Alors que les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient et la vigueur du dollar américain pèsent ponctuellement sur les métaux précieux, les fondamentaux de long terme laissent présager de nouveaux sommets pour l’or physique d’ici la fin de l’année 2026.

Sous la barre symbolique des 4 600 dollars. C’est le seuil que l’or a franchi à la baisse lors de la session asiatique de la mi-mai 2026, bousculé par le retour en force du billet vert et des taux obligataires américains toujours robustes. L’or « spot » a ainsi chuté de plus de 2 %, s’établissant à 4 556,45 dollars l’once. Dans son sillage, l’argent a plongé de plus de 6 %, touchant les 77,56 dollars.

Note pédagogique : L’or « spot » désigne le cours au comptant du métal jaune. Il s’agit du prix immédiat auquel l’or physique peut être acheté ou vendu sur les marchés internationaux pour une livraison quasi instantanée, par opposition aux contrats à terme qui fixent un prix pour une date future.

Cette correction brutale s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs macroéconomiques. Les récentes données sur les ventes au détail aux États-Unis se sont révélées particulièrement solides, douchant les espoirs d’une baisse imminente des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine (Fed). Face à des rendements du Trésor américain attractifs, les investisseurs délaissent temporairement les actifs non productifs de rendement comme l’or au profit des liquidités en dollars.

L’ombre d’un pétrole cher et des tensions géopolitiques

Le maintien de taux d’intérêt élevés est également intimement lié à la crainte d’une résurgence de l’inflation, elle-même alimentée par les cours de l’énergie. Le baril de Brent flirte actuellement avec les 107 dollars, soutenu par une situation très instable au Moyen-Orient.

Le conflit en cours entre les États-Unis et l’Iran génère en effet une volatilité extrême. Selon des informations relayées par TradingKey, des négociations diplomatiques seraient en cours et un projet d’accord permettrait la réouverture du détroit d’Ormuz sous trente jours. Toutefois, ces pourparlers resteraient fragiles : de nouvelles frappes américaines auraient eu lieu, poussant le sénateur américain Marco Rubio à déclarer que les négociations nécessiteront encore « plusieurs jours ». Cette incertitude géopolitique brouille les anticipations des marchés, forçant le capital à chercher refuge dans le dollar plutôt que dans les métaux précieux à court terme.

Contraste marquant avec l’exubérance des marchés asiatiques

Pendant que l’or temporise, une partie des capitaux mondiaux se tourne vers des actifs à haut risque, marquant une dichotomie frappante dans le paysage financier de ce printemps 2026. En Corée du Sud, l’indice boursier KOSPI a franchi un record historique absolu à 8 131 points, affichant une hausse vertigineuse d’environ 90 % depuis le début de l’année.

La place boursière de Séoul s’apprête même à introduire, dès le 27 mai, les premiers ETF (fonds indiciels) à effet de levier 2x indexés sur des géants technologiques comme Samsung Electronics et SK Hynix. En raison des règles boursières locales, la volatilité quotidienne théorique de ces nouveaux produits financiers pourrait atteindre ±60 %, attirant une spéculation massive. Cette exubérance met en lumière des déséquilibres structurels profonds sur les marchés actions, renforçant paradoxalement le besoin de diversification patrimoniale sécurisée.

UBS ajuste l’argent, mais vise les 5 600 dollars pour l’or

Dans ce contexte de marché agité, les institutions financières revoient leurs modèles. La banque suisse UBS a récemment publié des notes d’analyse ajustant ses prévisions pour les métaux précieux.

Concernant l’argent, UBS a revu ses objectifs à la baisse pour l’été et l’automne 2026, ciblant désormais 85 dollars l’once (contre 95 à 100 dollars précédemment). La banque justifie cette correction par une destruction de la demande industrielle, notamment dans le secteur photovoltaïque, étouffée par des prix devenus trop élevés.

En revanche, les perspectives pour le métal jaune restent exceptionnellement haussières. Selon des données rapportées par le Canadian Mining Report, UBS maintient sa prévision d’un cours de l’or à 5 600 dollars l’once pour 2026, évoquant même un scénario extrême à 7 200 dollars.

Pour les analystes de la banque, les fluctuations actuelles ne remettent pas en cause la tendance de fond. La dédollarisation des échanges internationaux, l’inflation persistante et, surtout, les achats massifs et continus d’or physique par les banques centrales des pays émergents constituent un socle inébranlable. Si l’heure est à la patience face aux soubresauts d’un dollar hégémonique, l’appétit institutionnel pour l’or confirme plus que jamais son statut d’ultime rempart patrimonial pour les investisseurs francophones et européens soucieux de préserver leur pouvoir d’achat.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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