Alors que Citigroup revoit ses prévisions à la hausse face aux incertitudes pesant sur l’indépendance de la Réserve fédérale américaine, le secteur minier s’active du Nevada à l’Espagne. Analyse d’une semaine marquée par une volatilité haussière et des développements stratégiques majeurs pour les explorateurs.
C’est un chiffre qui marque les esprits et redéfinit les attentes des investisseurs pour 2026. Dans une note publiée le 12 janvier, la banque Citigroup a relevé son objectif de cours de l’or à court terme à 5 000 dollars l’once, contre une prévision précédente de 4 200 dollars. Cette révision spectaculaire s’ancre dans un contexte de méfiance croissante vis-à-vis des institutions monétaires et d’une instabilité géopolitique grandissante.
Géopolitique et Banques Centrales : les moteurs de la hausse
La flambée des cours n’est pas une simple spéculation, mais le résultat de fondamentaux solides. Selon les données rapportées par Couloir Capital, le métal jaune a enregistré une progression de 4,2 % la semaine dernière, suivie d’un bond supplémentaire de 2,0 % ce lundi 12 janvier.
Les analystes identifient deux catalyseurs principaux. D’une part, l’escalade des tensions internationales, notamment au Venezuela, en Iran et au Groenland, pousse les capitaux vers les valeurs refuges. D’autre part, Citigroup pointe du doigt des inquiétudes renouvelées concernant l’indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), exacerbées par diverses assignations à comparaître.
Le saviez-vous ?
L’or est traditionnellement considéré comme une « valeur refuge ». En période d’incertitude économique ou de conflit armé, les investisseurs délaissent les actifs risqués (actions, obligations d’entreprises) pour se tourner vers l’or, dont la valeur intrinsèque ne dépend pas de la solvabilité d’un État ou d’une entreprise.
Vers une « grande rotation » des marchés ?
Au-delà des cours bruts, c’est la structure même du marché qui semble évoluer. L’analyste Adrian Day a publié, le 13 janvier, une étude signalant la fin potentielle du marché haussier (Bull Market) sur les actions américaines. Il évoque une « grande rotation » en cours, suggérant un transfert massif des capitaux des marchés boursiers vers les actifs tangibles comme les métaux précieux.
Cependant, cette ruée vers l’or s’accompagne d’une mise en garde pour les épargnants. Une analyse diffusée par The International Man souligne les risques accrus liés à la détention d’or sous forme « papier » (ETF, contrats à terme) par rapport à la possession physique. L’auteur insiste sur la vulnérabilité de ces instruments financiers en cas de crise systémique majeure.
Décryptage : L’or papier vs L’or physique
L’expression « or papier » désigne des produits financiers qui répliquent le cours de l’or (comme les ETF) sans que l’investisseur ne détienne physiquement le métal. Bien que pratiques pour la spéculation à court terme, ces produits comportent un « risque de contrepartie » : si l’émetteur du produit fait faillite, l’investisseur peut tout perdre. L’or physique (pièces, lingots), en revanche, est une propriété directe sans intermédiaire.
L’Europe et l’Amérique du Nord en effervescence minière
Cette envolée des prix stimule directement l’activité des compagnies minières, qui multiplient les projets d’exploration et de développement.
En Europe, la péninsule ibérique confirme son statut de zone stratégique. Emerita Resources Corp. a rapporté le 13 janvier des progrès significatifs sur son projet Iberian Belt West en Espagne. Ces travaux, cruciaux pour l’approvisionnement régional, sont désormais soutenus par un financement solide incluant 26 millions de dollars canadiens en actions et une facilité de crédit de 50 millions de dollars américains, destinés à l’ingénierie et aux tests métallurgiques.
Outre-Atlantique, l’activité est tout aussi fébrile :
- Au Nevada, Eminent Gold Corporation a annoncé le 14 janvier l’expansion de son projet Hot Springs Range. La société a sécurisé 370 hectares supplémentaires, portant sa superficie totale à 4 311 hectares. Cette décision stratégique fait suite à un forage prometteur rapporté début janvier, révélant une interception de 9,2 mètres à une teneur de 3,2 g/t d’or. La zone est interprétée comme hébergeant une minéralisation de type Carlin, géologiquement très prisée.
- Dans le Wyoming, U.S. Gold Corp bénéficie d’une attention accrue des analystes. La firme H.C. Wainwright & Co. a relevé son objectif de cours le 14 janvier, citant l’achèvement de l’étude de faisabilité du projet CK Gold comme un catalyseur majeur, maintenant sa note à l’achat.
- En Colombie-Britannique, Golden Cariboo Resources Ltd. a lancé son programme d’exploration 2026 sur la propriété Quesnelle Gold Quartz, confirmant la reprise des investissements dans les juridictions minières historiques.
Alors que l’horizon économique s’assombrit pour les marchés traditionnels, l’or semble entamer l’année 2026 en position de force, soutenu à la fois par une demande d’investissement défensive et par une industrie minière en pleine expansion pour répondre à la demande future.


