54,77 dollars l’once : le cours de l’argent a inscrit un nouveau plus bas annuel ce 17 juillet 2026. Le mouvement intervient alors que les marchés digèrent deux signaux contraires : une montée des tensions géopolitiques en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz, et un renforcement du dollar qui pèse sur les métaux précieux.
L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux. Elle équivaut à environ 31,1 grammes. Sous le seuil de 55 dollars l’once, l’argent confirme une phase de pression vendeuse, malgré un contexte international tendu qui aurait pu soutenir les actifs de refuge.
Le cours de l’argent passe sous 55 dollars
Le cours de l’argent a chuté jusqu’à 54,77 dollars l’once, son plus bas niveau de l’année. La baisse concerne d’abord les investisseurs internationaux exposés au prix en dollars, mais elle intéresse aussi les acheteurs européens et belges : quand le dollar monte, l’achat de métaux précieux cotés en dollars devient mécaniquement plus coûteux dans les autres devises.
L’argent, souvent appelé métal gris, occupe une place particulière. Il est à la fois un métal précieux, recherché pour la préservation du capital, et un métal industriel, utilisé notamment dans l’électronique, le solaire et plusieurs applications technologiques. Cette double nature rend son prix parfois plus volatil que celui de l’or.
La baisse actuelle s’explique par une réévaluation des actifs dits « sans rendement ». Un actif sans rendement est un placement qui ne verse ni intérêt ni dividende. C’est le cas de l’or physique et de l’argent physique. Leur attrait dépend donc fortement du niveau du dollar, des taux d’intérêt et de l’appétit des investisseurs pour la sécurité.
Le dollar reprend l’avantage
Le Dollar Index a progressé de 0,1 %, à 100,80 points. Cet indice mesure la valeur du dollar américain face à un panier de grandes devises. Lorsqu’il monte, les matières premières cotées en dollars, comme l’or, l’argent ou le pétrole, deviennent généralement moins attractives pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres monnaies.
Ce facteur de change pèse directement sur l’argent. Une devise américaine plus forte réduit l’intérêt relatif du métal pour les investisseurs non américains. Elle peut aussi déclencher des ventes techniques, c’est-à-dire des ordres automatiques ou stratégiques liés au franchissement de seuils de prix importants.
Dans le même temps, les anticipations de politique monétaire américaine évoluent. D’après l’outil CME FedWatch, la probabilité d’une hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine lors de sa prochaine réunion est tombée à 10,2 %. La Fed, ou Réserve fédérale, est la banque centrale des États-Unis. Ses décisions influencent le coût du crédit, les rendements obligataires, le dollar et, par ricochet, les métaux précieux.
L’inflation américaine a ralenti à 3,5 % en juin sur un an, après trois mois d’accélération. Ce ralentissement réduit la pression en faveur d’un nouveau resserrement monétaire. Pourtant, à court terme, l’effet dominant sur l’argent reste le renforcement du dollar.
La mer Rouge et Ormuz ravivent la prime de risque
La pression sur l’argent intervient dans un contexte géopolitique très tendu. L’Iran a demandé aux milices Houthis de se tenir prêtes à fermer la mer Rouge en cas de frappes américaines contre ses infrastructures énergétiques. La mer Rouge est un axe majeur du commerce mondial, notamment pour les flux d’énergie et de marchandises entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient.
Les Gardiens de la révolution islamique ont aussi menacé de bloquer les exportations de pétrole et de gaz transitant par le détroit d’Ormuz tant que les frappes américaines se poursuivent. Le détroit d’Ormuz est l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde pour le pétrole et le gaz.
Ces tensions s’ajoutent à de nouvelles frappes américaines contre l’Iran, à l’arraisonnement d’un navire dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’à des incidents signalés au Koweït et au Qatar. Le résultat est une nervosité accrue sur les marchés de l’énergie et des métaux précieux.
Le pétrole monte, l’argent ne joue pas pleinement son rôle refuge
Le pétrole américain WTI évolue autour de 79 dollars le baril. Le WTI, pour West Texas Intermediate, est une référence majeure du pétrole brut aux États-Unis. Sa hausse reflète la crainte d’une perturbation des flux pétroliers au Moyen-Orient.
En théorie, une montée du risque géopolitique peut soutenir les métaux précieux. Les investisseurs cherchent alors des actifs de refuge, c’est-à-dire des placements considérés comme plus résistants en période de crise. L’or bénéficie souvent de ce réflexe. L’argent peut aussi en profiter, mais de manière moins régulière, car son prix dépend également de la demande industrielle.
Cette fois, la progression du dollar l’emporte sur l’effet refuge. Les investisseurs réduisent leur exposition à l’argent, tandis que la menace sur l’approvisionnement énergétique mondial alimente surtout la hausse du pétrole et les craintes inflationnistes.
Ce que cela signifie pour les investisseurs en métaux précieux
Pour un investisseur belge ou européen, la baisse du cours en dollars ne se traduit pas toujours par une baisse équivalente en euros. Le taux de change euro-dollar doit être surveillé. Un dollar plus fort peut limiter, voire annuler, une partie de la baisse visible sur le marché international.
Le seuil des 55 dollars l’once devient désormais un repère psychologique. Un repère psychologique est un niveau de prix surveillé par de nombreux acteurs, car son franchissement peut accentuer les achats ou les ventes. Sous ce niveau, la volatilité peut rester élevée.
L’information principale reste claire : l’argent recule à un plus bas annuel, non pas faute de tensions, mais parce que le dollar et les arbitrages des investisseurs dominent le marché à court terme.
La suite dépendra de deux variables : l’évolution militaire autour de la mer Rouge et du détroit d’Ormuz, et la trajectoire du dollar avant la prochaine décision de la Fed. Pour les métaux précieux, le signal est donc prudent : le risque géopolitique soutient la demande de sécurité, mais il ne suffit pas toujours à faire monter tous les actifs refuges.



