance ponctuelle envers les ETF or ne signifie pas un désintérêt général pour l’or. Elle traduit plutôt un arbitrage entre deux façons d’investir : l’or financier, plus sensible aux mouvements de marché, et l’or physique, souvent acheté dans une logique de protection à long terme.
Les ETF or auraient subi une décollecte de 45 tonnes
Entre avril et juin 2025, les ETF or auraient enregistré une décollecte de 45 tonnes, principalement en Amérique du Nord et en Asie, d’après des données relayées par BDOR. Une décollecte signifie que les investisseurs retirent plus d’argent d’un fonds qu’ils n’en apportent. Dans le cas d’un ETF or, cela peut conduire le fonds à réduire la quantité d’or détenue en contrepartie.
Un ETF, ou fonds indiciel coté, est un produit financier négocié en Bourse. Un ETF adossé à l’or cherche à répliquer l’évolution du prix de l’or, généralement grâce à des stocks de métal détenus par le fonds ou par un dépositaire. Il permet de s’exposer au cours de l’or sans posséder directement de lingots ni de pièces.
Ces sorties auraient été liées à plusieurs facteurs : prises de bénéfices après une forte hausse, remontée des rendements obligataires et ajustements de portefeuilles par des investisseurs institutionnels. Les investisseurs institutionnels sont de grands acteurs financiers, comme des fonds, compagnies d’assurance ou caisses de retraite.
Le rendement obligataire désigne le revenu procuré par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Quand ces rendements remontent, les placements rémunérés deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Cette caractéristique peut pénaliser l’or financier à court terme.
Le prix de l’or corrige après deux années exceptionnelles
Le repli des ETF intervient dans un contexte plus large. Après deux années de hausse historique, avec environ +45 % en 2024 puis +35 % en 2025, le cours de l’or a fortement corrigé en 2026. Le prix est passé d’environ 150 000 euros le kilo au printemps 2026 à un peu plus de 115 000 euros.
Le kilo est une référence courante en Europe continentale pour évaluer l’or physique. Les marchés internationaux utilisent aussi l’once troy, unité traditionnelle des métaux précieux. Une once troy correspond à environ 31,1 grammes.
Cette baisse est analysée comme une consolidation technique. Une consolidation désigne une phase de respiration après une forte progression. Elle ne signifie pas nécessairement un retournement durable. Elle peut simplement traduire des prises de bénéfices, c’est-à-dire des ventes réalisées par des investisseurs souhaitant encaisser une partie de leurs gains.
La hausse des taux d’intérêt joue aussi un rôle. Lorsque les banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine, maintiennent des taux élevés ou laissent penser qu’ils resteront hauts, les placements rémunérés redeviennent compétitifs. L’or peut alors subir une pression, car il sert davantage de réserve de valeur que de source de revenu.
Les acheteurs de lingots et pièces restent dans une logique patrimoniale
Cette correction n’a toutefois pas provoqué de vague massive de ventes d’or physique. Les acheteurs de lingots et de pièces ne se comportent pas toujours comme des opérateurs de marché à court terme. Leur objectif est souvent différent : conserver une partie de leur patrimoine hors du circuit bancaire et des actifs financiers classiques.
L’or physique désigne le métal détenu directement : lingots, lingotins, pièces d’investissement ou pièces historiques. Contrairement à un ETF, il ne dépend pas d’un intermédiaire financier coté en Bourse. Sa détention implique cependant des questions pratiques : stockage, assurance, authenticité, liquidité et prix d’achat ou de revente.
Pour un particulier belge ou francophone, l’intérêt de l’or physique repose souvent sur trois idées simples. D’abord, il ne représente la dette de personne. Ensuite, il peut être transmis ou revendu en cas de besoin. Enfin, il est perçu comme une protection en période de crise financière, monétaire ou géopolitique.
Les ventes d’or physique semblent davantage liées à des événements de vie qu’aux variations quotidiennes du cours : succession, achat immobilier, besoin de liquidités ou réorganisation patrimoniale. Ce comportement distingue l’or détenu en direct des produits financiers plus facilement arbitrés en quelques clics.
Les banques centrales continueraient de soutenir la demande
Autre élément important : les banques centrales continueraient d’accumuler de l’or en 2025 et 2026, malgré les sorties ponctuelles des ETF. Les achats seraient particulièrement liés à des stratégies de diversification des réserves en Chine, en Inde ou en Russie.
Une banque centrale détient des réserves pour stabiliser sa monnaie, honorer ses engagements internationaux et renforcer sa crédibilité financière. La dédollarisation désigne la volonté de réduire la dépendance au dollar américain dans ces réserves. L’or joue alors un rôle stratégique, car il n’est émis par aucun État.
Ces achats institutionnels soutiendraient structurellement le marché. Ils ne suffisent pas à empêcher les corrections de court terme, mais ils renforcent l’idée que l’or conserve une place importante dans les réserves internationales.
Les prévisions restent contrastées jusqu’en 2030
Les projections de prix restent très dispersées. Pour 2026, WalletInvestor anticiperait une trajectoire fluctuante entre 3 929 et 4 473 dollars l’once, avec une progression possible vers décembre. LongForecast envisagerait au contraire une fin d’année autour de 3 704 dollars l’once.
À plus long terme, certaines projections resteraient haussières. Des scénarios évoqueraient des niveaux pouvant atteindre 8 500 dollars l’once d’ici 2030, voire 12 800 dollars d’ici 2035. Ces estimations doivent être lues avec prudence. Elles dépendent des politiques monétaires, de l’inflation, des tensions géopolitiques, de la demande des banques centrales et de l’appétit des investisseurs.
Pour les épargnants, le signal le plus utile n’est donc pas seulement le niveau du cours. Il réside dans la distinction entre spéculation et préservation du capital. Les ETF permettent une exposition rapide et liquide. L’or physique répond davantage à une logique de sécurité patrimoniale.
La baisse des ETF or montre une nervosité financière. La résistance de l’or physique rappelle, elle, que le métal jaune reste d’abord un actif de confiance pour les investisseurs de long terme.



