115,03 euros le gramme : l’or n’a cédé que 0,3 % entre le 26 et le 30 octobre, alors que les marchés anticipent une Réserve fédérale américaine plus stricte. Le métal jaune avait pourtant atteint 117,32 euros le gramme au plus haut de la semaine avant de refluer.

Cette résistance est notable dans un environnement normalement défavorable à l’or. Les taux d’intérêt élevés augmentent en effet le rendement des placements obligataires et monétaires, tandis que l’or physique ne verse ni intérêt ni coupon. Le mouvement a toutefois été nettement moins marqué que pour l’argent, en baisse de 4,3 % sur la semaine.

Des données américaines qui plaident pour des taux plus élevés

Les statistiques publiées aux États-Unis le 29 octobre ont conforté le scénario d’un nouveau durcissement monétaire de la Fed. Le produit intérieur brut américain a progressé de 3,4 % en rythme annualisé au troisième trimestre, contre 3,2 % attendus par le consensus.

Dans le même temps, l’indice PCE, indicateur d’inflation particulièrement suivi par la Fed, a augmenté de 0,5 % sur un mois et de 3,6 % sur un an. L’inflation sous-jacente, qui exclut notamment les variations de l’énergie et de l’alimentation, s’établissait à 3,1 % sur un an.

Une économie plus robuste et une inflation persistante renforcent l’idée d’une hausse des taux dès décembre. Pour l’or, la pression vient du coût d’opportunité : détenir un actif sans revenu devient moins attractif lorsque les obligations offrent des rendements plus élevés.

En zone euro, ce frein demeure également présent. Le rendement de l’OAT française à dix ans s’établissait à 4,44 %, tandis que la Banque centrale européenne maintient son taux directeur à 2,65 % et son taux de dépôt à 2,5 % depuis le 16 septembre.

L’euro ajoute une pression sur le prix exprimé en euros

L’évolution des changes a aussi pesé sur le cours suivi par les épargnants belges et français. L’euro se serait apprécié de 1,58 % face au dollar vendredi.

L’or est majoritairement coté en dollars sur les marchés internationaux. Lorsqu’un euro plus fort permet d’acheter davantage de dollars, la valeur en euros d’une once d’or tend mécaniquement à diminuer, à prix inchangé en dollars. Cet effet de conversion aurait donc amplifié le recul du métal exprimé en euros.

L’argent décroche, le ratio or/argent se tend

L’écart avec l’argent illustre la relative solidité de l’or. Le métal gris est passé de 1,551 euro à 1,480 euro le gramme entre le 26 et le 30 octobre, soit une baisse de 4,3 %. Sur un mois, son repli atteindrait environ 13,7 %.

Cette plus forte volatilité s’explique par le double rôle de l’argent. Il est à la fois un métal précieux et une matière première industrielle. Les craintes sur la demande industrielle peuvent donc s’ajouter aux effets des taux élevés.

Le ratio or/argent aurait ainsi atteint 77,7, contre 68,8 un mois auparavant. Ce ratio indique le nombre de grammes d’argent nécessaires pour acheter un gramme d’or : sa hausse signifie que l’argent baisse plus vite que l’or.

Les risques géopolitiques apportent un soutien partiel

Les tensions persistantes au Moyen-Orient auraient limité la baisse de l’or. Des signaux diplomatiques autour de l’Iran coexistent avec des risques de nouvelles tensions, notamment au Yémen et dans le détroit d’Ormuz. L’Iran aurait notamment évoqué des pétroliers touchés par des mines dans ce passage stratégique pour le commerce pétrolier mondial.

Dans ce type de contexte, l’or conserve son rôle d’actif refuge : certains investisseurs peuvent y chercher une protection contre une dégradation brutale du risque géopolitique ou financier. Ce soutien n’a pas suffi à provoquer une hausse marquée, mais il aurait contribué à amortir l’effet des anticipations de taux.

Le recul hebdomadaire ne remet pas, à lui seul, en cause la tendance plus large. Au 30 octobre, l’or restait en hausse de 2,1 % sur trois mois et de 1,8 % sur quatre mois, malgré une baisse de 2,4 % sur un mois. Pour les épargnants, la semaine souligne surtout que l’or demeure sensible aux taux et au dollar, tout en conservant une capacité de résistance lorsque les incertitudes géopolitiques restent élevées.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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