Moins de 4 000 dollars l’once : le seuil symbolique a cédé. Le cours de l’or a reculé ce 29 juin 2026, mettant fin à sept mois de hausse continue sur les marchés mondiaux. Le mouvement est principalement attribué à deux facteurs : la vigueur du dollar américain et la fermeté de la Réserve fédérale américaine, la Fed.
Pour les investisseurs européens et belges, cette correction mérite attention. L’or reste une valeur de préservation du capital, mais son prix dépend fortement des taux d’intérêt, du dollar et des anticipations d’inflation.
La Fed réduit l’attrait de l’or
La Réserve fédérale américaine, appelée Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie.
Quand la Fed relève ses taux, ou laisse entendre qu’ils resteront élevés, les placements rémunérés deviennent plus attractifs. Les obligations d’État américaines, par exemple, offrent alors un rendement plus élevé. Une obligation est un titre de dette : l’investisseur prête de l’argent à un État ou à une entreprise en échange d’un intérêt.
L’or, lui, ne verse ni coupon ni dividende. Son rendement vient uniquement de l’évolution de son prix. Lorsque les taux montent, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente. Autrement dit, conserver du métal jaune devient moins compétitif par rapport à des actifs qui rapportent un revenu régulier.
Cette mécanique explique une partie de la baisse actuelle. La politique monétaire restrictive de la Fed a réduit l’appétit pour les métaux précieux, après une longue séquence haussière.
Le dollar fort pèse sur le métal jaune
Le deuxième facteur est le dollar. L’or est coté internationalement en dollars par once troy, l’unité de référence du marché des métaux précieux. Une once troy représente environ 31,1 grammes.
Quand le dollar se renforce, l’or devient plus cher pour les acheteurs utilisant d’autres devises, comme l’euro. Cette hausse du coût d’achat peut freiner la demande mondiale. Elle peut aussi déclencher des prises de bénéfices chez les investisseurs qui avaient profité des sept mois de hausse.
Pour un épargnant belge, l’effet peut être double. Le cours de l’or en dollars baisse, mais un dollar plus fort peut partiellement amortir cette baisse une fois le prix converti en euros. Le prix réellement payé ou reçu en Belgique dépend donc à la fois du cours international de l’or et du taux de change euro-dollar.
Une correction après sept mois de hausse
La baisse sous 4 000 dollars ne signifie pas nécessairement un retournement durable. Elle marque surtout une correction, c’est-à-dire un repli après une progression prolongée.
L’or avait bénéficié d’un contexte favorable : incertitudes économiques, tensions géopolitiques, recherche de protection contre l’inflation et demande de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les marchés deviennent instables, car il est perçu comme plus résistant dans le temps.
Mais cette fonction de refuge ne protège pas l’or des mouvements de marché à court terme. Les investisseurs arbitrent en permanence entre sécurité, rendement et liquidité. La liquidité désigne la facilité à acheter ou vendre rapidement un actif sans trop faire varier son prix.
L’argent recule aussi dans un contexte de taux élevés
La pression ne touche pas seulement l’or. Le cours de l’argent a également reculé début juin, passant sous 75 dollars, autour de 74,60 dollars lors des échanges européens du 3 juin 2026.
L’argent est à la fois un métal précieux et un métal industriel. Il est utilisé comme actif d’investissement, mais aussi dans l’électronique, le solaire et certaines applications médicales. Cette double nature le rend parfois plus volatil que l’or.
La hausse du pétrole a renforcé les craintes d’inflation persistante. Le baril de WTI, référence américaine du pétrole brut, a atteint environ 93 dollars début juin dans un contexte de tensions entre les États-Unis et l’Iran autour du détroit d’Ormuz. Cette zone est stratégique pour le transit énergétique mondial.
Une inflation plus durable incite la Fed à maintenir des taux élevés plus longtemps. Ce scénario pèse sur l’or et l’argent, car il soutient les rendements obligataires et le dollar.
Le marché du travail américain complique le scénario
La solidité de l’économie américaine renforce aussi la prudence des marchés. En avril 2026, les offres d’emploi aux États-Unis ont atteint 7,618 millions, au-dessus des attentes proches de 6,88 millions.
Un marché du travail robuste donne moins de raisons à la Fed de baisser rapidement ses taux. Si l’emploi reste solide et l’inflation persistante, la banque centrale peut maintenir une politique monétaire stricte.
Pour l’or, le message est clair : tant que les taux restent élevés et que le dollar conserve sa force, les flux vers le métal jaune pourraient rester sous pression.
Ce que les investisseurs doivent surveiller
La chute sous 4 000 dollars constitue un signal technique et psychologique. Un seuil technique est un niveau de prix surveillé par les investisseurs, car il peut déclencher des achats ou des ventes automatiques. Un seuil psychologique est un chiffre rond qui influence les décisions, même sans valeur économique précise.
Les prochains indicateurs à suivre seront les décisions de la Fed, les chiffres de l’emploi américain, l’évolution de l’inflation et le taux de change euro-dollar. Pour les acheteurs belges, il reste essentiel de comparer le cours international avec les primes appliquées sur les pièces et lingots. La prime correspond à l’écart entre le prix du métal contenu dans un produit et son prix de vente réel.
La baisse actuelle rappelle une règle simple : l’or protège sur le long terme, mais son prix peut fortement varier à court terme. Après sept mois de hausse, le marché entre dans une phase d’arbitrage dominée par la Fed, le dollar et les anticipations de taux.


