65,40 dollars l’once : l’argent a franchi un nouveau seuil symbolique le 12 août 2026, dans un marché suspendu aux chiffres de l’inflation américaine. Le cours XAG/USD, c’est-à-dire le prix d’une once d’argent exprimé en dollars américains, a progressé de 1,1 % dans la journée.

L’information centrale vient des États-Unis. L’indice des prix à la consommation de juillet a ralenti à 3,4 % sur un an, contre 3,5 % en juin. Ce chiffre est conforme aux attentes du marché. L’inflation dite « core », ou sous-jacente, qui exclut l’alimentation et l’énergie car ces postes sont très volatils, était attendue à 2,5 % sur un an, après 2,6 % précédemment.

Pour les investisseurs, ce ralentissement compte autant que le niveau du prix de l’argent lui-même. Il influence les anticipations de taux de la Réserve fédérale américaine, la banque centrale des États-Unis. Or, les taux directeurs — les taux fixés par une banque centrale pour orienter le coût du crédit — jouent un rôle majeur pour les métaux précieux.

L’argent profite d’un scénario monétaire plus favorable

Quand l’inflation ralentit, les marchés peuvent espérer une politique monétaire moins restrictive. Autrement dit, la Réserve fédérale pourrait être moins incitée à maintenir des taux élevés. Cette perspective soutient souvent l’or et l’argent.

La logique est simple. Les métaux précieux ne versent ni intérêt ni dividende. Quand les obligations ou les comptes rémunérés offrent des rendements élevés, détenir de l’or ou de l’argent devient moins attractif. À l’inverse, quand les investisseurs anticipent une baisse des taux, le coût d’opportunité diminue. Le coût d’opportunité désigne ce à quoi un investisseur renonce en choisissant un actif plutôt qu’un autre.

Dans ce contexte, le métal gris a bénéficié d’un double soutien : le recul de l’inflation américaine et l’idée que la Fed pourrait assouplir sa trajectoire. Les marchés financiers américains ont également réagi positivement à la publication des chiffres, signe que le scénario d’un ralentissement maîtrisé des prix reste privilégié.

Pourquoi l’argent réagit plus fortement que l’or

L’argent est un métal précieux, comme l’or, mais son comportement est souvent plus nerveux. Il sert à la fois de réserve de valeur et de métal industriel. Une réserve de valeur est un actif que les investisseurs achètent pour préserver leur capital en période d’incertitude. Mais l’argent est aussi utilisé dans l’électronique, les panneaux solaires, les équipements médicaux et plusieurs procédés industriels.

Cette double nature le rend plus sensible aux variations économiques. Si les marchés anticipent une amélioration de l’activité, la demande industrielle peut soutenir les cours. Si les marchés craignent une perte de pouvoir d’achat ou des tensions financières, la fonction de métal refuge peut aussi attirer les capitaux.

Cette combinaison explique pourquoi les mouvements de l’argent sont parfois plus amples que ceux de l’or. La volatilité — c’est-à-dire l’ampleur des variations de prix sur une période donnée — reste donc un élément central pour les particuliers. Une hausse rapide peut offrir des opportunités, mais elle augmente aussi le risque d’acheter au plus haut.

Les contrats à terme renforcent l’attention sur le métal gris

Un autre élément structurel soutient l’intérêt pour l’argent. Le CME Group a annoncé l’ouverture, à partir de septembre 2026, du trading continu 24 heures sur 24 sur ses contrats à terme argent de 100 onces. Un contrat à terme, ou « future », est un produit financier qui permet d’acheter ou de vendre un actif à une date future à un prix fixé à l’avance.

Cette extension des horaires vise à répondre à la demande des traders institutionnels et particuliers. Elle pourrait augmenter la liquidité du marché. La liquidité désigne la facilité avec laquelle un actif peut être acheté ou vendu sans provoquer de forte variation de prix.

Pour les investisseurs européens, cette évolution mérite d’être suivie. Un marché ouvert presque en permanence peut réagir plus vite aux annonces économiques américaines, aux tensions géopolitiques ou aux mouvements du dollar. Mais il peut aussi amplifier les réactions à court terme.

Le facteur dollar reste décisif pour les acheteurs belges

Le cours international de l’argent est coté en dollars. Pour un investisseur belge ou européen, le taux de change entre l’euro et le dollar influence donc le prix réel d’achat. Si le dollar monte face à l’euro, l’argent devient plus cher en euros, même si son prix en dollars reste stable. À l’inverse, un euro plus fort peut amortir une hausse du métal.

Il faut aussi distinguer l’argent papier et l’argent physique. L’argent papier regroupe les produits financiers liés au prix du métal, comme certains fonds cotés ou contrats dérivés. L’argent physique désigne les pièces et lingots réellement détenus. En Belgique et dans l’Union européenne, la fiscalité et la TVA peuvent différer selon les produits. Contrairement à l’or d’investissement, l’argent physique est généralement soumis à la TVA, ce qui pèse sur le prix d’achat et sur le point mort à la revente.

Le point mort est le niveau de prix à partir duquel un investisseur récupère son coût d’achat total, frais et taxes inclus. Pour l’argent physique, ce seuil peut être plus élevé que pour l’or.

Les prévisions restent très dispersées

Les projections de marché doivent être lues avec prudence. Elles reposent sur des modèles et peuvent être rapidement remises en cause par les taux, le dollar, la demande industrielle ou la géopolitique.

Selon plusieurs modèles spécialisés, le cours de l’argent pourrait rester orienté à la hausse en 2026. LongForecast anticiperait un prix autour de 72,54 dollars en décembre 2026, tandis que WalletInvestor prévoirait une progression plus modérée, autour de 68,93 dollars. Pour 2027, les scénarios divergeraient fortement : LongForecast envisagerait une poursuite de la hausse, tandis que WalletInvestor verrait au contraire un repli marqué.

À plus long terme, certaines prévisions évoqueraient des niveaux très élevés, portés par la demande industrielle et le rôle de valeur refuge. Ces chiffres doivent toutefois être considérés comme des scénarios, non comme des certitudes.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La priorité reste la trajectoire de l’inflation américaine. Si le ralentissement se confirme dans les prochains mois, l’argent pourrait conserver un soutien lié aux anticipations de baisse des taux. En revanche, une inflation persistante ou un discours plus ferme de la Fed pourrait freiner la progression du métal.

Les investisseurs devront aussi surveiller les tensions énergétiques et géopolitiques. Les perturbations du trafic maritime dans des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz peuvent faire monter les prix du pétrole. Une énergie plus chère complique la lecture du marché : elle peut raviver l’inflation, mais aussi renforcer la recherche d’actifs tangibles.

Pour l’argent, le message du 12 août est clair : le métal gris reste très dépendant des chiffres américains. À 65 dollars l’once, la tendance attire l’attention, mais la prudence reste nécessaire. La prochaine impulsion viendra probablement moins du métal lui-même que des taux, du dollar et de la capacité des États-Unis à maîtriser durablement l’inflation.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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