Alors que les contrats à terme sur l’or et l’argent ont atteint des sommets historiques cette semaine, une correction technique s’est opérée ce jeudi. Analyse d’un marché en ébullition où le ratio or/argent se resserre considérablement, sur fond d’apaisement des tensions géopolitiques à Davos.
Le début de l’année 2026 restera gravé dans les annales des marchés financiers. Jamais les métaux précieux n’avaient atteint de tels niveaux de valorisation, confirmant leur statut de valeurs refuges dans une économie mondiale en quête de repères. Cependant, après une course effrénée vers les sommets, les cours ont marqué le pas ce jeudi 23 janvier, illustrant la volatilité inhérente aux phases de découverte de prix.
Des sommets vertigineux suivis d’une correction
La semaine a été marquée par une poussée haussière spectaculaire. Les contrats à terme sur l’or ont inscrit un nouveau record historique à 4 890,35 dollars l’once le 22 janvier. Ce seuil psychologique, impensable il y a encore quelques années, témoigne de la puissance du mouvement de fond qui porte le métal jaune. Toutefois, après avoir touché ce zénith, le marché a subi des prises de bénéfices, entraînant un repli d’environ 2,63 % dans la foulée.
L’argent métal n’est pas en reste et affiche une performance tout aussi impressionnante. Le 20 janvier, les contrats à terme sur l’argent ont établi un pic record à 95,818 dollars. Si le métal gris a tenté de tester à nouveau ces sommets deux jours plus tard, atteignant 95,439 dollars, il n’a pas trouvé l’élan nécessaire pour briser sa résistance, finissant par s’orienter à la baisse.
Le ratio or/argent : un indicateur clé en pleine mutation
Au-delà des prix nominaux, c’est l’évolution du rapport de force entre les deux métaux qui retient l’attention des investisseurs. Le ratio or/argent au comptant s’établit actuellement à 51,37.
Comprendre le ratio or/argent : Ce ratio mesure combien d’onces d’argent sont nécessaires pour acheter une once d’or. Un chiffre élevé indique que l’or est cher par rapport à l’argent, tandis qu’un chiffre bas suggère que l’argent surperforme l’or. C’est un outil privilégié par les investisseurs pour déterminer lequel des deux métaux offre le meilleur potentiel de valorisation à un instant T.
Ce niveau de 51,37 marque un resserrement significatif. À titre de comparaison, lors de la panique des marchés liée à la pandémie de COVID-19, ce ratio avait atteint un sommet historique de plus de 123 (123,3 précisément). Le retour vers la zone des 50 indique un appétit renouvelé pour l’argent métal, qui joue son double rôle d’actif monétaire et de métal industriel indispensable aux technologies vertes.
Une perspective historique : de l’Égypte antique à 2026
Si le ratio actuel semble bas comparé aux cinq dernières années, une mise en perspective historique permet de relativiser ces données. L’histoire monétaire nous enseigne que la parité entre les deux métaux a souvent été fixée par les autorités ou les usages de l’époque :
- L’Égypte ancienne : Sous le règne de Ménès, premier roi d’Égypte (vers -3200), le ratio était fixé à 2,5 pour 1, l’argent étant alors plus rare et précieux que l’or dans cette région.
- La Rome antique : L’Empire avait établi un ratio de 8 pour 1.
- L’ère moderne : Le Coinage Act de 1792 aux États-Unis avait fixé ce rapport à 15 pour 1, standardisant le bimétallisme pour une longue période.
Le niveau actuel de 51 reste donc historiquement élevé par rapport aux standards millénaires, laissant théoriquement une marge de progression importante à l’argent si un retour aux moyennes historiques devait s’opérer.
Un contexte géopolitique qui souffle le chaud et le froid
Les mouvements de prix de cette semaine ne peuvent être isolés du contexte international. Le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, a été le théâtre d’interventions politiques majeures influençant le sentiment de marché.
Le président américain Donald Trump y a tenu un discours le 21 janvier, s’attachant notamment à apaiser les tensions diplomatiques concernant le Groenland. Cette détente relative sur le front géopolitique a pu encourager certains investisseurs à « vendre la nouvelle », contribuant au repli technique observé sur l’or après son record. Lorsque l’incertitude diminue, la prime de risque intégrée au cours de l’or tend parfois à se contracter à court terme.
Malgré cette correction ponctuelle, les fondamentaux du marché demeurent robustes. Entre politique monétaire, demande physique et ajustements techniques, l’or et l’argent continuent de naviguer en terres inconnues, obligeant les investisseurs européens et belges à une vigilance accrue sur la gestion de leur patrimoine.


