-3,2 % en une semaine : le repli de l’or s’est accéléré à la fin juin 2026. Le cours du métal jaune évolue autour du seuil des 4 000 dollars l’once, après être passé sous cette barre symbolique le 24 juin. Une once correspond ici à l’once troy, l’unité de référence du marché de l’or, soit environ 31,1 grammes.

La pression vient surtout des États-Unis. Le dollar reste fort, proche de son plus haut niveau en treize mois. En parallèle, les investisseurs anticipent jusqu’à trois hausses de taux de la Réserve fédérale américaine en 2026. La Fed est la banque centrale des États-Unis. Ses taux directeurs influencent le coût du crédit, le rendement des obligations et l’appétit pour les actifs sans revenu, comme l’or.

Le dollar fort pèse mécaniquement sur l’or

L’or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Quand le billet vert se renforce, l’achat d’or devient plus coûteux pour les investisseurs qui utilisent d’autres devises, comme l’euro. Cela peut réduire la demande et peser sur les prix.

Ce mécanisme touche directement les épargnants européens et belges. Un recul du prix en dollars peut être partiellement compensé par un euro plus faible face au dollar. À l’inverse, si l’euro se renforce, la baisse peut être plus visible dans les prix exprimés en euros.

Le mouvement récent s’inscrit dans une correction plus large. Début juin, l’or était tombé autour de 4 200 dollars l’once, en baisse de plus de 10 % sur trente jours. Le 24 juin, il est passé sous 4 000 dollars, avant un léger rebond autour de 4 020 dollars le 26 juin. Depuis le record historique atteint fin janvier, au-dessus de 5 590 dollars l’once, la baisse avoisine 30 %.

Les hausses de taux attendues réduisent l’attrait du métal jaune

L’or ne verse ni intérêt ni dividende. C’est un actif de réserve et de protection, mais il ne produit pas de revenu régulier. Quand les taux montent, les obligations et les produits monétaires deviennent plus rémunérateurs. Les investisseurs peuvent alors arbitrer, c’est-à-dire déplacer une partie de leur argent vers ces actifs.

C’est le cœur de la pression actuelle. Les créations d’emplois solides aux États-Unis renforcent l’idée que la Fed pourrait maintenir une politique monétaire restrictive. Une politique restrictive signifie que la banque centrale garde des taux élevés, ou les augmente, afin de freiner l’inflation.

Résultat : les positions acheteuses de court terme se réduisent. Certains investisseurs prennent leurs bénéfices après la forte hausse du début d’année. La prise de bénéfices consiste à vendre un actif qui a beaucoup monté afin de sécuriser un gain.

La demande physique marque une pause

La baisse ne vient pas seulement des marchés financiers. La demande physique ralentit aussi. La demande physique désigne les achats d’or réel : lingots, pièces, bijoux ou réserves de banques centrales.

Les flux vers les ETF or se sont également affaiblis. Un ETF est un fonds coté en Bourse qui réplique le prix d’un actif. Dans le cas de l’or, il permet de s’exposer au métal sans détenir directement des lingots ou des pièces. Quand les investisseurs retirent de l’argent de ces fonds, cela peut accentuer la pression baissière.

Les banques centrales restent toutefois un soutien de fond. La Chine, l’Inde et la Russie continuent d’acheter de l’or pour diversifier leurs réserves. Diversifier signifie réduire la dépendance à une seule devise ou à une seule catégorie d’actifs. Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement de dé-dollarisation, c’est-à-dire une volonté de diminuer le poids du dollar dans les réserves officielles.

L’apaisement géopolitique réduit la prime de risque

Le début de l’année avait été marqué par de fortes tensions entre Israël et l’Iran. Ces tensions avaient alimenté la demande pour les valeurs refuges. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude, car il est perçu comme plus résistant aux crises financières ou géopolitiques.

En juin, l’apaisement relatif au Moyen-Orient réduit la prime de risque de l’or. Cette prime correspond à la part du prix liée à la peur d’un choc politique, militaire ou financier. Quand cette peur diminue, une partie des achats de protection disparaît.

Cette détente géopolitique ne suffit pas à expliquer le recul hebdomadaire de 3,2 %. Mais elle renforce le mouvement provoqué par le dollar et les taux américains.

Quel signal pour les acheteurs et vendeurs ?

Pour un particulier, la baisse du cours peut créer un point d’entrée plus favorable qu’au début de l’année. Elle peut aussi inciter à la prudence, car la volatilité reste élevée. La volatilité mesure l’ampleur des variations de prix sur une période donnée.

Les vendeurs de pièces ou de lingots doivent surveiller deux éléments : le cours international en dollars et le taux de change euro-dollar. Le prix réellement obtenu en Belgique ou en zone euro dépend aussi de la prime des pièces, c’est-à-dire l’écart entre leur prix de marché et la valeur de l’or fin qu’elles contiennent.

Plusieurs prévisions de marché indiqueraient une tendance encore fragile pour la fin 2026, avec des prix proches de 4 000 dollars l’once en décembre. Ces projections resteraient dépendantes des décisions de la Fed, de l’évolution du dollar et du rythme des achats des banques centrales.

À court terme, l’or reste donc pris entre deux forces : la pression des taux américains et du dollar, face au soutien structurel des banques centrales et de la demande de protection.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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