Les contrats à terme sur l’argent métal sont tombés à 61,725 dollars l’once, soit environ 4,8 % de baisse sur la séance. Ce niveau marque leur plus bas intrajournalier depuis plus d’un mois. Le mouvement semble associer choc géopolitique, craintes inflationnistes et facteurs financiers défavorables aux métaux précieux.

Un contrat à terme est un engagement d’acheter ou de vendre un actif, ici de l’argent, à un prix fixé pour une date future. Ces instruments sont très utilisés par les investisseurs professionnels et peuvent connaître des mouvements plus rapides que le marché physique.

Un choc géopolitique qui déstabiliserait les marchés

D’après les éléments rapportés par Investing.com, Donald Trump aurait rejeté une proposition iranienne transmise par des médiateurs qataris, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette proposition aurait visé la réouverture du détroit d’Ormuz et la fin du conflit en cours.

Cette information, qui reste à confirmer, aurait ravivé les inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique mondial. Le détroit d’Ormuz est une voie maritime stratégique pour les exportations de pétrole du Moyen-Orient. Le pétrole brut aurait alors franchi le seuil de 100 dollars le baril.

Contrairement à une idée répandue, une hausse brutale du risque géopolitique ne profite pas automatiquement à tous les métaux précieux. Les investisseurs peuvent vendre certains actifs pour couvrir des pertes ailleurs, réduire leur exposition au risque ou privilégier les actifs les plus liquides.

Pétrole cher, inflation et taux élevés pèsent sur l’argent

La remontée supposée du pétrole nourrit surtout la crainte d’une inflation plus durable. Or, ce scénario peut conduire les marchés à anticiper des taux d’intérêt élevés plus longtemps aux États-Unis.

La Réserve fédérale américaine aurait relevé son taux directeur la semaine dernière, dans une fourchette de 3,75 % à 4,00 %. Les marchés estimeraient à environ 70 % la probabilité d’un nouveau relèvement en octobre. Ces données restent à confirmer.

Des taux plus élevés augmentent le coût d’opportunité de l’argent : détenir du métal ne produit ni intérêt ni dividende, alors que les obligations ou les placements monétaires offrent un rendement. Le rendement du Treasury américain à dix ans aurait atteint 5,20 %, tandis que celui à deux ans se situerait à 4,90 %. En parallèle, le dollar se serait raffermi.

Un dollar plus fort renchérit mécaniquement l’argent, coté en dollars, pour les acheteurs utilisant d’autres devises, dont les investisseurs européens.

Les liquidations amplifient la chute

La baisse aurait également été aggravée par des ventes techniques et des liquidations de positions longues spéculatives. Une position longue consiste à parier sur une hausse du prix. Lorsque le marché baisse fortement, certains opérateurs doivent vendre rapidement pour limiter leurs pertes ou répondre à des appels de marge, c’est-à-dire des garanties supplémentaires exigées par leur intermédiaire.

Ce mécanisme peut accélérer une baisse sans refléter, à lui seul, une dégradation immédiate du marché physique de l’argent.

La faiblesse des marchés actions américains et le recul des sociétés minières productrices d’argent en pré-ouverture auraient renforcé ce climat de prudence.

Pourquoi l’argent souffre davantage que l’or

L’argent combine deux fonctions : métal précieux et matière première industrielle. Il est notamment utilisé dans l’électronique, le solaire et de nombreuses applications technologiques. Un conflit prolongé et un ralentissement de l’économie mondiale risqueraient donc de réduire la demande industrielle.

C’est cette double exposition qui expliquerait la sous-performance de l’argent face à l’or. L’or est davantage recherché comme réserve de valeur, tandis que l’argent reste plus sensible aux perspectives de production et de croissance.

Pour un épargnant belge ou français, la séance rappelle qu’une variation des contrats à terme ne correspond pas nécessairement, euro pour euro, à celle des pièces et lingots disponibles chez les négociants. Le taux de change euro-dollar, les primes et la liquidité du marché physique comptent aussi. La volatilité actuelle illustre surtout la sensibilité de l’argent aux taux américains, au dollar et à la conjoncture industrielle mondiale.

Spécialiste des marchés des matières premières, Lucas décrypte les cours de l’or et de l’argent à travers l’analyse technique et macroéconomique.

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