4 333 dollars pour l’or, moins de 1 800 dollars pour le platine : les deux métaux précieux reculent à l’approche du quatrième trimestre, mais leurs perspectives divergent. L’or paraît mieux armé pour un épargnant qui recherche une protection du capital, tandis que le platine resterait davantage exposé au ralentissement anticipé de la demande industrielle et automobile.

Le choix ne se réduit toutefois pas à la performance récente. L’or et le platine réagissent tous deux aux taux d’intérêt, mais ils n’ont pas la même fonction dans un portefeuille. L’or est avant tout un actif de réserve et de diversification. Le platine est un métal précieux à forte utilisation industrielle, notamment dans l’automobile et la joaillerie.

Les taux pèsent sur les deux métaux

L’or au comptant évoluait autour de 4 333 dollars l’once le 11 septembre, après une baisse d’environ 1,9 % en vingt-quatre heures. Le rendement de l’emprunt américain à dix ans a atteint 4,97 %, tandis qu’une progression plus forte du prix à la production américain en août a alimenté les anticipations de resserrement de la Réserve fédérale américaine.

Un rendement obligataire est le taux de rémunération offert par une obligation. Lorsqu’il augmente, les placements portant intérêt deviennent relativement plus attractifs face à l’or ou au platine, qui ne versent ni coupon ni dividende. Le dollar ferme ajoute généralement une pression supplémentaire, car les métaux sont cotés en dollars.

Le platine a subi le même mécanisme. Il est passé sous 1 800 dollars l’once le 10 septembre, à son plus bas niveau depuis plus d’une semaine. Les flux d’investissement de court terme, la hausse du taux directeur de la Banque centrale européenne et les paris sur de nouveaux relèvements de taux américains ont pesé sur le marché.

Cette faiblesse immédiate ne suffit pas, à elle seule, à décider d’un achat ou d’une vente. Elle rappelle surtout que le quatrième trimestre pourrait rester volatil si l’inflation et les rendements obligataires demeurent élevés.

L’or bénéficie encore d’acheteurs structurels

L’or conserverait un avantage important : sa demande ne dépend pas seulement des investisseurs à court terme. Les fonds cotés adossés physiquement à l’or, appelés ETF, auraient enregistré 121 tonnes d’entrées nettes en août. Leurs avoirs mondiaux atteindraient ainsi 4 189 tonnes, pour 18 milliards de dollars d’entrées nettes.

Un ETF physique permet d’investir en Bourse dans un produit censé détenir de l’or en réserve. Ces entrées signalent une demande financière, même si elles ne garantissent jamais l’évolution future des cours.

Les banques centrales apporteraient aussi un soutien. Elles auraient acheté net 23 tonnes d’or en juillet, principalement via la Chine et la Pologne. Depuis janvier, les achats nets déclarés atteindraient environ 130 tonnes. Ces institutions cherchent notamment à diversifier leurs réserves et à limiter leur dépendance à certaines monnaies.

Cette demande de réserve distingue l’or du platine. Elle peut amortir une phase de correction liée à la hausse des taux, sans pour autant empêcher des baisses temporaires. Fin août, l’or évoluait autour de 4 600 dollars après avoir corrigé depuis un sommet historique de 5 598 dollars l’once, selon des données qui restent à confirmer.

Le platine fait face à un risque de surplus

Le tableau fondamental du platine serait plus fragile pour la fin de l’année. Le World Platinum Investment Council aurait revu sa prévision 2026 : le marché passerait d’une attente de quatrième déficit annuel consécutif à un surplus, c’est-à-dire une offre supérieure à la demande.

Cette révision reposerait sur une baisse attendue de 18 % de la demande totale. La demande de bijoux en Chine chuterait de 32 %, tandis que celle des constructeurs automobiles diminuerait de 6 %.

Cette donnée est déterminante. Contrairement à l’or, le platine dépend fortement des débouchés industriels. Il est utilisé dans les catalyseurs automobiles, des dispositifs qui contribuent à réduire certaines émissions polluantes, ainsi que dans la chimie, l’électronique et la joaillerie. Une moindre activité automobile ou une baisse des achats de bijoux peut donc affecter directement son prix.

Un surplus n’implique pas mécaniquement une chute durable des cours. L’offre minière, concentrée dans quelques pays, et les aléas de production peuvent rapidement modifier l’équilibre. Mais à l’approche du quatrième trimestre, ce scénario réduirait l’argument d’une pénurie imminente de platine.

Quel métal privilégier selon son objectif ?

Pour un épargnant belge ou européen dont l’objectif principal est la préservation du capital, l’or paraît le choix le plus cohérent à ce stade. Ses moteurs sont plus diversifiés : demande des banques centrales, intérêt des ETF, fonction de valeur refuge et rôle de diversification face aux risques monétaires ou géopolitiques.

Le platine pourrait convenir à un investisseur acceptant une volatilité plus élevée et une exposition plus directe au cycle industriel. Son passage sous 1 800 dollars peut susciter l’intérêt d’investisseurs recherchant un point d’entrée, mais le risque de surplus anticipé incite à la prudence. Un achat progressif, plutôt qu’un investissement effectué en une seule fois, limiterait le risque d’acheter juste avant une nouvelle baisse.

Pour les deux métaux, il convient de distinguer le prix affiché en dollars de la facture réelle en euros. Le taux de change euro-dollar, la prime sur les pièces ou lingots, les frais de livraison et le cadre fiscal peuvent modifier sensiblement le rendement final.

Le quatrième trimestre s’ouvre donc avec un avantage fondamental pour l’or, malgré sa correction de court terme. Le platine conserve un potentiel plus spéculatif, mais son évolution dépendra davantage de la confirmation ou non du ralentissement de la demande chinoise et automobile.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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