86 tonnes d’or ont quitté les circuits de stockage nord-américains des Pays-Bas entre mars et août 2026. La banque centrale néerlandaise a fait de Londres son premier lieu de conservation, devant le territoire national. Ce mouvement illustre une préoccupation grandissante en Europe : disposer de réserves accessibles malgré les crises, sans dépendre excessivement d’un seul pays ou d’une seule zone géopolitique.

Londres devient le premier coffre néerlandais

De Nederlandsche Bank (DNB) a transféré ou réalloué 86 tonnes d’or auparavant détenues aux États-Unis et au Canada vers Londres. À l’issue de l’opération, la part de l’or néerlandais conservée en Amérique du Nord est tombée d’environ 51 % à 37 %.

Londres accueille désormais 32,1 % des réserves néerlandaises, contre 30,8 % aux Pays-Bas. New York et Ottawa restent donc des lieux de conservation majeurs, mais ils ne dominent plus aussi nettement la répartition.

Le transfert ne s’est pas limité au transport de lingots. Plus de 27 tonnes auraient été déplacées physiquement, avec un passage par Zeist, où se trouve le siège de la DNB. Le solde a été réalloué par des opérations de marché : ventes d’or à New York et achats correspondants à Londres. Cette méthode réduit les contraintes logistiques et de sécurité liées au déplacement physique de gros volumes de métal.

Une diversification, pas une rupture avec les États-Unis

La DNB ne présente pas cette opération comme un rapatriement complet de son or. Son objectif est de diversifier l’implantation de ses réserves et d’améliorer sa préparation en cas de crise géopolitique ou financière.

Une réserve d’or est constituée de lingots détenus par une banque centrale. Elle peut être conservée dans le pays émetteur, mais aussi dans des coffres situés dans de grandes places internationales. Ce choix répond à plusieurs critères : sécurité, coûts, rapidité de mobilisation et capacité à vendre ou à échanger le métal.

Londres conserve ici un avantage déterminant. La capitale britannique abrite l’un des principaux marchés mondiaux de l’or physique. Une place dite liquide permet d’acheter, de vendre ou de mettre en garantie un actif plus facilement, avec de nombreux intervenants et des volumes importants. En période de tension financière, cette capacité de mobilisation peut compter autant que la proximité géographique des lingots.

Le mouvement néerlandais traduit donc moins une défiance absolue envers les États-Unis qu’une volonté de ne plus concentrer plus de la moitié des réserves dans la même région.

L’Allemagne, exemple d’un rapatriement partiel

L’Allemagne avait déjà engagé une démarche comparable, mais selon une méthode différente. En 2013, la Bundesbank avait lancé un programme destiné à ramener environ la moitié de ses réserves à Francfort. Le plan prévoyait notamment le transfert de 300 tonnes depuis New York et de 283 tonnes depuis Paris.

Le transfert prévu depuis New York a été achevé en 2016. Cette décision répondait notamment à une demande de confiance du public allemand : une part plus élevée de l’or national devait être conservée sur le territoire.

La stratégie allemande ne signifiait toutefois pas un abandon des coffres américains. Selon des informations considérées comme probables, environ 51 % des réserves allemandes seraient conservées à Francfort en 2026, 37 % à New York et un peu plus de 12 % à Londres. La Bundesbank jugerait cette répartition adaptée, New York restant une place majeure pour le commerce international de l’or.

Le précédent allemand et la décision néerlandaise conduisent à la même conclusion : rapatrier une partie de l’or ne veut pas nécessairement dire retirer toute confiance aux États-Unis. Il s’agit d’abord d’arbitrer entre souveraineté, diversification et accès aux marchés mondiaux.

L’or déposé à New York reste celui des banques centrales étrangères

Le débat sur le stockage américain suscite régulièrement une confusion : l’or confié à la Federal Reserve Bank of New York ne devient pas américain. La Fed de New York agit comme dépositaire, c’est-à-dire comme gardienne des lingots appartenant aux banques centrales étrangères.

L’enjeu porte donc sur la localisation physique et sur l’accessibilité opérationnelle du métal, non sur son titre de propriété. Détenir de l’or à New York peut faciliter certaines transactions internationales. Le conserver à domicile peut, à l’inverse, rassurer l’opinion publique et réduire l’exposition à une crise diplomatique ou à des restrictions de circulation.

Une question de confiance, mais aussi de gestion du risque

Pour les particuliers, cette évolution rappelle une règle simple de préservation du capital : la valeur d’un actif ne dépend pas seulement de son prix, mais aussi de son mode de détention. Pour l’or, il faut distinguer le métal détenu en propre, l’or alloué — attribué précisément à son propriétaire — et les créances sur de l’or conservé par un intermédiaire.

Les banques centrales européennes ne renoncent pas aux grands centres mondiaux. Elles cherchent plutôt à éviter qu’un événement politique, financier ou logistique ne limite l’accès à une part trop importante de leurs réserves.

La décision néerlandaise confirme ainsi une tendance de fond : face à un environnement international plus instable, la confiance ne se mesure plus seulement à la solidité d’un coffre, mais à la capacité de répartir les lingots entre plusieurs coffres, plusieurs marchés et plusieurs juridictions.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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