4 450 dollars, puis moins de 4 400 dollars. Le cours de l’or a changé de direction le 13 août 2026 après avoir touché un sommet journalier proche de 4 450 dollars l’once. Le métal jaune est repassé sous le seuil symbolique des 4 400 dollars, sous l’effet de prises de bénéfices et d’un dollar américain plus ferme.

Le mouvement concerne le marché mondial de l’or, coté en dollars sous la référence XAU/USD. XAU désigne l’or sur les marchés financiers, tandis que USD désigne le dollar américain. L’once utilisée pour l’or est l’once troy, soit environ 31,1 grammes.

La Fed pèse sur le cours de l’or

Le principal facteur de pression vient des anticipations de politique monétaire aux États-Unis. Le CME FedWatch Tool, un outil qui mesure les attentes des marchés à partir des contrats à terme sur les taux d’intérêt, évalue autour de 80 % à 83 % la probabilité d’une hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine d’ici la fin 2026.

Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour orienter le coût du crédit dans l’économie. Quand ils montent, les placements rémunérés, comme certaines obligations ou liquidités en dollars, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. C’est ce que les investisseurs appellent le coût d’opportunité : conserver de l’or devient relativement moins intéressant si d’autres actifs rapportent davantage.

Cette mécanique explique pourquoi les paris sur une Fed plus restrictive peuvent peser sur l’or à court terme. Un dollar plus fort accentue aussi la pression. Comme l’or est coté en dollars, il devient plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises, ce qui peut freiner la demande.

L’inflation ralentit, mais ne rassure pas totalement

Le repli intervient après la publication des données d’inflation américaines de juillet. Le Bureau of Labor Statistics a indiqué que l’inflation avait ralenti à 3,4 % sur un an. L’indice sous-jacent, qui exclut les prix les plus volatils comme l’énergie et l’alimentation, a progressé de 0,2 % sur un mois et de 2,5 % sur un an.

Ce ralentissement pourrait sembler favorable à l’or, car une inflation plus faible peut réduire la nécessité de relever les taux. Mais le marché retient surtout la persistance des pressions inflationnistes. Les tensions sur l’énergie, en particulier, entretiennent l’idée que la Fed pourrait rester prudente.

Pour les investisseurs européens et belges, ce point est important. Le cours en dollars ne suffit pas à lui seul. Le taux de change euro-dollar influence directement le prix de l’or en euros. En juillet 2026, l’once d’or avait terminé autour de 3 512 euros, en légère baisse de 0,58 % sur le mois, tout en montrant une stabilisation après quatre mois de recul.

Le Moyen-Orient entretient la prime de risque

Le recul sous 4 400 dollars ne signifie pas une disparition de la demande de refuge. Les tensions autour du détroit d’Ormuz, de la mer Rouge et du bras de fer entre les États-Unis et l’Iran maintiennent une prime de risque sur le pétrole.

Une prime de risque désigne le supplément de prix que les marchés intègrent lorsqu’un événement incertain peut perturber l’offre. Dans ce cas, une menace sur les routes maritimes énergétiques peut soutenir les prix du pétrole. Un pétrole plus cher peut ensuite raviver l’inflation, ce qui complique les décisions de la Fed.

L’or reste donc pris entre deux forces. D’un côté, les taux américains et le dollar pèsent sur le métal. De l’autre, les tensions géopolitiques et les craintes d’inflation soutiennent son rôle de valeur refuge, c’est-à-dire d’actif recherché en période d’incertitude.

Le seuil des 4 400 dollars devient décisif

À court terme, le seuil des 4 400 dollars sert de repère technique. Une clôture durable sous ce niveau confirmerait une correction plus nette. À l’inverse, un retour rapide au-dessus de ce seuil montrerait que les acheteurs restent présents après les prises de bénéfices.

Certains indicateurs graphiques pourraient encore signaler une dynamique haussière. Le RSI, ou indice de force relative, mesure la vitesse et l’ampleur des variations de prix. Un niveau proche de 67 indique un marché encore soutenu, mais proche d’une zone parfois jugée tendue. Le MACD, autre indicateur de tendance utilisé par les analystes techniques, resterait élevé, ce qui pourrait suggérer un potentiel de rebond. Ces signaux doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils ne prédisent pas le marché, ils décrivent seulement sa dynamique récente.

Les banques centrales restent un soutien de fond

Au-delà des mouvements quotidiens, les achats des banques centrales demeurent un facteur structurel pour l’or. Malgré la correction observée au deuxième trimestre 2026, estimée à 14,1 %, plusieurs banques centrales, notamment dans les pays émergents, poursuivent leurs achats afin de diversifier leurs réserves.

Cette stratégie répond à un objectif de réduction de la dépendance au dollar. Pour un État, détenir de l’or permet de conserver un actif sans risque de crédit direct, car il ne dépend pas de la promesse de remboursement d’un emprunteur.

Le repli sous 4 400 dollars traduit donc moins un retournement définitif qu’un test de marché. Tant que les anticipations de hausse des taux américains resteront élevées, l’or pourrait rester sous pression. Mais l’inflation, la géopolitique et les achats des banques centrales continuent de limiter le risque d’un décrochage sans contrepartie.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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