8 tonnes en cinq mois : pour une banque centrale, le geste est mesuré, mais le signal est clair. Au 31 mai 2026, le Chili a accru ses réserves d’or d’environ 8 tonnes, d’après les données du Fonds monétaire international et du Conseil mondial de l’or. Cette accumulation marque un tournant dans la gestion des réserves du pays, très exposé aux variations du cuivre et du dollar américain.
L’information concerne d’abord la Banque centrale du Chili. Le pays achète de l’or physique, c’est-à-dire du métal détenu sous forme de lingots ou de barres, et non un produit financier indexé sur l’or. Objectif : renforcer ses réserves de change, les actifs en devises et en or détenus par une banque centrale pour stabiliser sa monnaie, régler des paiements internationaux ou rassurer les marchés.
Le Chili cherche à réduire sa dépendance au cuivre et au dollar
Pourquoi acheter de l’or maintenant ? La réponse tient en deux mots : volatilité monétaire.
Le peso chilien reste fortement lié au cuivre, principale exportation du pays. Lorsque le prix du cuivre varie fortement, la devise chilienne peut être affectée. Cette dépendance crée un risque pour la Banque centrale du Chili, qui doit préserver la crédibilité de sa monnaie et la solidité de ses réserves.
L’autre facteur est la diversification. Une grande partie des réserves mondiales reste libellée en dollars américains. Détenir davantage d’or permet de réduire cette exposition. L’or n’est la dette d’aucun État. Il ne dépend pas directement de la solvabilité d’un gouvernement ou d’une banque centrale étrangère. C’est pour cette raison qu’il est souvent qualifié d’actif refuge : un actif recherché lorsque les investisseurs ou les États veulent limiter certains risques financiers, géopolitiques ou monétaires.
Un mouvement encore modeste, mais régional
Le Chili n’est pas seul. Sur la même période, le Guatemala a ajouté environ 2 tonnes d’or à ses réserves. La Bolivie et l’Uruguay ont chacun mobilisé environ 1 tonne. Ces volumes restent modestes à l’échelle du marché mondial, mais ils montrent une évolution dans les priorités de certaines banques centrales latino-américaines.
Cette préférence croissante pour l’or répond à des pressions connues : inflation, dévaluation de certaines devises locales, incertitudes politiques et besoin de stabilité. Les tensions électorales, certains différends frontaliers et la volatilité des monnaies locales pourraient aussi nourrir cet intérêt accru en Amérique latine.
Le mouvement reste toutefois partiel. Les grandes économies régionales, comme le Brésil, le Mexique et l’Argentine, ne participent pas pour l’instant à cette dynamique d’achats d’or de manière comparable. L’hypothèse d’une tendance régionale durable existe, mais elle doit encore être confirmée dans les prochains relevés de réserves.
Le contexte mondial soutient les achats des banques centrales
Le choix chilien s’inscrit dans une tendance plus large. Depuis 2020, les quinze banques centrales les plus actives ont ajouté plus de 2.000 tonnes d’or à leurs réserves. La Chine et la Pologne figurent parmi les acheteurs importants. D’autres pays, comme les Philippines ou le Kazakhstan, ont au contraire réduit leurs stocks pour répondre à des besoins internes.
Cette divergence rappelle un point essentiel : une réserve d’or n’est pas seulement un placement. C’est un outil de politique monétaire et de souveraineté financière. Pour une banque centrale, acheter de l’or peut servir à renforcer la confiance. Vendre de l’or peut aussi répondre à un besoin de liquidité ou de stabilisation interne.
Le marché de l’or a lui-même connu une phase spectaculaire. En 2025, le prix du métal jaune a progressé de plus de 50 %, jusqu’à environ 4.400 dollars l’once. L’once troy, unité utilisée sur le marché international de l’or, correspond à environ 31,1 grammes. Début 2026, la volatilité a été forte : le cours a atteint un pic historique autour de 5.595 dollars l’once en janvier, avant de reculer vers 4.099 dollars à la mi-mars.
Cette baisse n’a pas effacé les soutiens de fond : tensions géopolitiques, craintes inflationnistes, instabilité financière et volonté des banques centrales émergentes de réduire leur dépendance au dollar.
Ce que cela signifie pour les épargnants européens
Pour un épargnant belge ou européen, l’achat d’or par le Chili ne constitue pas un signal d’achat automatique. Une banque centrale n’a pas les mêmes contraintes qu’un particulier. Elle raisonne en stabilité monétaire, en réserves internationales et en horizon de long terme.
Mais ce mouvement confirme une réalité : l’or reste utilisé comme instrument de protection du capital par les institutions publiques. Il ne produit pas d’intérêt, contrairement à une obligation. Il peut aussi varier fortement à court terme. En revanche, il conserve une fonction de diversification, notamment lorsque les devises, les taux et les marchés financiers deviennent instables.
La question centrale n’est donc pas seulement le volume acheté par le Chili. Elle est stratégique : si d’autres banques centrales latino-américaines suivent, même progressivement, la demande officielle d’or pourrait rester un soutien important au marché.
Les 8 tonnes chiliennes ne bouleversent pas à elles seules le marché mondial. Mais elles confirment que l’or redevient, pour certains États, une assurance monétaire. Et dans un environnement de devises instables, ce mouvement pourrait n’en être qu’à ses débuts.


