1,6 million de dollars par an : c’est le montant que les ADF tireraient du trafic d’or dans une seule région du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette estimation provient d’une enquête de The Sentry, reprise par Reuters.
Les Forces démocratiques alliées, ou ADF, sont un groupe armé actif dans l’est de la RDC et affilié à l’État islamique. D’après cette enquête, l’or constituerait une source de financement importante pour l’insurrection, aux côtés d’autres activités illicites.
L’or, une ressource facilement transportable et revendable
L’exploitation aurifère et la contrebande permettraient aux rebelles de monétiser l’or extrait localement. L’or présente une caractéristique particulièrement recherchée par les réseaux criminels : une valeur élevée sous un faible volume. Il peut donc être transporté plus facilement que de nombreuses autres matières premières.
Le métal serait ensuite écoulé à travers des réseaux commerciaux illicites, y compris en Ouganda, selon les éléments rapportés. La contrebande désigne ici le transport et la vente de marchandises en dehors des contrôles douaniers, fiscaux ou réglementaires.
Ces circuits pourraient également aider les ADF à contourner les sanctions internationales. Les sanctions sont des restrictions financières ou commerciales imposées à des personnes, organisations ou États, notamment pour limiter leur accès aux fonds et aux marchés légaux.
Une estimation concentrée sur une seule zone
Le chiffre de 1,6 million de dollars ne couvrirait pas nécessairement l’ensemble des activités aurifères attribuées aux ADF dans l’est congolais. Il concernerait une seule région du Nord-Kivu. Cette précision souligne le poids potentiel de l’or dans l’économie des groupes armés présents autour des zones minières.
Pour les populations locales, ces flux illicites auraient un double coût : ils priveraient les autorités de recettes fiscales et contribueraient au financement d’une violence persistante. Ils compliqueraient aussi les efforts des autorités congolaises et de leurs partenaires pour assécher les ressources de l’insurrection.
Pourquoi la traçabilité de l’or reste décisive
La traçabilité consiste à pouvoir suivre un métal depuis son lieu d’extraction jusqu’à son acheteur final. Dans les régions affectées par les conflits, cette chaîne est difficile à contrôler lorsque l’or artisanal — extrait à petite échelle, souvent avec des moyens manuels — entre dans des réseaux informels.
L’enjeu dépasse donc le seul marché local : sans contrôles solides aux frontières et dans les chaînes d’approvisionnement, l’or issu de zones de conflit peut être mélangé à des flux légaux et perdre son origine identifiable. Pour les acheteurs et investisseurs, cette affaire rappelle que la valeur refuge du métal dépend aussi de l’intégrité de ses circuits d’approvisionnement.



