Plus de 20 % de baisse depuis un record historique : la correction de l’or relance une question centrale pour les épargnants. Le métal jaune reste-t-il un placement intéressant ? Invité de l’émission Tout pour investir sur BFM Business, le 10 juillet 2026, Laurent Schwartz a estimé que l’or conservait des atouts solides malgré le recul récent des cours.
L’or avait franchi en début d’année un sommet supérieur à 5 000 dollars l’once. Une once d’or correspond à 31,1 grammes, l’unité de référence sur les marchés internationaux. Depuis ce pic, le cours a corrigé de plus de 20 %. Fin juin, il s’établissait à 3 532,46 euros l’once, après une baisse d’environ 10 % sur le seul mois de juin en euros.
Une correction après deux années exceptionnelles
La baisse récente intervient après une hausse très rapide. Le prix de l’or avait progressé de 45 % en 2024, puis de 35 % en 2025. Cette envolée avait attiré de nombreux investisseurs, parfois poussés par le FOMO, acronyme anglais de Fear Of Missing Out. Il désigne la peur de « rater » une hausse et d’acheter trop tard.
Plusieurs facteurs expliquent la correction de juin. Les marchés ont anticipé une politique monétaire plus restrictive de la Réserve fédérale américaine. Une politique monétaire désigne les décisions d’une banque centrale sur les taux d’intérêt et la quantité de monnaie en circulation. Des taux plus élevés rendent souvent l’or moins attractif, car le métal ne verse ni intérêt ni dividende.
Des prises de bénéfices ont aussi pesé sur les prix. Ce terme signifie que des investisseurs vendent après une forte hausse pour sécuriser leurs gains. Un apaisement géopolitique après un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran a également réduit, au moins temporairement, la demande de protection.
Les banques centrales restent un soutien majeur
Pour Laurent Schwartz, le soutien le plus structurel vient des banques centrales. Ces institutions gèrent les réserves monétaires des États. Elles détiendraient près de 20 % des stocks mondiaux d’or et poursuivent leurs achats afin de diversifier leurs réserves.
La diversification consiste à ne pas concentrer son patrimoine ou ses réserves dans un seul actif, comme le dollar, les obligations ou les actions. Dans le cas des États, cette stratégie s’inscrit aussi dans un mouvement de dédollarisation. Ce terme désigne la volonté de réduire la dépendance au dollar américain dans les échanges et les réserves internationales.
Selon une enquête du World Gold Council, 45 % des banques centrales envisagent d’augmenter leurs avoirs en or. Neuf sur dix anticipent une hausse de la part de l’or dans leurs réserves au cours des douze prochains mois. L’or est recherché pour sa liquidité, c’est-à-dire sa capacité à être acheté ou vendu facilement, mais aussi pour l’absence de risque de défaut. Contrairement à une obligation, l’or ne dépend pas de la capacité d’un émetteur à rembourser sa dette.
Une valeur refuge, mais pas sans volatilité
L’or reste souvent présenté comme une valeur refuge. Cela signifie qu’il tend à être recherché lorsque les marchés financiers, les monnaies ou la situation géopolitique inspirent moins confiance. Les déficits budgétaires élevés, les tensions internationales et l’incertitude sur les politiques monétaires continuent donc de soutenir son attrait.
Mais cette fonction ne supprime pas les baisses de court terme. L’or peut protéger un patrimoine dans la durée tout en connaissant des corrections rapides. Pour un épargnant belge ou européen, le prix en euros dépend aussi du taux de change entre l’euro et le dollar, puisque l’or est coté internationalement en dollars.
Les prévisions restent contrastées. Certaines projections de marché évoqueraient une baisse modérée ou plus marquée d’ici décembre 2026, autour de 4 000 dollars l’once. D’autres scénarios de long terme envisageraient une progression beaucoup plus forte à l’horizon 2030. Ces estimations restent dépendantes de la politique monétaire, de la demande des banques centrales et de la géopolitique.
Ce que les particuliers doivent retenir
Pour un particulier, l’or ne se résume pas à une anticipation de prix. Il peut servir à diversifier un patrimoine, à se protéger contre certains chocs et à conserver une valeur tangible. L’or physique désigne les pièces et lingots réellement détenus, par opposition aux produits financiers adossés à l’or.
La correction récente peut donc être lue de deux façons : comme un signal de prudence après une forte hausse, ou comme un point d’entrée plus raisonnable pour les investisseurs de long terme. Le message de Laurent Schwartz sur BFM Business s’inscrit dans cette seconde lecture : malgré la baisse, les moteurs fondamentaux du marché n’ont pas disparu.
La décision d’achat dépend toutefois de l’horizon de placement, du niveau de patrimoine déjà exposé à l’or et de la tolérance à la volatilité. L’or reste un outil de diversification, pas une garantie de gain rapide.



