Plus de 55 € l’once d’argent, un or qui resterait proche de niveaux élevés en dollars : le marché des métaux précieux reprend de la vigueur début août 2026. La question revient donc pour les épargnants belges et francophones : faut-il acheter maintenant de l’or ou de l’argent ?

La réponse tient en une nuance. La tendance récente serait redevenue haussière, soutenue par des anticipations de taux d’intérêt moins agressives aux États-Unis et par un contexte géopolitique toujours instable. Mais l’or comme l’argent restent des actifs volatils. Un investissement peut se justifier dans une logique de protection du capital, à condition d’éviter l’achat impulsif.

Pourquoi l’or et l’argent repartiraient à la hausse

Les cours de l’or et de l’argent auraient fortement progressé la semaine précédente, après une correction et un premier semestre plus hésitant. Une correction désigne une baisse marquée après une phase de hausse, souvent liée à des prises de bénéfices. Les investisseurs vendent alors une partie de leurs positions pour sécuriser leurs gains.

Le moteur principal serait monétaire. La baisse du nombre d’emplois créés aux États-Unis en juillet aurait réduit la crainte de nouvelles fortes hausses des taux d’intérêt. Pour l’or, ce point est central. Le métal jaune ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les taux montent, les obligations deviennent plus attractives. Lorsque les taux semblent se stabiliser ou baisser, l’or retrouve de l’intérêt.

Dans une intervention rapportée par 7sur7, l’expert financier Pascal Paepen estime qu’il vaudrait mieux suivre la tendance actuelle plutôt que tenter d’aller à contre-courant. Cette lecture reste une opinion de marché, pas une garantie de performance.

Un marché encore très instable

En 2026, l’or aurait connu une trajectoire particulièrement heurtée. Le cours aurait atteint un sommet historique autour de 5 598 dollars l’once avant de corriger de plus de 29 %. Il évoluerait désormais autour de 4 000 à 4 333 dollars l’once, selon les estimations de marché disponibles.

Une once troy, unité utilisée pour l’or et l’argent, correspond à 31,103 grammes. Le prix spot désigne le prix pour une livraison immédiate sur le marché international.

Cette volatilité s’expliquerait par un affrontement entre forces haussières et baissières. Côté haussier : les achats des banques centrales, la recherche de valeur refuge, les tensions géopolitiques et la dédollarisation, c’est-à-dire la volonté de certains pays de réduire leur dépendance au dollar américain. Côté baissier : un dollar fort, des rendements obligataires élevés et des prises de bénéfices rapides.

Les taux et le dollar restent les arbitres du marché

Le principal risque à court terme viendrait encore des taux américains. Le rendement des obligations américaines à 10 ans serait proche de 4,69 %, tandis que l’indice DXY, qui mesure la force du dollar face à un panier de grandes devises, serait autour de 99,462.

Ces deux éléments pèsent sur l’or. Un dollar fort rend le métal plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises. Des rendements obligataires élevés augmentent le coût d’opportunité : l’argent placé en or ne rapporte pas d’intérêt, contrairement à une obligation.

Certains scénarios de marché envisageraient ainsi une correction de l’or dans les 30 prochains jours, avec une zone possible entre 3 950 et 4 200 dollars l’once. Cette prévision reste probable, non certaine. Elle plaide pour la prudence, surtout en cas d’achat important en une seule fois.

L’argent attire, mais fluctue davantage

L’argent présente un profil différent de l’or. Il s’agit à la fois d’un métal précieux et d’une matière première industrielle. Il est utilisé dans l’électronique, le solaire et plusieurs technologies liées à la transition énergétique.

Au 10 août 2026, le cours de l’argent en euro s’établit à 55,39 € l’once. La période récente affiche toutefois une baisse d’environ 13,72 %, signe d’un marché sensible aux conditions économiques et monétaires.

Cette double nature rend l’argent attractif pour diversifier un patrimoine, mais aussi plus volatil. Quand l’activité industrielle ralentit, la demande peut se contracter. Quand les besoins technologiques augmentent, le métal peut au contraire bénéficier d’un soutien structurel.

Acheter maintenant : oui, mais avec méthode

Pour un investisseur particulier, la question n’est pas seulement de savoir si l’or ou l’argent vont monter demain. L’enjeu est plutôt de déterminer le rôle de ces métaux dans un patrimoine.

L’or peut servir de valeur refuge, c’est-à-dire un actif recherché lors des crises financières, géopolitiques ou monétaires. L’argent peut ajouter un potentiel de hausse lié à la demande industrielle, avec un risque plus élevé.

Une approche prudente consiste à investir progressivement. Cette méthode réduit le risque d’acheter au plus haut. Elle peut passer par plusieurs achats étalés dans le temps, plutôt qu’un ordre unique après une forte hausse.

Pour les épargnants belges, la forme choisie compte aussi. L’or d’investissement physique, comme certaines pièces et lingots répondant à des critères précis, bénéficie généralement d’un régime TVA favorable dans l’Union européenne. L’argent physique, lui, peut être soumis à une fiscalité différente selon la forme du produit et le pays de livraison. Une vérification avant achat reste indispensable.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Trois indicateurs méritent une attention particulière : les décisions des banques centrales, l’évolution du dollar et les rendements des obligations américaines. Une baisse des taux longs pourrait soutenir les métaux précieux. À l’inverse, un regain d’inflation ou un durcissement monétaire pèserait sur les cours.

Les tensions au Moyen-Orient et les achats des banques centrales pourraient également maintenir une demande de refuge. Certains analystes minoritaires envisageraient même une phase d’euphorie haussière pour l’or et l’argent, alimentée par la baisse des taux, la dépréciation des devises et la montée des risques systémiques. Ce scénario reste spéculatif.

Le rebond actuel ouvre une fenêtre d’intérêt, mais pas un signal d’achat automatique. L’or et l’argent peuvent protéger une partie du capital, à condition de respecter une allocation raisonnable, d’accepter la volatilité et de privilégier une stratégie graduelle. Dans un marché aussi nerveux, la patience reste souvent aussi précieuse que le métal lui-même.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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