Un métal proche de 4 350 dollars, un dollar sous pression, mais une banque centrale américaine encore décisive. Le marché de l’or reste suspendu à un double signal : la fragilité de l’emploi aux États-Unis soutient le métal jaune, tandis que la politique de la Fed limite encore son potentiel de hausse.
L’or reste proche de ses récents sommets
Le cours mondial de l’or évolue autour de 4 350 dollars l’once en ce début août 2026. L’once désigne ici l’once troy, l’unité de référence internationale pour les métaux précieux, soit environ 31,10 grammes.
Fin juillet, le métal jaune aurait atteint un sommet de sept semaines proche de 4 372 dollars l’once, avant de refluer vers 4 300 dollars. Ce mouvement traduirait une phase de nervosité sur les marchés, liée à la fois aux signaux venus de l’emploi américain et aux incertitudes géopolitiques.
Le mécanisme est classique. Quand les indicateurs économiques américains se dégradent, les investisseurs anticipent souvent une baisse du dollar ou un futur assouplissement monétaire. L’or, coté en dollars sur les marchés internationaux, devient alors plus attractif pour les acheteurs utilisant d’autres devises, dont l’euro.
Le dollar soutient l’or, les taux le freinent
La trajectoire de l’or reste fortement liée à deux variables : le dollar américain et les taux d’intérêt américains.
Un dollar plus faible tend à soutenir l’or. À l’inverse, un dollar robuste pèse sur son cours, car il renchérit l’achat du métal pour les investisseurs non américains. Les taux d’intérêt jouent aussi un rôle central. L’or ne verse ni coupon ni dividende : il ne produit pas de rendement propre. Lorsque les taux montent, les obligations et les placements rémunérés deviennent plus compétitifs. Lorsque les taux baissent, l’or redevient relativement plus attractif.
C’est le point de blocage actuel. La Réserve fédérale américaine, ou Fed, reste l’acteur clé. Tant que les marchés ne sont pas convaincus d’un assouplissement clair de sa politique monétaire, la hausse de l’or peut rester contenue. La Fed fixe les taux directeurs, c’est-à-dire les taux qui influencent le coût du crédit dans l’économie américaine et, par ricochet, les rendements obligataires mondiaux.
Le paradoxe est donc net : l’emploi américain fragilise le dollar, mais l’incertitude sur la Fed empêche encore l’or de s’installer franchement au-dessus de ses résistances.
Les seuils techniques surveillés par les traders
L’analyse technique publiée sur TradingView au 7 août ferait ressortir un biais haussier autour de 4 331 dollars l’once. L’analyse technique consiste à étudier les graphiques de prix pour identifier des zones d’achat, de vente ou de consolidation.
Les cours formeraient une succession de creux et de sommets ascendants. En termes simples, chaque repli resterait plus haut que le précédent, et chaque rebond viserait un niveau plus élevé. Cette configuration est généralement interprétée comme constructive.
Les supports, c’est-à-dire les zones où les acheteurs peuvent revenir, seraient situés autour de 4 315 à 4 360 dollars. Les résistances, soit les zones où les vendeurs peuvent bloquer la progression, seraient surveillées près de 4 370 à 4 420 dollars. Une consolidation pourrait donc précéder une nouvelle tentative vers 4 400 dollars, si le dollar continue de s’affaiblir et si les anticipations de taux deviennent plus favorables.
En Inde, le marché local marque une pause
Le marché indien donne aussi un signal de respiration. Ce lundi 10 août 2026, le gramme d’or s’est échangé à 13 273,12 roupies indiennes, contre 13 295,33 roupies vendredi dernier, d’après les données de FXStreet. La baisse reste modérée.
Cette évolution reflète une pause technique sur le marché local, après plusieurs séances de fermeté. L’Inde demeure l’un des grands pays consommateurs d’or physique, notamment sous forme de bijoux, de pièces et de lingots. Le prix local dépend toutefois à la fois du cours international, du taux de change entre la roupie et le dollar, ainsi que des taxes et primes appliquées sur le marché intérieur.
Les banques centrales restent un soutien de fond
Au-delà des mouvements de court terme, la demande officielle reste un élément important. D’après le World Gold Council, les banques centrales auraient acheté 1 136 tonnes d’or en 2022, pour environ 70 milliards de dollars. Ce volume constituerait un record depuis le début des statistiques.
La Chine, l’Inde et la Turquie auraient notamment renforcé leurs réserves pour crédibiliser leur monnaie et réduire leur exposition au dollar. Pour une banque centrale, l’or sert de réserve stratégique : il n’est la dette d’aucun État, ne dépend pas d’un émetteur unique et peut être conservé physiquement.
Cette tendance intéresse aussi les épargnants européens et belges. Face à la volatilité monétaire, une partie croissante des investisseurs privilégierait les métaux précieux physiques, comme les pièces et les lingots d’or ou d’argent. Un actif physique désigne un bien détenu matériellement, par opposition à un produit financier inscrit sur un compte-titres.
Ce que doivent surveiller les épargnants
Pour un acheteur ou un vendeur d’or, trois indicateurs dominent à court terme : le dollar, les taux américains et les seuils techniques autour de 4 370 à 4 420 dollars. Un affaiblissement durable du billet vert pourrait soutenir le métal. Une Fed plus prudente sur les baisses de taux pourrait, au contraire, freiner le mouvement.
L’or reste donc dans une zone charnière. Il bénéficie d’un climat favorable à la protection du capital, mais doit encore franchir des résistances importantes pour confirmer une nouvelle phase de hausse. Pour les particuliers, la prudence consiste à préparer ses opérations, comparer les primes sur pièces et lingots, et garder en tête que le prix en euros dépend aussi du taux de change euro-dollar.
À 4 350 dollars l’once, l’or n’est plus seulement porté par la peur : il attend surtout un signal clair de la Fed pour choisir sa prochaine direction.


