56,90 dollars l’once : le cours de l’argent a franchi un seuil psychologique le 25 juin 2026. Le métal blanc enchaîne trois séances de baisse sur les marchés mondiaux, sous la pression d’un facteur dominant : la perspective d’un nouveau tour de vis monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed.

L’argent, coté en dollars sur les grands marchés internationaux, pâtit directement du renforcement du billet vert. Pour un investisseur européen ou belge, cela signifie que le prix en dollars baisse, mais que l’effet peut être partiellement compensé par le taux de change euro-dollar. Le mouvement reste toutefois négatif à court terme pour le métal précieux.

La Fed pèse sur le métal blanc

La Fed, banque centrale des États-Unis, fixe les taux directeurs. Ces taux servent de référence au coût du crédit dans l’économie américaine. Quand ils montent, les placements rémunérés, comme les obligations d’État américaines, deviennent plus attractifs.

C’est le cœur du problème pour l’argent. Comme l’or, l’argent physique ne verse ni intérêt ni dividende. Les investisseurs comparent donc son potentiel de hausse avec le rendement disponible ailleurs. Ce mécanisme s’appelle le coût d’opportunité : détenir un actif non rémunéré devient moins intéressant lorsque les rendements obligataires augmentent.

Fin juin, les marchés intègrent une probabilité d’environ 83,1 % d’un relèvement des taux de la Fed d’ici décembre 2026. Cette anticipation s’appuie sur des créations d’emplois solides aux États-Unis en mai et sur une inflation toujours persistante.

Le dollar fort réduit la demande internationale

La hausse attendue des taux américains soutient aussi le dollar. Un dollar plus fort rend les actifs libellés dans cette devise plus attractifs pour les investisseurs internationaux.

Mais pour l’argent, l’effet est défavorable. L’once d’argent est généralement cotée en dollars. Une once troy, l’unité de référence des métaux précieux, correspond à 31,103 grammes. Quand le dollar monte, l’achat d’une once devient plus coûteux pour les investisseurs qui utilisent l’euro, la livre sterling ou d’autres devises.

Résultat : une partie de la demande financière se tasse. Les marchés ajustent leurs positions et vendent le métal blanc, ce qui accentue la baisse du cours.

Une baisse qui touche aussi l’or

Le mouvement ne concerne pas seulement l’argent. L’or a lui aussi reculé en juin, malgré un contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient. Début juin, le métal jaune est tombé autour de 4 166 dollars l’once, alors qu’il avait atteint un record historique de 5 595 dollars le 29 janvier 2026.

Cette évolution montre la force du facteur monétaire. En temps normal, l’or bénéficie des crises, car il est considéré comme une valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lorsque l’incertitude augmente. Mais en juin, la perspective de taux américains durablement élevés domine l’effet refuge.

L’argent suit souvent l’or dans les grands mouvements de marché, mais avec une volatilité plus forte. Sa double nature explique cette sensibilité : il est à la fois métal précieux d’investissement et métal industriel.

La demande industrielle reste un soutien à moyen terme

À court terme, le signal reste défavorable. La baisse sous 57 dollars traduit une pression vendeuse liée aux taux, au dollar et aux arbitrages des investisseurs.

À moyen terme, le tableau est plus nuancé. L’argent est utilisé dans l’industrie, notamment dans l’électronique, les panneaux solaires et certaines applications médicales. Cette demande industrielle peut soutenir le marché lorsque l’activité reste solide.

Pour les particuliers en Belgique et en Europe, cette séquence rappelle une règle importante : le prix de l’argent ne dépend pas seulement de la demande physique. Il réagit aussi aux décisions des banques centrales, aux mouvements de devises et aux rendements obligataires américains.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Les prochains indicateurs clés seront les données d’inflation américaines, les chiffres de l’emploi et les communications de la Fed. Un discours plus ferme sur les taux pourrait prolonger la pression sur l’argent. À l’inverse, un ralentissement économique ou une inflation en recul pourrait réduire les anticipations de hausse de taux.

Le passage sous 57 dollars ne remet donc pas à lui seul en cause les perspectives de l’argent, mais il confirme la domination actuelle du facteur monétaire. Tant que le dollar restera fort et que les obligations américaines offriront un rendement attractif, le métal blanc restera exposé à des prises de bénéfices.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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