Autour de 4.000 dollars l’once, l’or évoluerait près de 30 % sous son record de 5.595,47 dollars atteint en janvier 2026. Pour Goldman Sachs, cette correction refléterait surtout le retour en force des taux américains et du dollar, deux variables centrales pour un métal qui ne produit aucun revenu.

L’once troy, l’unité de cotation internationale de l’or, équivaut à 31,103 grammes. Le recul serait aussi d’environ 14 % par rapport à la fin août. Cette baisse marquée ne modifierait toutefois pas le scénario de long terme de la banque américaine : Goldman Sachs anticiperait un cours de 5.400 dollars l’once à la fin de 2027.

Des rendements plus élevés pénaliseraient le métal jaune

La première explication serait monétaire. Les marchés intégreraient des anticipations de politique restrictive de la Réserve fédérale américaine, la Fed. Lorsque les taux d’intérêt progressent, les rendements des obligations montent généralement aussi.

Ce mécanisme est déterminant pour l’or. Le métal précieux ne verse ni intérêt, ni coupon, ni dividende. Un coupon est le revenu périodique payé par une obligation ; un dividende est la part des bénéfices versée aux actionnaires. Face à des placements obligataires mieux rémunérés, conserver de l’or peut donc sembler moins attractif.

C’est ce que les économistes appellent le coût d’opportunité : le rendement auquel un investisseur renonce en privilégiant l’or plutôt qu’un actif rémunéré. La hausse des rendements réels américains pèserait ainsi sur le prix du métal.

Un rendement réel correspond au rendement obtenu après prise en compte de l’inflation. S’il augmente, il peut renforcer l’attrait des obligations et réduire la demande pour l’or à court terme.

Un dollar plus fort rend l’or moins accessible hors des États-Unis

Le raffermissement du dollar constituerait le deuxième facteur de pression. L’or est coté mondialement en dollars. Lorsque la devise américaine gagne du terrain, il devient plus cher pour les acheteurs dont la monnaie est l’euro, le franc suisse ou d’autres devises.

Depuis l’éclatement du conflit au Moyen-Orient, le dollar se serait renforcé. Cette évolution pourrait avoir freiné la demande internationale et contribué à la correction des cours.

Pour un épargnant belge, il faut distinguer le cours de l’or en dollars et le prix effectivement payé en euros. Un dollar fort peut amortir ou accentuer le mouvement du métal selon l’évolution du taux de change euro-dollar. Le prix final dépend aussi de la prime appliquée aux pièces ou aux lingots, c’est-à-dire l’écart entre le cours du métal et le prix de vente du produit physique.

Goldman Sachs parie sur une détente monétaire en 2027

Malgré ce contexte défavorable, Goldman Sachs prévoirait un rebond vers 5.400 dollars l’once fin 2027. Cette projection reposerait sur l’hypothèse de trois baisses de taux de la Fed entre septembre 2027 et mars 2028.

Des taux moins élevés réduiraient le coût d’opportunité de l’or. Ils pourraient également peser sur les rendements obligataires et, éventuellement, sur le dollar. Ces trois effets seraient susceptibles de redonner de l’élan au métal précieux.

Cette prévision reste néanmoins conditionnée à un scénario macroéconomique précis. Elle ne constitue pas une certitude ni une garantie de prix : l’inflation, la croissance américaine, les décisions de la Fed et les tensions géopolitiques peuvent modifier rapidement l’équilibre du marché.

Des estimations très éloignées pour la fin 2026

L’incertitude demeure visible dans les projections de court terme. Libertex relaie une estimation de WalletInvestor à 4.315,01 dollars l’once à la fin décembre 2026. LongForecast envisagerait au contraire un niveau de 3.615 dollars.

Cet écart de près de 700 dollars illustre la difficulté d’anticiper un marché fortement dépendant des taux, du dollar et du climat géopolitique. Les modèles ne reposent pas tous sur les mêmes hypothèses économiques.

Pour les investisseurs, la récente baisse rappelle qu’un record de prix n’empêche pas une correction rapide. La trajectoire de l’or dépendra désormais largement de la question centrale : les rendements américains resteront-ils durablement élevés, ou la Fed amorcera-t-elle finalement le cycle de baisse de taux attendu par Goldman Sachs ?

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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