4 400 dollars l’once : le seuil attire les investisseurs, mais le vrai arbitre du marché de l’or se trouve aujourd’hui à Washington. Le Bureau of Labor Statistics publie ce 12 août, à 8h30 heure locale, le CPI américain de juillet. Cet indicateur d’inflation peut peser directement sur les anticipations de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, la Fed, et donc sur le dollar. Pour l’or, l’enjeu est clair : confirmer son statut de valeur refuge ou subir la concurrence d’un billet vert renforcé.

L’or approche 4 400 dollars, sans accélérer franchement

Le cours de l’or évolue début août 2026 à proximité de 4 400 dollars l’once, après avoir atteint ses meilleurs niveaux depuis début juin. L’once correspond à l’unité de cotation internationale de l’or, soit environ 31,1 grammes.

En euros, le métal jaune progresse d’environ 1 % au 12 août, un point important pour les épargnants belges et européens. Le prix de l’or coté en dollars ne se répercute pas toujours de la même manière en euros, car le taux de change euro-dollar modifie le prix final pour un acheteur européen.

La hausse récente s’explique surtout par les tensions géopolitiques. L’or est alors recherché comme valeur refuge, c’est-à-dire un actif vers lequel les investisseurs se tournent lorsque les risques politiques, financiers ou militaires augmentent.

Mais la progression reste freinée. Le métal précieux affronte deux concurrents puissants : le dollar américain et les rendements obligataires élevés.

Le CPI américain peut modifier les attentes sur la Fed

Le chiffre clé du jour est le CPI, ou Consumer Price Index. Il mesure l’évolution des prix payés par les consommateurs américains. En français, il s’agit de l’indice des prix à la consommation. Les marchés l’utilisent pour évaluer la trajectoire de l’inflation.

En juin 2026, l’inflation annuelle américaine atteignait 3,5 %. Les prix de l’énergie progressaient de 15,7 % sur un an, avec une hausse de 26,7 % pour l’essence. Le chiffre de juillet est donc scruté de près, car il peut confirmer ou non la persistance des pressions inflationnistes.

Pourquoi ce chiffre compte-t-il pour l’or ? Parce qu’il influence la Fed. La Réserve fédérale américaine est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe notamment les taux directeurs, c’est-à-dire les taux auxquels les banques se refinancent à court terme. Ces taux orientent ensuite le coût du crédit dans l’économie.

Le 29 juillet 2026, la Fed a maintenu son taux directeur dans une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 %. Le vote interne, à 9 voix contre 3, a montré un débat plus partagé. Une inflation supérieure aux attentes pourrait renforcer le camp favorable à une politique monétaire restrictive.

Pourquoi des taux élevés pèsent sur l’or

L’or ne verse ni intérêt ni dividende. C’est ce que les marchés appellent un actif sans rendement. Lorsque les obligations américaines offrent des rendements élevés, une partie des investisseurs préfère acheter ces titres, qui procurent un revenu régulier.

Les rendements obligataires désignent le revenu offert par une obligation, souvent émise par un État ou une entreprise. Quand ces rendements montent, le coût d’opportunité de l’or augmente : conserver de l’or devient moins attractif par rapport à un actif rémunéré.

Un CPI plus fort que prévu pourrait donc soutenir les taux américains, renforcer les rendements obligataires et pousser le dollar à la hausse. Or l’or étant coté en dollars sur les marchés internationaux, un dollar plus fort rend l’achat d’or plus coûteux pour les investisseurs utilisant d’autres devises.

À l’inverse, une inflation moins forte que prévu pourrait alléger la pression sur la Fed. Dans ce cas, les anticipations de baisse ou de stabilisation des taux pourraient affaiblir le dollar et soutenir le cours de l’or.

Le détroit d’Ormuz alimente les tensions sur le pétrole

Le contexte géopolitique reste central. Le 11 août 2026, l’Iran a annoncé que le détroit d’Ormuz resterait fermé tant que les États-Unis ne répondraient pas à plusieurs exigences, notamment liées au conflit en cours et au gel d’avoirs iraniens.

Ce passage maritime est stratégique pour le pétrole mondial. Sa fermeture réduit les flux pétroliers et entretient la tension sur les prix de l’énergie. Début août, le Brent se négocie autour de 85 à 88 dollars le baril, tandis que le WTI évolue autour de 82 dollars. L’Energy Information Administration, l’agence américaine d’information sur l’énergie, estime le Brent autour de 85 dollars en moyenne au troisième trimestre 2026.

Cette hausse du pétrole nourrit l’inflation. Elle complique donc le travail de la Fed. Pour l’or, le mécanisme est ambivalent : les tensions géopolitiques soutiennent son rôle de refuge, mais l’inflation énergétique peut pousser la banque centrale américaine à maintenir des taux élevés.

Les marchés européens restent prudents

En Europe, les investisseurs temporisent avant le CPI américain. À l’ouverture du 12 août, les grandes places boursières affichent peu de variations : Paris recule de 0,01 %, Londres de 0,01 %, Francfort gagne 0,03 % et Milan progresse de 0,25 %. À Bruxelles, le Bel20 baisse de 0,46 %.

Cette prudence montre que les marchés attendent un signal macroéconomique clair. Le CPI américain ne concerne pas seulement les États-Unis. Il influence le dollar, les taux mondiaux, les marchés actions et le prix de l’or en euros.

Les seuils techniques surveillés par les investisseurs

Le cours de l’or évolue aussi autour de niveaux dits techniques. Les investisseurs surveillent notamment les moyennes mobiles à 100 et 200 jours. Une moyenne mobile est un prix moyen calculé sur une période donnée. Elle permet de lisser les variations quotidiennes et d’identifier une tendance.

Ces zones peuvent devenir des résistances, c’est-à-dire des niveaux où le prix a du mal à progresser, car les vendeurs deviennent plus présents. Un franchissement clair de ces résistances pourrait attirer de nouveaux acheteurs. À l’inverse, un échec pourrait déclencher des prises de bénéfices.

Pour les particuliers, ces niveaux ne doivent pas être lus comme des certitudes. Ils indiquent surtout les zones où les professionnels concentrent leur attention.

Ce que les acheteurs d’or doivent surveiller

Pour un épargnant belge ou francophone, trois éléments dominent à court terme : le chiffre du CPI, la réaction du dollar et l’évolution du pétrole. Le prix en euros dépendra à la fois du cours international de l’or et du change euro-dollar.

Un dollar plus fort peut limiter la hausse de l’or en dollars, mais il peut aussi modifier le prix payé en euros. À l’inverse, une détente des taux américains peut redonner de l’air au métal jaune.

L’or reste donc pris entre deux forces. D’un côté, les tensions au Moyen-Orient et l’inflation énergétique renforcent son rôle de protection. De l’autre, la Fed et le dollar peuvent freiner son envolée. La publication du CPI américain du 12 août pourrait donner le signal que le marché attendait pour choisir sa direction.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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