Une phrase de synthèse : Suite à sa récente prise de fonction, le nouveau dirigeant de la célèbre holding américaine a procédé au premier trimestre 2026 à un remaniement spectaculaire, marquant une rupture assumée avec les dogmes historiques de Warren Buffett.
397 milliards de dollars. C’est le montant vertigineux de la trésorerie dont dispose actuellement Berkshire Hathaway. Mais au-delà de cette réserve de liquidités record, garante de la sécurité financière du conglomérat, c’est l’allocation des capitaux au premier trimestre 2026 qui retient l’attention des investisseurs du monde entier. Les récentes déclarations réglementaires déposées auprès du gendarme boursier américain (la SEC) en ce mois de mai 2026 révèlent un changement de cap radical. Sous l’impulsion de son nouveau PDG, Greg Abel, l’entreprise opère de nouveaux investissements qui sortent du lot et redessinent l’avenir de la société.
Un nettoyage stratégique après un départ au sommet
Le premier acte de la présidence de Greg Abel a consisté à faire table rase d’une partie du passé récent. La holding basée à Omaha a intégralement liquidé entre 15 et 16 positions boursières, dont des poids lourds mondiaux comme Amazon, Visa, Mastercard, UnitedHealth ou encore Domino’s Pizza.
Ce désengagement massif ne doit rien au hasard. Il fait suite au départ, en décembre 2025, de Todd Combs. Ancien gestionnaire de portefeuille star embauché par Warren Buffett, ce dernier a quitté le navire pour prendre la tête d’un nouveau fonds de 10 milliards de dollars chez JPMorgan Chase, après avoir compris que le poste de PDG de Berkshire lui échappait. Les actions vendues ce trimestre étaient historiquement ses choix d’investissement. Greg Abel a donc profité de ce départ pour purger le portefeuille et y imprimer sa propre conviction.
Le pari massif sur l’intelligence artificielle
L’axe central de cette nouvelle stratégie repose sur les grandes plateformes technologiques. Le nouveau dirigeant a triplé la participation de Berkshire dans Alphabet (la maison mère de Google), en acquérant 36,4 millions d’actions supplémentaires pour environ 10 milliards de dollars.
Cette opération propulse l’entreprise technologique parmi les cinq plus grandes positions du conglomérat. Désormais, les valeurs liées à la technologie et à l’intelligence artificielle représentent plus d’un tiers des actifs du portefeuille boursier. Cette concentration augmente mécaniquement l’exposition de Berkshire aux risques réglementaires du secteur technologique, une volatilité que les investisseurs soucieux de la préservation de leur capital observeront avec attention.
Retour dans l’aérien : la rupture avec la doctrine Buffett
L’initiative la plus surprenante de Greg Abel reste toutefois l’injection de 2,65 milliards de dollars dans Delta Air Lines, s’emparant ainsi de 6 % du capital de la compagnie aérienne. Il a également investi 55 millions de dollars dans la chaîne de magasins Macy’s et a triplé sa participation dans le quotidien The New York Times.
L’investissement dans l’aéronautique va totalement à l’encontre de la philosophie de Warren Buffett. L’emblématique investisseur a en effet essuyé de lourds revers dans ce secteur à forte intensité capitalistique, d’abord en 1989 avec US Airways, puis en liquidant à perte un panier d’actions aériennes lors de la pandémie de 2020. L’ancien dirigeant qualifiait d’ailleurs publiquement cette industrie de « gouffre financier » et reconnaissait y avoir commis de « terribles erreurs ». En pariant à nouveau sur les avions, Greg Abel démontre qu’il n’hésite pas à s’affranchir de l’héritage de son mentor s’il décèle une opportunité de marché.
Pour prouver sa confiance dans cette nouvelle direction, Berkshire Hathaway a relancé son programme de rachats d’actions à hauteur de 325 millions de dollars. Plus symbolique encore, Greg Abel s’est personnellement engagé à réinvestir l’intégralité de son salaire annuel de 15 millions de dollars dans les actions de sa propre entreprise. Une manière d’assurer aux actionnaires que, malgré ces choix à contre-courant, ses intérêts restent profondément alignés avec la performance à long terme du conglomérat.



