23 297 onces troy d’or, soit environ 725 kilos : le Salvador a ajouté en quelques mois l’équivalent de près de 0,73 tonne de métal jaune à ses réserves officielles. Après avoir fait du bitcoin un marqueur de sa politique économique, le pays dirigé par Nayib Bukele rééquilibre désormais sa stratégie avec un actif plus ancien, plus tangible et moins volatil.
La Banque centrale de réserve d’El Salvador a acheté 13 999 onces d’or en septembre 2025, puis 9 298 onces supplémentaires le 29 janvier 2026. Une once troy est l’unité de référence internationale pour l’or et les métaux précieux. Elle équivaut à 31,103 grammes, contre 28,35 grammes pour l’once classique.
Ces achats portent les réserves d’or officielles du pays à environ 2,1 tonnes, valorisées autour de 360 millions de dollars. L’objectif affiché est clair : diversifier les réserves internationales et renforcer leur stabilité.
Le Salvador ajoute l’or à sa stratégie bitcoin
Le mouvement ne signifie pas un abandon du bitcoin. Au 29 janvier 2026, le portefeuille public salvadorien comptait environ 7 547 bitcoins, valorisés autour de 635 millions de dollars.
Le bitcoin est un crypto-actif, c’est-à-dire un actif numérique qui repose sur une technologie de registre partagé, appelée blockchain. Son prix peut varier fortement en quelques heures. Cette volatilité en fait un instrument très différent de l’or, qui reste un actif physique, négocié depuis des millénaires et largement utilisé par les banques centrales.
Le Salvador cherche donc à combiner deux logiques. D’un côté, le bitcoin offre une exposition à un actif numérique spéculatif et mondial. De l’autre, l’or apporte une réserve tangible, liquide et reconnue dans les échanges internationaux.
Le pays ne tourne pas le dos au bitcoin. Il réduit surtout sa dépendance à un seul actif alternatif.
Pourquoi une banque centrale achète de l’or
Les réserves internationales désignent les actifs détenus par une banque centrale pour soutenir la monnaie, rassurer les marchés et faire face à des besoins de financement extérieur. Elles peuvent inclure des devises, comme le dollar ou l’euro, des obligations d’État, de l’or, ou plus rarement des actifs numériques.
L’or joue un rôle particulier. Il ne dépend pas directement de la solvabilité d’un État ou d’une entreprise. Il n’est la dette de personne. Cette caractéristique explique pourquoi de nombreuses banques centrales en détiennent, notamment en période d’incertitude géopolitique, de tensions monétaires ou de méfiance envers certaines devises.
Pour un petit pays dollarisé comme le Salvador, qui utilise le dollar américain comme monnaie officielle, l’or peut aussi servir d’outil de diversification. Il permet de ne pas concentrer toutes les réserves dans des actifs liés au système financier américain ou aux marchés crypto.
Un achat qui intervient dans un marché de l’or très porteur
Le calendrier est notable. Au 6 août 2026, le cours de l’or atteint 4 213 dollars l’once, en hausse de 2,8 %. Cette progression est soutenue par une forte demande asiatique, notamment en Chine, où les flux vers les ETF en or restent importants.
Un ETF, ou fonds indiciel coté, est un produit financier qui s’échange en Bourse comme une action. Un ETF adossé à l’or permet d’obtenir une exposition au prix du métal sans détenir directement des lingots ou des pièces. Il ne doit donc pas être confondu avec l’or physique, qui suppose une détention directe du métal.
Cette demande institutionnelle renforce l’idée que l’or conserve son statut de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs veulent protéger leur capital contre les crises, l’inflation, les tensions politiques ou les fortes corrections de marché.
Le contraste avec un bitcoin bloqué autour de 64 000 dollars
Le contraste avec le bitcoin est net. Au 6 août 2026, la cryptomonnaie évolue autour de 64 000 dollars, sans véritable impulsion. Un rebond plus marqué dépendrait notamment d’un retour de flux vers les ETF spot américains sur le bitcoin et d’un assouplissement des rendements obligataires.
Un ETF spot bitcoin est un fonds coté qui suit directement le prix du bitcoin au comptant. Les rendements obligataires correspondent, eux, aux intérêts servis par les obligations. Quand ils restent élevés, les actifs risqués comme les cryptomonnaies peuvent perdre de l’attrait.
Sans amélioration de ces conditions, certains analystes envisagent un risque de baisse vers 58 000 dollars. Cette incertitude met en lumière le choix salvadorien : conserver l’exposition au bitcoin, tout en ajoutant un actif plus stable dans les réserves nationales.
Un signal suivi par les investisseurs européens
Pour les épargnants belges et francophones, le cas salvadorien rappelle une règle simple : la diversification réduit la dépendance à un seul scénario. Le bitcoin peut offrir un potentiel de hausse important, mais il reste très volatil. L’or, lui, ne produit pas de rendement, mais il peut protéger une partie du patrimoine en période de stress financier.
La décision du Salvador illustre aussi la différence entre spéculation et réserve de valeur. Une réserve de valeur vise d’abord à préserver le pouvoir d’achat dans le temps. L’or remplit cette fonction depuis longtemps, même si son prix varie lui aussi.
En ajoutant environ 725 kilos d’or à ses réserves, le Salvador envoie donc un message : après l’audace du bitcoin, la prudence du métal physique reprend une place dans la stratégie monétaire.


