Près de 12 % de baisse en juin et environ 14 % perdus au deuxième trimestre : l’or aborde juillet 2026 sous pression. Le 1er juillet, le cours de l’or est passé sous le seuil psychologique de 4 000 dollars l’once, pour la troisième séance consécutive, sur le marché mondial.
Une once d’or correspond ici à l’once troy, l’unité de référence des métaux précieux, soit environ 31,1 grammes. Le seuil des 4 000 dollars est dit psychologique car il sert de repère simple aux investisseurs, même s’il ne constitue pas à lui seul une garantie de rebond ou de poursuite de la baisse.
Le dollar et la Fed pèsent sur le métal jaune
La baisse s’explique d’abord par deux facteurs liés : le renforcement du dollar et les anticipations d’une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine, la Fed. La Fed est la banque centrale des États-Unis. Elle fixe le niveau des taux directeurs, c’est-à-dire le prix auquel l’argent circule dans l’économie américaine.
Quand les taux américains montent, les placements rémunérés en dollars, comme certaines obligations, deviennent plus attractifs. L’or, lui, ne verse ni intérêt ni dividende. Son attrait relatif diminue donc pour une partie des investisseurs.
Le dollar fort ajoute une pression supplémentaire. L’or étant coté principalement en dollars, un billet vert plus cher rend le métal plus coûteux pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres devises. Pour un épargnant belge ou européen, l’effet peut être double : le prix en dollars baisse, mais le change euro-dollar peut atténuer ou amplifier le mouvement en euros.
Les marchés attendent Kevin Warsh et l’emploi américain
Les investisseurs surveillent désormais les déclarations de Kevin Warsh, président de la Fed, ainsi que les prochains indicateurs de l’emploi américain. Ces chiffres sont importants car un marché du travail solide peut inciter la banque centrale américaine à maintenir une politique monétaire stricte, voire à relever encore ses taux.
Cette attente alimente la prudence sur les métaux précieux. Les opérateurs réduisent certaines positions, ce qui accentue la pression vendeuse. Une liquidation de positions signifie que des investisseurs revendent des contrats ou des actifs pour réduire leur exposition au marché.
Des signaux techniques défavorables
La correction ne se limite pas à l’actualité monétaire. Le marché montre aussi des signaux techniques baissiers. Parmi eux figure la notion de death cross, ou croisement baissier. Ce terme désigne une situation où une moyenne de prix de court terme passe sous une moyenne de long terme. Les analystes techniques y voient souvent un signal de faiblesse prolongée.
Le métal jaune teste désormais des zones de support proches de 3 900 dollars l’once. Un support technique est un niveau de prix où les acheteurs sont supposés revenir. S’il cède, la baisse peut s’accélérer.
Une correction marquée après le record de janvier
Le recul actuel intervient après une forte hausse. Fin janvier 2026, l’or avait atteint un sommet historique de 5 598 dollars l’once. Depuis ce pic, la correction dépasse 28 %.
Le mois de juin a été particulièrement difficile, avec une baisse proche de 12 %, la plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008. Sur l’ensemble du deuxième trimestre, le repli atteint environ 14 %, soit la pire performance trimestrielle du métal jaune depuis 13 ans.
Cette séquence traduit des prises de bénéfices. Après une hausse importante, certains investisseurs vendent pour sécuriser leurs gains. Le mouvement est renforcé par la concurrence des actifs rémunérés, favorisés par les taux élevés.
La demande de long terme n’a pas disparu
À court terme, le contexte reste défavorable. Mais les facteurs de soutien structurel n’ont pas disparu. Les banques centrales de plusieurs pays émergents, notamment en Chine, en Inde et en Russie, poursuivent leurs achats d’or physique afin de diversifier leurs réserves.
Cette diversification consiste à ne pas dépendre uniquement du dollar ou des obligations américaines. Elle s’inscrit dans un mouvement de dédollarisation, c’est-à-dire une volonté de réduire le poids du billet vert dans les réserves officielles.
Les tensions géopolitiques, en particulier au Moyen-Orient, avaient aussi soutenu l’or comme valeur refuge. Une valeur refuge est un actif recherché en période d’incertitude, car il est perçu comme plus résistant aux crises. Mais l’apaisement récent autour des discussions entre Washington et Téhéran réduit une partie de cette prime de risque.
Les investisseurs institutionnels continueraient par ailleurs d’allouer une part de leurs portefeuilles à l’or, souvent via des ETF or, c’est-à-dire des fonds cotés en Bourse répliquant le prix du métal, ou via des plateformes numériques. Cette information reste à traiter avec prudence, car elle relève d’une tendance probable plutôt que d’un chiffre confirmé.
Ce que cela change pour les épargnants européens
Pour un acheteur belge ou francophone, la baisse de l’or en dollars ne suffit pas à décider d’un achat. Le taux de change euro-dollar, les frais de transaction, la prime sur les pièces et lingots, ainsi que l’horizon de placement comptent aussi.
L’or reste un actif de diversification, mais son prix peut fortement varier à court terme. Le prochain signal viendra des États-Unis : si la Fed confirme une ligne plus dure, la pression pourrait se prolonger. Si les statistiques de l’emploi se dégradent, le marché pourrait au contraire réviser ses attentes de taux et redonner de l’air au métal jaune.



