Une hausse de taux déjà largement anticipée n’a pas fait décrocher l’or. Le métal précieux a légèrement rebondi le 17 septembre, après la dernière décision de la Réserve fédérale américaine (Fed), ce qui illustre sa capacité de résistance dans un environnement pourtant moins favorable aux actifs ne versant pas de revenu.

La Fed a relevé ses taux d’intérêt, une décision que les marchés avaient presque entièrement intégrée dès la veille. Les investisseurs anticipaient une hausse de 25 points de base, soit 0,25 point de pourcentage, la première depuis juillet 2023. Lorsqu’une décision est déjà attendue, son annonce provoque souvent une réaction plus limitée sur les marchés : le prix des actifs l’a, en partie, déjà incorporée.

Pourquoi des taux plus élevés pèsent habituellement sur l’or

L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Son détenteur espère donc un gain lié à l’évolution de son prix, mais ne perçoit pas de revenu régulier. À l’inverse, des taux plus hauts peuvent rendre les obligations et les placements monétaires plus attractifs.

Ce mécanisme accroît le coût d’opportunité de la détention d’or : conserver du métal signifie renoncer à un rendement potentiellement plus élevé sur d’autres placements considérés comme relativement sûrs. Des taux américains plus élevés soutiennent aussi souvent le dollar. Or, l’or étant généralement coté en dollars, un billet vert plus fort peut rendre le métal plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres devises, dont l’euro.

Malgré ce contexte, le cours de l’or a tenu. Cette résistance peut traduire une demande persistante pour un actif perçu comme une réserve de valeur, notamment lorsque les investisseurs restent attentifs à l’inflation, aux tensions géopolitiques et à la trajectoire future des finances publiques.

Les rendements obligataires restent sous surveillance

Les rendements des emprunts d’État américains à dix ans auraient atteint, le 16 septembre, leur niveau le plus élevé depuis 2007, d’après XTB. Un rendement obligataire correspond au revenu annuel rapporté au prix de l’obligation. Lorsqu’il monte, les obligations deviennent en principe plus compétitives face à l’or.

Cette hausse ne constitue toutefois pas automatiquement une mauvaise nouvelle pour le métal jaune. Des rendements élevés peuvent aussi refléter les inquiétudes des marchés sur l’inflation, la dette publique ou la crédibilité des politiques monétaires. Dans ce cas, une partie des investisseurs peut conserver une exposition à l’or comme instrument de diversification.

La BCE resserre également sa politique

En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a elle aussi augmenté ses trois taux directeurs de 25 points de base à partir du 16 septembre. Le taux de refinancement principal s’établit à 2,65 %, le taux de dépôt à 2,50 % et le taux de prêt marginal à 2,90 %.

Les taux directeurs sont les taux auxquels une banque centrale encadre le financement des banques commerciales. Leur relèvement tend à renchérir le crédit pour les ménages et les entreprises afin de freiner la demande et, à terme, l’inflation.

L’inflation annuelle en zone euro aurait accéléré à 3,3 % en août, après 2,9 % en juillet, sous l’effet principal de l’énergie. Cette évolution aurait contribué à justifier le nouveau tour de vis de la BCE.

Pour les épargnants belges et européens, l’évolution du prix de l’or dépendra donc à la fois du niveau des taux, de l’euro face au dollar et de la capacité des banques centrales à ramener l’inflation sous contrôle. La résistance actuelle du métal montre que la hausse des taux ne suffit pas, à elle seule, à écarter son rôle de valeur refuge.

Observateur des relations internationales, Thomas étudie l’influence des tensions géopolitiques et des politiques monétaires sur l’or.

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