Près de 7 % de baisse sur l’argent en une séance : le signal envoyé le 5 juin par les métaux précieux est brutal. L’or n’a pas décroché dans les mêmes proportions, mais la pression vendeuse s’est étendue au métal jaune, au platine et au palladium. La question centrale pour les investisseurs est désormais simple : la flambée récente du cours de l’or pourrait-elle être suivie d’une correction ?
Une correction désigne un recul du prix après une hausse rapide. Elle ne signifie pas forcément un retournement durable du marché. Elle peut aussi traduire une phase de respiration, lorsque certains investisseurs prennent leurs bénéfices.
L’or reste soutenu, mais le risque de repli augmente
Le cours de l’or a fortement progressé ces derniers mois. Historiquement, ce type de mouvement peut être suivi d’un repli plus marqué, surtout lorsque les moteurs traditionnels du marché perdent en intensité.
D’après l’analyse publiée par Business AM, la récente flambée de l’or pourrait ainsi déboucher sur une correction plus importante. Deux éléments pèsent dans cette lecture : l’affaiblissement de la demande des banques centrales et celle des particuliers.
Les banques centrales achètent de l’or pour diversifier leurs réserves, c’est-à-dire réduire leur dépendance à une seule devise ou à un seul actif financier. Les particuliers, eux, achètent souvent des pièces, lingots ou produits financiers adossés à l’or pour préserver leur épargne. Si ces deux catégories ralentissent leurs achats, le soutien naturel au marché devient moins solide.
Les facteurs monétaires reprennent la main
Le prix de l’or ne dépend pas seulement de l’offre et de la demande physique. Il est aussi influencé par les taux d’intérêt, le dollar et les tensions géopolitiques.
La politique monétaire désigne les décisions des banques centrales sur les taux d’intérêt et la quantité de monnaie en circulation. Quand les taux ou les rendements obligataires montent, l’or peut devenir moins attractif. La raison est simple : l’or ne verse ni intérêt ni dividende. À l’inverse, une obligation peut rapporter un revenu régulier.
Un rendement obligataire correspond au revenu offert par une obligation, c’est-à-dire un titre de dette émis par un État ou une entreprise. Lorsque ces rendements augmentent, certains investisseurs peuvent préférer ces placements rémunérés au métal jaune.
Le dollar joue aussi un rôle majeur. L’or est coté en dollars sur les marchés internationaux. Lorsque la devise américaine se renforce, l’or devient plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro ou d’autres monnaies. Cela peut freiner la demande et peser sur le prix.
Le décrochage de l’argent accentue la pression
Le 5 juin, l’argent a chuté d’environ 7 %, à 68 dollars l’once, selon l’analyse de marché publiée par XTB. Une once troy, l’unité utilisée pour les métaux précieux, correspond à environ 31,1 grammes.
Cette baisse a été liée à la remontée des rendements obligataires américains, au raffermissement du dollar et à des données solides sur l’emploi aux États-Unis. Le marché américain aurait créé 172 000 emplois en mai, avec des révisions positives pour les deux mois précédents.
Ces chiffres réduisent l’espoir d’une détente rapide de la politique monétaire américaine. Or, moins les marchés anticipent une baisse des taux, plus la pression peut augmenter sur les métaux précieux.
L’argent est aussi repassé sous sa moyenne mobile exponentielle à 200 jours. Cette moyenne est un indicateur technique qui lisse les prix sur une longue période, en accordant plus de poids aux cours récents. Un passage sous ce seuil est souvent interprété par les traders comme un signal de faiblesse.
Des prévisions 2026 plus prudentes
Les projections disponibles invitent également à la prudence, même si elles doivent être lues avec réserve. Selon WalletInvestor, cité dans une synthèse de Libertex, le prix de l’or pourrait évoluer de 4 723,54 dollars en février 2026 à 4 400,84 dollars en décembre. Cela indiquerait une tendance stable à légèrement baissière après un pic au printemps.
LongForecast anticiperait de son côté une phase de consolidation, avec un prix de clôture à 4 777 dollars en décembre 2026, soit une baisse annuelle de 9,8 %. Une consolidation signifie que le marché cesse de monter fortement et évolue dans une zone plus étroite, parfois avant un nouveau mouvement plus net.
Ces prévisions restent des modèles. Elles ne garantissent pas un prix futur. Elles reflètent des hypothèses sur les taux, le dollar, l’inflation, la croissance et les tensions internationales.
Correction ne veut pas dire fin du cycle haussier
À plus long terme, certaines projections resteraient favorables au métal jaune. CoinPriceForecast suggérerait une tendance fortement haussière, avec des prix annuels passant de 8 926 dollars en 2030 à 13 137 dollars en 2035. WalletInvestor envisagerait toutefois une légère contraction en 2027, de 4 400,62 dollars à 4 321,22 dollars.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Plus l’horizon est éloigné, plus l’incertitude augmente. Les prévisions à dix ans dépendent de facteurs difficiles à anticiper : décisions des banques centrales, crises géopolitiques, trajectoire de la dette publique, inflation et confiance dans les monnaies.
Pour un investisseur belge ou européen, l’enjeu immédiat est donc moins de deviner le point bas que de comprendre le contexte. Après une hausse rapide, un achat d’or peut être plus sensible au moment choisi. À l’inverse, une correction peut aussi offrir un point d’entrée plus favorable pour ceux qui raisonnent à long terme.
Le signal du moment est clair : l’or conserve ses arguments de protection, mais son prix pourrait traverser une phase de repli si le dollar, les taux et les prises de bénéfices continuent de peser sur le marché.



