À 4 067 dollars l’once, l’or entre dans une semaine charnière : la prochaine impulsion devrait venir de la Réserve fédérale américaine et de l’évolution des tensions au Moyen-Orient. Le marché mondial du métal jaune reste pris entre deux forces opposées. D’un côté, des taux d’intérêt élevés aux États-Unis et un dollar ferme limitent son attractivité. De l’autre, les achats des banques centrales et le risque géopolitique continuent de soutenir les cours.

Pour les investisseurs européens et belges, l’enjeu est double. Le prix de l’or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Une variation du billet vert peut donc amplifier ou réduire le mouvement une fois converti en euros. L’once troy, l’unité de référence pour l’or d’investissement, équivaut à 31,103 grammes.

La Fed reste le premier moteur de court terme

La pression principale vient toujours de la politique monétaire américaine. La Réserve fédérale, ou Fed, est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment ses taux directeurs, c’est-à-dire le coût auquel l’argent circule dans l’économie.

Lorsque ces taux restent élevés, les obligations et les placements monétaires deviennent plus attractifs, car ils versent un rendement. L’or, lui, ne produit ni intérêt ni dividende. Il dépend surtout de sa valeur de marché et de son rôle de réserve. C’est pourquoi des taux élevés pèsent souvent sur le métal jaune à court terme.

Cette mécanique se traduit aussi par des sorties de capitaux des ETF aurifères. Un ETF, ou fonds coté en Bourse, permet d’investir indirectement dans l’or sans acheter de lingots ni de pièces. Quand les investisseurs privilégient les actifs rémunérés, ces fonds peuvent enregistrer des retraits, ce qui exerce une pression vendeuse sur le cours.

Au 27 juillet 2026, l’or évolue autour de 4 067 dollars l’once. Ce niveau reflète une phase d’attente. Les acheteurs ne disparaissent pas, mais ils restent prudents tant que la Fed ne donne pas de signal clair sur une baisse future des taux.

Le dollar fort freine les acheteurs hors États-Unis

Le dollar américain joue également un rôle central. Comme l’or est principalement coté en dollars, un billet vert fort renchérit mécaniquement l’achat pour les investisseurs utilisant d’autres monnaies.

Ce phénomène concerne notamment l’Asie, avec l’Inde et la Chine, deux grands marchés de consommation et d’investissement en or. Lorsque leur monnaie baisse face au dollar, le prix local du métal augmente. La demande peut alors ralentir.

Pour un épargnant belge ou français, l’effet est similaire. Une hausse de l’or en dollars peut être renforcée par une baisse de l’euro face au dollar. À l’inverse, un euro plus fort peut limiter le gain exprimé en monnaie européenne.

Le Moyen-Orient réduit la prime refuge, mais le risque demeure

Le deuxième facteur immédiat est géopolitique. En juillet 2026, la détente relative au Moyen-Orient, avec des signaux diplomatiques entre Washington et Téhéran, réduit la volatilité. Cette accalmie diminue la prime refuge de l’or.

La prime refuge désigne le supplément de prix que les investisseurs sont prêts à payer lorsqu’ils cherchent une protection contre un choc : guerre, crise bancaire, inflation extrême ou instabilité politique. L’or bénéficie souvent de ce statut, car il n’est pas la dette d’un État ou d’une entreprise.

La détente actuelle pèse donc modérément sur les cours. Mais l’équilibre reste fragile. Tout regain de tension dans la région pourrait relancer rapidement la demande de protection et soutenir le métal jaune.

Les banques centrales soutiennent le marché en profondeur

À moyen terme, le principal soutien reste l’accumulation d’or par les banques centrales. Plusieurs institutions monétaires, notamment en Chine, en Inde, en Russie et dans d’autres marchés émergents, renforcent leurs réserves.

Cette stratégie répond à deux objectifs. Le premier est la diversification : ne pas dépendre uniquement du dollar, de l’euro ou des obligations souveraines. Le second est la dédollarisation, c’est-à-dire la volonté de réduire le poids du dollar dans les réserves officielles.

Ces achats sont importants, car ils concernent de l’or physique, conservé comme réserve stratégique. Ils ne réagissent pas toujours aux variations quotidiennes du marché. Ils créent donc un soutien structurel, même lorsque les investisseurs financiers vendent à court terme.

Des prévisions très divergentes pour 2026

Les anticipations restent toutefois contrastées. Goldman Sachs maintiendrait un objectif de 4 900 dollars l’once d’ici fin 2026, malgré une correction qui aurait approché 30 % depuis fin janvier. La banque mettrait en avant la demande persistante des banques centrales pour justifier cette perspective haussière.

D’autres modèles seraient plus prudents. WalletInvestor anticiperait une baisse progressive, avec un prix proche de 3 943 dollars en décembre 2026. LongForecast envisagerait un repli plus marqué, vers 3 459 dollars en fin d’année, soit une baisse importante sur l’ensemble de 2026.

Ces écarts montrent que le marché dépend fortement des hypothèses retenues : trajectoire des taux américains, vigueur du dollar, achats officiels, demande asiatique et niveau de stress géopolitique. Des prévisions de très long terme, comme celles attribuées à CoinPriceForecast, iraient même jusqu’à envisager des niveaux beaucoup plus élevés à horizon 2035. Elles doivent être lues avec prudence, car plus l’horizon est lointain, plus l’incertitude augmente.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

À court terme, trois indicateurs dominent. Le premier est le message de la Fed. Une banque centrale américaine plus souple pourrait affaiblir le dollar et réduire l’attrait des placements rémunérés, ce qui soutiendrait l’or. À l’inverse, un ton restrictif prolongé pourrait maintenir la pression.

Le deuxième indicateur est le Moyen-Orient. Une poursuite de la détente réduirait la prime de risque. Une nouvelle escalade pourrait la réactiver.

Le troisième est la demande réelle, notamment celle des banques centrales et des acheteurs asiatiques. Si ces flux restent solides, ils pourraient amortir les corrections.

L’or reste donc dans une zone d’hésitation. Le métal jaune n’a pas perdu ses soutiens de fond, mais son évolution immédiate dépendra surtout du signal monétaire américain et du niveau de risque géopolitique. Pour un investisseur européen, la prudence consiste à suivre à la fois le cours en dollars, le taux de change euro-dollar et les primes appliquées aux pièces et lingots physiques.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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