2,9 % : c’est la croissance mondiale attendue en 2026 par l’OCDE. Le chiffre a été légèrement relevé, mais il ne dissipe pas les fragilités qui entourent l’économie mondiale. Dans ce contexte, l’or pourrait conserver des soutiens même si l’activité ralentissait nettement.
Le métal jaune possède en effet une particularité : il répond à plusieurs moteurs qui ne vont pas toujours dans la même direction. La demande d’investissement tend à progresser lorsque l’incertitude financière ou géopolitique augmente. La joaillerie et certaines utilisations technologiques peuvent, elles, être davantage portées par une économie dynamique. Cette combinaison rend l’or moins dépendant d’un seul scénario conjoncturel.
Une croissance relevée, mais sous conditions
Le 23 septembre, l’OCDE a relevé sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 2,9 %, contre 2,8 % dans son estimation de juin. L’organisation constate que l’économie a ralenti au premier semestre, tout en résistant mieux que prévu à une succession de chocs.
Cette amélioration reste précaire. L’OCDE souligne la dépendance de ses perspectives à un règlement durable du conflit au Moyen-Orient, à l’évolution des prix de l’énergie et aux tensions commerciales. Des perturbations agricoles ou énergétiques pourraient aussi peser sur l’offre et raviver les prix.
Pour l’or, ce type d’environnement compte autant que le niveau de croissance. Le métal est souvent qualifié de valeur refuge, c’est-à-dire d’actif recherché par certains investisseurs lorsqu’ils cherchent à réduire leur exposition aux actions, aux devises ou aux risques géopolitiques. Cette fonction ne garantit toutefois ni hausse du cours ni protection immédiate contre toute perte.
Inflation et taux élevés : un équilibre moins simple
L’OCDE prévoit une inflation encore élevée à court terme sous l’effet des matières premières. Dans le G20, l’inflation globale passerait de 4,1 % en 2026 à 3,6 % en 2027.
L’inflation désigne la hausse générale des prix. Lorsqu’elle s’installe, elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie. L’or ne verse ni intérêt ni dividende, mais il peut intéresser des épargnants qui veulent détenir une part de patrimoine hors monnaie et hors dette.
Le frein principal demeure le niveau des taux. Les taux d’intérêt à long terme ont atteint, dans de nombreuses économies, leurs plus hauts niveaux depuis au moins quinze ans, selon l’OCDE. Un taux long est le rendement demandé pour prêter sur une longue durée, notamment à un État ou à une entreprise. Des rendements élevés peuvent rendre les obligations plus attractives face à un actif sans revenu comme l’or.
Mais cette hausse des taux reflète aussi des inquiétudes sur les finances publiques et d’importantes émissions obligataires. Autrement dit, le coût du crédit peut ralentir l’économie tout en alimentant les interrogations sur la soutenabilité des dettes. C’est ce double mouvement qui pourrait maintenir l’intérêt pour l’or, même en cas de ralentissement.
Un métal recyclable et une demande à deux visages
L’or se distingue également des matières premières consommées ou détruites, comme le pétrole. Le métal déjà extrait resterait très largement disponible : bijoux fondus, lingots revendus et composants électroniques récupérés pourraient revenir sur le marché après recyclage. Cette caractéristique limiterait sa dépendance à la seule production minière et amortirait certains chocs d’approvisionnement.
Sa demande est aussi hybride. En période de tension, les achats de pièces, lingots ou produits financiers adossés à l’or peuvent soutenir le marché. Lors des phases de croissance, la joaillerie et certains débouchés technologiques peuvent prendre davantage de relais. Cette diversité ne supprime pas la volatilité des prix, mais elle pourrait réduire la dépendance du métal à un seul cycle économique.
À titre indicatif, l’once d’or — une unité équivalant à 31,1 grammes — s’échangeait récemment autour de 3 696,4 euros, selon des données de marché non confirmées de façon indépendante. Ce niveau élevé invite aussi à la prudence : acheter après une forte progression expose au risque de correction à court terme.
L’argent reste plus lié à l’activité industrielle
La comparaison avec l’argent met en évidence la spécificité de l’or. L’once d’argent cotait récemment autour de 54,45 euros, selon les mêmes données non confirmées. Mais l’argent dépendrait davantage de la demande industrielle, notamment dans l’électronique, le photovoltaïque et l’automobile.
Il peut donc bénéficier de la transition énergétique et technologique, tout en étant plus vulnérable à une contraction de la production mondiale. L’or, dont le rôle monétaire et patrimonial est plus marqué, pourrait mieux résister à une économie mondiale en panne.
Pour un épargnant belge ou francophone, la leçon n’est pas qu’il faudrait parier sur une hausse continue. L’or reste sensible aux taux, au dollar, aux anticipations d’inflation et aux publications économiques. Une donnée qui surprend les marchés peut provoquer des mouvements rapides. Sa place éventuelle dans un patrimoine relève donc d’une logique de diversification, avec un horizon défini et une attention particulière au prix d’achat, à la prime, au stockage et à la liquidité lors de la revente.
L’économie mondiale résiste aujourd’hui, mais elle avance sur un terrain instable. C’est précisément cette incertitude durable, plus qu’une récession à elle seule, qui pourrait continuer de soutenir l’intérêt pour l’or.



