Sous les 4 000 dollars l’once : le signal est net pour le marché de l’or. Début juillet 2026, le cours de l’or a franchi à la baisse ce seuil symbolique, dans un marché mondial dominé par le renforcement du dollar et par les anticipations de hausses de taux de la Réserve fédérale américaine, la Fed.

L’or recule sous la pression de la Fed

Le cours de l’or est tombé sous les 4 000 dollars l’once au début du mois de juillet 2026. L’once désigne ici l’once troy, unité de référence des métaux précieux, équivalente à environ 31,1 grammes.

Cette baisse marque une troisième séance consécutive de recul et ramène le métal jaune vers un plus bas depuis novembre. Elle intervient après un mois de juin particulièrement difficile : l’or a perdu environ 12 %, soit sa plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008.

Le facteur principal vient des États-Unis. Les investisseurs anticipent plusieurs hausses des taux directeurs de la Fed. Les taux directeurs sont les taux fixés par une banque centrale pour influencer le coût du crédit dans l’économie. Quand ils montent, les placements rémunérés, comme les obligations d’État, deviennent plus attractifs.

L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Dans un environnement de taux plus élevés, son attrait relatif diminue donc pour une partie des investisseurs.

Le dollar fort renchérit l’or hors des États-Unis

Le renforcement du dollar accentue aussi la pression. L’or est coté principalement en dollars sur les marchés internationaux. Quand la devise américaine s’apprécie, l’or devient plus cher pour les acheteurs qui utilisent l’euro, le franc suisse ou d’autres devises.

Pour un investisseur belge ou francophone de la zone euro, l’effet peut être double. Une baisse du cours en dollars peut être partiellement compensée par un dollar plus fort face à l’euro. Mais cette protection n’est pas automatique. Le prix payé en euros dépend à la fois du cours international de l’or, du taux de change euro-dollar, mais aussi de la prime appliquée aux pièces et lingots.

La prime correspond à l’écart entre le prix d’un produit physique — par exemple un Napoléon, un Krugerrand ou un lingotin — et la valeur de l’or pur qu’il contient. Elle varie selon la demande, la disponibilité et les coûts de fabrication ou de distribution.

Une correction sévère après le pic de janvier

La baisse actuelle s’inscrit dans un mouvement plus large. Fin janvier 2026, l’or avait atteint un sommet historique proche de 5 600 dollars l’once. Depuis ce pic, le métal jaune a fortement corrigé, avec un recul qui a approché 28 % avant un retour autour de la zone des 4 000 dollars.

Cette correction s’explique aussi par des prises de bénéfices. Une prise de bénéfices désigne la vente d’un actif après une forte hausse, afin de sécuriser un gain. Après la progression spectaculaire observée depuis 2024, certains investisseurs ont préféré réduire leur exposition.

Les données économiques américaines solides ont renforcé ce mouvement. Une économie américaine résistante laisse davantage de marge à la Fed pour maintenir ou relever ses taux. Cela soutient le dollar et pèse mécaniquement sur l’or.

Un signal technique surveillé par les marchés

Le marché observe également un signal technique appelé death cross. Cette expression désigne le croisement à la baisse d’une moyenne mobile de court terme sous une moyenne mobile de long terme. Une moyenne mobile est une moyenne des prix calculée sur une période donnée, utilisée pour lisser les variations quotidiennes.

Ce signal n’annonce pas mécaniquement une poursuite de la baisse. Il indique toutefois que la dynamique récente s’est dégradée. Pour les opérateurs de marché, il peut renforcer la prudence ou déclencher des ventes supplémentaires.

Le recul de juin, le passage sous 4 000 dollars et ce signal technique forment donc un ensemble défavorable à court terme.

Les soutiens de fond n’ont pas disparu

Le contexte n’est pas uniquement baissier. Les tensions géopolitiques et les achats de banques centrales soutiendraient encore une partie de la demande. Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves, c’est-à-dire réduire leur dépendance à certaines devises ou à certains actifs financiers.

L’or conserve aussi son rôle de valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché lorsque les investisseurs craignent une crise financière, une inflation durable ou une instabilité politique. Ce rôle peut limiter les baisses lors des périodes de stress.

Mais à court terme, ces soutiens ne suffisent pas à compenser le poids du dollar fort et des anticipations de resserrement monétaire américain. Le marché de l’or entre ainsi dans une phase plus équilibrée, après deux années de forte progression.

Ce que les investisseurs doivent surveiller

Les prochaines semaines dépendront surtout de trois indicateurs : les déclarations des responsables de la Fed, les chiffres d’inflation américains et l’évolution du dollar face à l’euro.

Une inflation persistante aux États-Unis pourrait renforcer les anticipations de hausse des taux. Ce scénario pèserait encore sur l’or. À l’inverse, des signes de ralentissement économique ou de baisse de l’inflation pourraient réduire la pression sur le métal jaune.

Pour un acheteur physique en Belgique ou en Europe francophone, la prudence reste utile. Le prix international ne suffit pas. Le taux de change, la prime, les frais de transaction et l’horizon de détention doivent aussi être pris en compte.

Le passage sous 4 000 dollars ne remet pas en cause le rôle patrimonial de l’or, mais il rappelle une règle essentielle : même une valeur refuge peut connaître de fortes corrections lorsque les taux et le dollar reprennent la main.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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