+1,14% pour l’argent, +3,65% pour le pétrole WTI : les marchés ont réagi en ordre dispersé à la tension Iran-États-Unis. Le 29 juillet 2026, durant la session asiatique, le cours de l’argent a progressé autour de 57,80 dollars l’once, tandis que le pétrole WTI montait à environ 81,20 dollars le baril.

L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux, équivalente à environ 31,1 grammes. Le WTI, pour West Texas Intermediate, est un pétrole brut américain utilisé comme référence mondiale, au même titre que le Brent en Europe.

Cette double hausse intervient avant la réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed, prévue à 18h00 GMT. Les investisseurs anticipaient majoritairement un statu quo sur les taux d’intérêt, dans une fourchette de 3,50% à 3,75%.

Le pétrole bondit avec le risque géopolitique

La poussée du pétrole s’explique par la dégradation de la situation au Moyen-Orient. Les forces américaines ont intercepté des missiles balistiques iraniens et mené des frappes en Irak contre des groupes soutenus par Téhéran. Ces opérations s’inscrivent dans une séquence de tensions militaires entre les États-Unis et l’Iran depuis le début du mois de juillet.

Le marché pétrolier réagit fortement à ce type d’événement car une partie essentielle du commerce mondial d’hydrocarbures transite par le golfe Persique et le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime est stratégique : toute perturbation peut réduire l’offre disponible ou augmenter les coûts de transport.

Déjà le 13 juillet, après des frappes américaines contre des cibles en Iran et une fermeture partielle du détroit d’Ormuz, les prix du pétrole avaient bondi de plus de 9%. Le Brent était alors monté autour de 82,90 dollars, tandis que le WTI atteignait environ 77,87 dollars.

L’argent résiste à un signal potentiellement inflationniste

La hausse de l’argent peut paraître paradoxale. Un pétrole plus cher alimente souvent les craintes d’inflation, c’est-à-dire une hausse générale des prix. En théorie, si l’inflation reste élevée, la Fed peut maintenir des taux d’intérêt plus hauts plus longtemps. Or des taux élevés rendent les placements rémunérés, comme les obligations, plus attractifs que les métaux précieux, qui ne versent pas d’intérêt.

Mais l’argent n’est pas seulement un métal précieux. Il est aussi un métal industriel, utilisé notamment dans l’électronique, le solaire et certaines applications médicales. Son prix dépend donc à la fois de la demande d’investissement et de la demande économique réelle.

Dans la séance du 29 juillet, la composante « valeur refuge » semble avoir pris le dessus. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise géopolitique, financière ou monétaire. L’or joue traditionnellement ce rôle, mais l’argent peut aussi en bénéficier, surtout lorsque les tensions internationales s’intensifient.

La Fed reste le principal arbitre de court terme

La réunion de la Fed constitue l’autre élément central pour les métaux précieux. Les marchés anticipaient une probabilité de 69,5% d’un maintien des taux dans la fourchette de 3,50% à 3,75%. Ce serait la cinquième réunion consécutive sans changement.

Un taux directeur est le taux auquel une banque centrale influence le coût du crédit dans l’économie. Quand il est élevé, emprunter coûte plus cher, la consommation et l’investissement peuvent ralentir, et le dollar peut se renforcer. Pour l’or et l’argent cotés en dollars, un dollar fort peut peser sur la demande internationale, notamment pour les acheteurs européens.

Le président de la Fed, Kevin Warsh, avait déjà privilégié une approche prudente lors de la précédente réunion, sans donner de signal prospectif très fort. Les investisseurs surveilleront donc autant la décision que le ton du communiqué : une Fed jugée plus stricte pourrait freiner l’élan des métaux précieux ; une Fed plus prudente ou plus inquiète de la croissance pourrait au contraire les soutenir.

Ce que cela signifie pour les investisseurs francophones

Pour un épargnant belge ou européen, le cours de l’argent en dollars ne suffit pas. Le taux de change euro-dollar influence le prix réellement payé en euros. Si le dollar monte face à l’euro, l’argent peut devenir plus cher en euros même si son cours en dollars évolue peu.

La séance du 29 juillet montre surtout que le marché de l’argent reste pris entre trois forces : le risque géopolitique, l’inflation liée à l’énergie et les décisions de la Fed. Ces facteurs peuvent agir dans des directions opposées à très court terme.

L’argent progresse donc dans un environnement tendu, mais fragile. Tant que la situation entre Washington et Téhéran restera instable et que la Fed n’aura pas clarifié sa trajectoire, la volatilité devrait rester élevée sur les métaux précieux.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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